La santé publique en Bourgogne-Franche-Comté, expliquée

Jeunes praticiens en Bourgogne-Franche-Comté : quels territoires restent attractifs ?

Pourquoi l’installation des jeunes praticiens est un enjeu régional fort

L’installation des jeunes médecins, sages-femmes, pharmaciens ou infirmiers conditionne l’accès aux soins pour tous. En Bourgogne-Franche-Comté (BFC), région marquée par un vieillissement de la population et des territoires ruraux étendus, le sujet est loin d’être anodin. Cette question anime les concertations entre élus, ARS, hôpitaux et réseaux de soins : certains secteurs tirent leur épingle du jeu, d’autres accentuent leur fragilité. Dans un contexte national où la pénurie de médecins généralistes s’aggrave (plus de 6 millions de Français vivent dans un désert médical selon la DREES, 2023), comprendre qui “attire” les jeunes praticiens à l’échelle régionale, c’est s’offrir des leviers d’action concrets.

Bourgogne-Franche-Comté : un panorama contrasté

La BFC affiche les marqueurs classiques d’une région intermédiaire : d’un côté, des villes moyennes dynamiques (Dijon, Besançon, Chalon-sur-Saône), de l’autre, des espaces ruraux à faible densité médicale (comme dans la Nièvre ou le Haut-Jura). En 2023, l’ARS BFC relevait que 42 % des nouveaux inscrits à l'Ordre des médecins choisissent encore un exercice en dehors des grandes agglomérations. Si certains territoires comme la Côte-d’Or bénéficient d’une relative stabilité, d’autres voient la situation s’aggraver. Entre 2010 et 2022, la Saône-et-Loire et la Nièvre ont perdu respectivement 12 % et 17 % de leur effectif de médecins généralistes libéraux (Chiffres Atlas DREES/ARS).

Facteurs d'attractivité locaux : au-delà du “tout métropole”

Le choix d’installation ne se limite pas à l’opposition rural/métropole. Les jeunes praticiens, majoritairement issus des grandes villes universitaires, sont tout de même 36 % à s’installer ou débuter leur activité dans des villes moyennes (Auxerre, Vesoul, Montbéliard). Parmi les facteurs d’attractivité identifiés par l’URPS médecins et la région (Étude installation BFC, 2022) :

Quels départements et territoires attirent encore ?

Département / territoire Évolution effectif médecins libéraux 2012-2022 Âge moyen à l'installation Part MSP/CPTS Commentaires
Doubs (secteur Grand Besançon) +2 % 34,2 ans 37 % Effet périphérie urbaine, dynamisme universitaire
Yonne (Auxerre, Sens) -8 % 35,5 ans 42 % Ville moyenne, attractivité des MSP zones rurales périphérie nord
Saône-et-Loire (Chalon-Mâcon) -12 % 36,1 ans 48 % Zones rurales en tension, ville moyenne stable (Chalon)
Jura (secteur Lons-le-Saunier) -13 % 35,2 ans 40 % Zones rurales attractives (haut Jura), effet qualité de vie
Nièvre (globale) -17 % 37,5 ans 41 % Faible attractivité hors actions territoriales ciblées
Côte-d’Or (Dijon, arc Sud) -3 % 35,8 ans 44 % Poids métropole, effet “viticulteurs” zones Sud

Sources : ARS BFC (Atlas régulier démographie médicale), DREES (données 2012-2022), URPS médecins 2022

Des dynamiques locales à repérer : focus sur les réussites territoriales

Certaines initiatives réussissent à inverser la tendance. Ainsi :

L’effet levier des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) est confirmé dans la région, qui abrite déjà 138 MSP (ARS BFC, janvier 2024). Ces structures sécurisent les primo-installations (échanges d’expériences, travail en équipe), mais jouent aussi sur l’équilibre vie pro/perso.

Stage ou premier remplacement : pivot de l’installation

Ce que l’on observe dans la région, c’est le poids du parcours initial. Selon l’URPS BFC (enquête installation 2022), 49 % des jeunes médecins installés en dehors des grandes villes avaient effectué un stage ou remplacement dans le même territoire durant leur internat. Ce chiffre monte à 62 % en zone rurale nièvre-jurassienne. À surveiller dans les prochains mois avec l’élargissement du stage en médecine générale obligatoire en zones fragiles (réforme Ma Santé 2022).

Ce qui fait la différence : points clés et recommandations pour le terrain

À retenir :

Pour les élus ou acteurs de la prévention : il s’agit d’animer le dialogue à l’échelle du territoire, d’organiser des immersions terrains pour étudiants, et de mieux valoriser les postes vacants ou les mécanismes d’accueil locaux.

Pour qui ces enjeux sont-ils particulièrement stratégiques ?

Plusieurs catégories sont directement concernées :

Perspectives pour la région : quelles pistes pour continuer à attirer ?

Concrètement pour la BFC, la trajectoire repose sur trois axes :

  1. Développer les outils d’anticipation : cartographies dynamiques, remontées d’observations terrains, veille statistique régulière partagée entre les acteurs.
  2. Renforcer la place du stage en territoire pour tous les futurs praticiens, y compris les paramédicaux.
  3. Pérenniser les points d’ancrage collectifs (MSP, services partagés entre collectivités et hôpitaux, plateformes de télé-expertise pour les secteurs isolés).

Ce que l’on observe dans la région, c’est qu’aucune réponse unique ne suffit. C’est la capacité à faire système autour du jeune praticien qui décidera de la santé des territoires demain. À partager dans vos réseaux, parce que chaque initiative compte.

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