Médecins en Bourgogne-Franche-Comté : état des lieux et réalités départementales
La diminution du nombre de médecins, ou la “démédicalisation”, est un enjeu désormais central pour le système de santé français. Partout, l’accès...
La diminution du nombre de médecins, ou la “démédicalisation”, est un enjeu désormais central pour le système de santé français. Partout, l’accès à un médecin généraliste devient de plus en plus difficile, en particulier dans les zones rurales. Santé publique France, l’Assurance Maladie ou encore la DREES alertent régulièrement sur ce phénomène qui, d’année en année, inquiète élus, citoyens, professionnels de santé et associations. Les causes sont multiples : numerus clausus limité jusqu’en 2020, vieillissement des praticiens, inégalités d’attractivité des territoires, transformations des modes d’exercice, etc.
La Bourgogne-Franche-Comté (BFC) n’échappe pas à cette tendance. Mais la situation y présente des caractéristiques qui méritent un regard régional et départemental.
En décembre 2023, selon l’Observatoire national de la démographie des professions de santé (ONDPS), la BFC compte approxi-mativement 6 060 médecins généralistes en activité régulière. Ce chiffre masque toutefois de profondes disparités entre les départements. Et l’évolution est loin d’être homogène.
| Département | Densité de médecins généralistes (pour 100 000 habitants, 2022) | Évolution 2012-2022 (%) | Population concernée par des “zones sous-denses” |
|---|---|---|---|
| Nièvre | 75 | -14 % | + de 55 % |
| Haute-Saône | 77 | -12 % | + de 40 % |
| Yonne | 80 | -11 % | + de 45 % |
| Saône-et-Loire | 92 | -9 % | Environ 33 % |
| Côte-d’Or | 102 | -5 % | Environ 15 % |
| DoubS | 109 | -6 % | Environ 10 % |
| Jura | 94 | -10 % | Environ 31 % |
| Territoire de Belfort | 98 | -7 % | Environ 16 % |
Sources : DREES, Répertoire Adeli 2022, INSEE, ARS BFC, 2023.
Ce qui frappe dans les chiffres, c’est la situation de la Nièvre et de la Haute-Saône. La Nièvre traverse une double difficulté : non seulement elle présente la plus faible densité de la région, mais la chute s’est accélérée depuis 2015, avec de nombreux départs non remplacés. Haute-Saône affiche une baisse similaire, portée par la désertification de plusieurs bassins de vie.
Concrètement, pour la BFC, cela veut dire que plus d’un habitant sur deux dans la Nièvre (et près de la moitié dans l’Yonne) vit dans ce que l’Assurance Maladie nomme une “zone d’intervention prioritaire” (ZIP) où l’accès à un médecin généraliste est, de fait, dégradé.
À surveiller dans les prochains mois : le nombre de cabinets fermés, mais aussi la proportion de praticiens proches de l’âge de la retraite. Dans la Nièvre, par exemple, près de 30 % des médecins généralistes ont plus de 60 ans (source : ARS BFC).
La baisse du nombre de médecins généralistes n’est pas qu’un problème pour “l’accès aux soins” : c’est une question de développement, d’égalité des chances et de cohésion territoriale.
Ce que l’on observe dans la région : de nombreux territoires ruraux voient se multiplier les initiatives locales (cabinets secondaires, télémédecine, délégation de tâches, etc.) mais la raréfaction du nombre de praticiens remet en cause leur pérennité.
Il faut s’y intéresser maintenant : d’ici à 2030, la région risque de perdre entre 10 % et 20 % de son effectif de généralistes si les tendances actuelles se confirment (DREES, projection 2023). Cela signifie concrètement pour les élus locaux, pour l’ARS, mais aussi pour les acteurs de terrain (centres sociaux, EHPAD, PMI, associations), un accroissement du besoin d’organisation territoriale des soins, mais aussi de mobilisation interprofessionnelle.
Pour les collectivités, la question de l’attractivité médicale devient stratégique. Recruter, fidéliser, installer des professionnels de santé demande aujourd’hui d’agir sur plusieurs leviers :
Du côté des établissements de santé et EHPAD, la raréfaction des médecins a des impacts en cascade : réorganisation des astreintes, retard dans la prise en charge, recours croissant à des solutions intermédiaires (IPA, infirmiers en pratique avancée, permanences infirmières de soirée…).
Pour les structures de prévention, la priorité reste de lutter contre tous les freins (distance, coût, horaires, compréhension) et de renforcer les médiations auprès des publics les plus impactés.
À retenir :Dans plusieurs EPCI (Établissements publics de coopération intercommunale), on voit émerger des dispositifs inspirants :
Témoignage à partager dans vos réseaux : à Fours (Nièvre), un projet de maison de santé a vu le jour en 2023 grâce à la mobilisation conjointe de la mairie, de l’ARS et d’un collectif citoyen qui a su sensibiliser jusqu’à l’université de médecine de Dijon. De nouveaux internes viennent désormais chaque année, certains s’installent… mais cela demande un engagement sur plusieurs années.
Il est important de souligner que ces expérimentations ne seront suffisantes que si elles s’appuient sur une politique régionale claire et sur un “soutien d’emboîtement” : du national au département, de la région vers les bourgs centres et jusqu’aux professionnels.
La situation des médecins en Bourgogne-Franche-Comté est l’affaire de tous. Les chiffres, même s’ils varient d’un département à l’autre, dessinent une carte où les fragilités sont connues et où l’ingéniosité locale doit être applaudie. Mais il y a urgence à stabiliser et valoriser la place du médecin généraliste, tout en accompagnant la diversification des acteurs de santé.
Concrètement, pour la BFC, la priorité sera d’anticiper les départs, soutenir l’installation des jeunes professionnels et faire vivre de nouveaux modèles (télémédecine, pratiques partagées…). C’est dans la conjugaison de ces solutions, et par la veille partagée, que la région pourra éviter une aggravation de la fracture sanitaire entre ses territoires.
À partager dans vos réseaux, et à suivre dans les prochains mois : les nouvelles zones labellisées “action prioritaire” par l’ARS, les retours d’expérience des maisons de santé, ou encore les initiatives citoyennes pour attirer des soignants là où on en a le plus besoin.