23/09/2026

Les déterminants sociaux derrière les comportements à risque : décryptage et leviers d’action en Bourgogne-Franche-Comté

Éclairage national : des inégalités sociales face aux risques

Depuis plusieurs années, les données nationales montrent une corrélation forte entre vulnérabilité socio-économique et exposition accrue aux comportements à risque (tabac, alcool, alimentation déséquilibrée, sédentarité, etc.). Les rapports de Santé Publique France et de l’INSEE soulignent que la précarité, la faible qualification, l’absence d’emploi stable, mais aussi les conditions de logement ou l’isolement social, amplifient l’adoption de conduites néfastes pour la santé.

Par exemple, en France métropolitaine, le taux de fumeurs quotidiens dépasse 30% chez les adultes ayant un niveau de diplôme inférieur au bac, contre moins de 20% pour les diplômés du supérieur (SPF, Baromètre santé 2021). Cette surreprésentation est également retrouvée pour l’usage nocif d’alcool, l’obésité, ou encore la faible pratique d’activité physique.

Si ces tendances sont reconnues nationalement, leur intensité et leur traduction concrète varient considérablement selon les contextes locaux, notamment en Bourgogne-Franche-Comté.

Concrètement, pour la BFC : des disparités régionales marquées

La Bourgogne-Franche-Comté présente plusieurs facteurs de vulnérabilité socio-économique qui pèsent sur la santé de ses habitants. Plusieurs éléments sont à souligner :

  • Un environnement rural prédominant : Près de 60% des habitants vivent en milieu rural ou péri-urbain (INSEE, 2023), où l’offre sociale et de santé est souvent fragmentée.
  • Départements particulièrement touchés : La Nièvre, l'Yonne ou encore la Haute-Saône affichent des niveaux de pauvreté supérieurs à la moyenne régionale, avec plus de 15% de leur population en dessous du seuil de pauvreté (INSEE, 2021).
  • Une prévalence élevée de maladies liées aux comportements à risque : On compte, par exemple, un taux de mortalité prématurée évitable (décès avant 65 ans attribuables à des causes évitables) supérieur de 11% à la moyenne métropolitaine dans certaines zones rurales de Saône-et-Loire (ORS BFC).

Ce que l’on observe très clairement : plus la fragilité sociale est forte, plus l’exposition aux comportements à risque l’est aussi. L’impact est palpable aussi bien sur les jeunes (accès limité à la prévention, désengagement scolaire, précarité étudiante) que sur les personnes âgées (isolement, difficulté d’accès aux soins).

Quels facteurs sociaux aggravent concrètement les risques ?

Plusieurs mécanismes, parfois imbriqués, majorent l’adoption de comportements à risque. À partir des données nationales et régionales, voici les principaux leviers d’explication :

  • Conditions économiques précaires :
    • La précarité financière limite l’accès à des modes de vie sains. Exemple : une alimentation équilibrée coûte en moyenne 50% plus cher qu’un panier standard (INRAE, 2022).
    • Le taux de recours aux soins diminue chez les publics pauvres, en lien avec le renoncement pour raisons financières ou d’isolement (Assurance Maladie, 2023).
  • Isolement géographique et social :
    • Dans le Morvan ou certaines zones du Jura, le manque de transport collectif complique l’accès aux associations, centres sociaux ou établissements médicosociaux.
    • L’éclatement des services et la faible densité médicale sont corrélés à un moindre accès aux actions de prévention (vaccination, campagnes de dépistage…)
  • Enjeux éducatifs et culturels :
    • Faible niveau d’études = faible connaissance des risques. Ex : près de 15% des adultes en BFC n’auraient pas le réflexe de consulter pour des symptômes à risque (ORS BFC).
    • Certains territoires ruraux sont aussi marqués par une moindre exposition à l’éducation à la santé à l’école ou au sein de la famille.
  • Stigmatisation et défiance vis-à-vis des institutions :
    • Les personnes en précarité se sentent fréquemment jugées ou peu comprises, ce qui limite leur recours aux dispositifs existants.
    • La défiance accrue envers les institutions de santé publique, souvent perçues comme lointaines ou déconnectées, freine l’engagement dans les parcours de prévention.

Zoom : quelques chiffres concrets en Bourgogne-Franche-Comté

Indicateur BFC Moyenne France métro Écart/département
Taux de tabagisme quotidien chez les 18-75 ans (%) 28% 25% Jura, Nièvre, Haute-Saône >30%
Obésité adulte (%) 18% 17% Yonne, Saône-et-Loire >20%
% de population en précarité énergétique 15% 12% Nièvre, Haute-Saône >17%
Taux d’abstention de soins pour motif financier ou transport 6-7% 5% Toutes zones rurales de la région

Sources : ORS BFC, INSEE, SPF, Baromètre Santé 2021-2022.

Pourquoi intervenir maintenant ? Les signaux à surveiller

La crise sanitaire et l’inflation ont accentué les fragilités. L’équipe de Sentinelles Santé BFC constate, dans les échanges avec les acteurs locaux :

  • Une remontée des situations de précarité énergétique, facteur aggravant pour la santé mentale et physique.
  • Une augmentation du renoncement aux soins dentaires et ophtalmiques dans l’Yonne et la Nièvre.
  • Un besoin croissant de soutien auprès des jeunes décrocheurs scolaires (particulièrement en milieu rural) avec, en arrière-plan, une hausse des consommations de tabac, alcool, cannabis.

À surveiller dans les prochains mois : évolution de la précarité étudiante et évolution de l’offre de prévention en zones rurales après les réorganisations des réseaux locaux.

Quels leviers d’action pour les acteurs locaux ?

Tous n’ont pas les mêmes marges de manœuvre, mais chacun peut intervenir à son échelle pour limiter l’effet des déterminants sociaux sur les comportements à risque :

  • Collectivités territoriales :
    • Mettre en place ou soutenir des dispositifs de transport solidaire pour faciliter l’accès aux consultations et ateliers de prévention.
    • Soutenir les épiceries sociales, les actions d’éducation alimentaire, les campagnes de dépistage itinérant (le camion parcours santé en Saône-et-Loire est une bonne pratique à suivre).
  • Établissements et professionnels de santé :
    • Renforcer le temps de prévention et d’écoute, surtout auprès des publics en situation de précarité et d’isolement – les maisons de santé pluriprofessionnelles rurales jouent un rôle clé.
    • Ouvrir davantage les temps d’accueil hors rendez-vous, y compris sur des questions sociales (soutien aux démarches administratives, relais avec le secteur social).
  • Réseaux associatifs et acteurs de prévention :
    • Développer des campagnes ciblées dans les quartiers et villages prioritaires, avec des relais locaux qui connaissent bien le public.
    • Mettre en œuvre une communication adaptée, sans jargon, centrée sur l’empowerment (capacité d’agir), en intégrant la parole des bénéficiaires eux-mêmes.
  • Citoyens relais :
    • Encourager le repérage précoce de situations de vulnérabilité par le “aller-vers” (ex : actions dans les marchés, clubs seniors, PAT, interventions en milieu scolaire rural).

À retenir et à partager dans vos réseaux

  • Les conditions socio-économiques expliquent une large part des comportements à risque en Bourgogne-Franche-Comté.
  • Différences départementales notables : la Nièvre, la Haute-Saône ou l’Yonne requièrent des réponses adaptées.
  • Agir de façon concertée et au plus proche du terrain maximise l’impact des actions de prévention.
  • L’ancrage local et l’approche intersectorielle sont essentiels pour réduire les inégalités de santé à l’échelle régionale.

Si vous travaillez dans la prévention, le social, la santé, ou comme élu local, retenez que les déterminants sociaux ne sont pas une fatalité. Ce sont aussi des leviers pour transformer, à condition d’agir ensemble, en lien direct avec les réalités des territoires.

Pour aller plus loin, retrouvez nos synthèses et analyses contextualisées chaque mois sur Veille Santé en Bourgogne-Franche-Comté, et faites circuler autour de vous ces données régionales essentielles pour avancer.

En savoir plus à ce sujet :