Une priorité de santé publique qui prend racine dans les territoires
L’activité physique régulière et une alimentation équilibrée restent deux piliers essentiels de la santé de la population. Pourtant, selon Santé publique France, seuls 62 % des adultes et 53 % des enfants atteignent les recommandations minimales d’activité physique dans l’Hexagone. La Bourgogne-Franche-Comté, avec son vaste territoire rural, ses villes moyennes et ses territoires à faible densité médicale, n’échappe pas au constat : le surpoids (42 % des adultes, INSEE 2021) et la sédentarité pèsent lourdement, avec de forts contrastes départementaux (ex. : taux de surpoids chez l’enfant supérieur en Saône-et-Loire qu’à Dijon métropole).
De nombreuses publications nationales pointent régulièrement l’intérêt des actions locales de prévention : elles seraient plus efficaces que des campagnes nationales déconnectées du terrain (Assurance Maladie, 2023). Mais que recouvrent réellement ces actions et que peut-on en attendre en BFC ?
Concrètement, pour la BFC : panorama des initiatives qui fonctionnent
Dans la région, nous constatons que les initiatives locales, construites avec les habitants et les acteurs de proximité, parviennent à contourner certains obstacles bien identifiés : accès limité à l’offre sportive, absence de commerces alimentaires en zone rurale, manque de lieux de convivialité. En voici des exemples concrets :
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Réseaux “Sport-Santé” : Plus de 150 structures labellisées “Maison Sport Santé” ou associées (source : ARS BFC, 2023) proposent une reprise d’activité physique adaptée aux personnes éloignées du sport, souvent sur ordonnance médicale (“sport sur prescription”).
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Circuits courts alimentaires : En Côte-d’Or, les collectivités ont soutenu la création de 5 plateformes logistiques pour la distribution de produits locaux dans les cantines scolaires, favorisant menus équilibrés et éducation au goût.
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Marches conviviales animées par les CCAS (Centres Communaux d’Action Sociale), particulièrement dans le Jura et la Haute-Saône – elles réduisent l’isolement tout en luttant contre l’inactivité des seniors.
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Quartiers “actifs” : À Besançon ou Montceau-les-Mines, certains quartiers prioritaires de la politique de la ville bénéficient de plans spécifiques d’aménagement urbain (itinéraires piétons, jeux pour enfants, jardins partagés...). Cela facilite la pratique quotidienne et modifie durablement les habitudes de déplacement.
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Projets alimentaires territoriaux (PAT) : En Saône-et-Loire, ces PAT impliquent des agriculteurs, associations, établissements scolaires et collectivités pour développer une alimentation saine, locale et accessible. Un PAT regroupe en moyenne 45 acteurs et touche 30 000 habitants (Ministère de l’Agriculture).
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Programmes d’éducation par les pairs : Certains collèges (notamment à Nevers) expérimentent des clubs “Ambassadeurs”, où ce sont les élèves eux-mêmes qui mènent des ateliers autour du petit-déjeuner équilibré ou des alternatives à la fast-food du mercredi après-midi.
Ces initiatives témoignent d’une dynamique régionale, même si leur impact reste parfois difficile à mesurer, faute de moyens de suivi.
Pourquoi intensifier ces démarches maintenant ?
La lassitude post-Covid est une réalité bien identifiée par les acteurs publics (voir bulletins ARS BFC 2022-2023). Après une augmentation de la sédentarité, avec une hausse de plus de 30 % du temps passé assis chez les adolescents, la région est confrontée à de nouveaux enjeux. La fermeture de gymnases, la difficulté à mobiliser les bénévoles, ou encore la flambée des prix alimentaires rendent plus difficile la reprise des “bons réflexes” santé.
En parallèle, l’Assurance Maladie observe une hausse des maladies cardio-métaboliques précoces chez les jeunes adultes en BFC (+7 % entre 2018 et 2022). Dans un contexte de tension sur les professionnels de santé, chaque action locale qui améliore les comportements peut alléger la pression sur le système de soins.
Sans actions coordonnées, les inégalités territoriales risquent de se creuser : la différence d’espérance de vie sans incapacité entre une commune rurale de la Nièvre et un centre-ville dijonnais est de presque 8 ans (INSEE).
À retenir :
- L’activité physique et l’alimentation équilibrée sont des enjeux transversaux, autant pour la prévention que pour l’attractivité territoriale.
- Agir localement, c’est aussi lutter contre le renoncement aux soins et l’isolement.
- Les collectivités, scolaires, structures médico-sociales et associations ont chacun une marge d’action spécifique.
Ancrage régional : des réponses différentes selon les territoires
Ce que l’on observe dans la région : toutes les actions ne fonctionnent pas partout. Une initiative très pertinente en Bresse rurale peut s’avérer mal adaptée dans une ville universitaire.
| Département/Zone |
Défi spécifique |
Idée-force/action efficace relevée |
| Nièvre rurale |
Accès limité à l’offre sportive |
Mutualisation des salles polyvalentes pour l’accueil d’activités adaptées (yoga, gym douce, ateliers nutrition) |
| Dijon Métropole |
Surcharge familiale / vie étudiante précarisée |
Distribution de paniers de fruits et légumes à tarifs sociaux en partenariat avec l’épicerie solidaire universitaire |
| Haut-Jura |
Isolement et saisonnalité forte |
Organisation de “semaines actives” pendant les vacances avec clubs de randonnée et repas collectifs éducatifs |
| Quartiers prioritaires (Besançon, Chalon…) |
Enclavement urbain, peu d’espaces verts |
Création de microparcs et relais avec les éducateurs sportifs de proximité |
Quels sont les leviers à la main des collectivités et des acteurs locaux ?
L’équipe de Veille Santé BFC liste les facteurs de réussite tirés de divers retours d’expérience :
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Créer un climat d’adhésion.
Impliquer les habitants dès la définition de l’action (ex. : diagnostic partagé en Haute-Saône avec les parents d’élèves et usagers).
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S’appuyer sur les relais locaux crédibles.
Les acteurs de terrain – infirmiers scolaires, agents des CCAS, animateurs sportifs – sont souvent plus efficaces que les grands discours institutionnels.
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Aller chercher les publics “éloignés”.
Les chiffres nationaux le montrent : les bénéficiaires des minima sociaux, jeunes NEET (“ni en emploi, ni en éducation, ni en formation”) et personnes très âgées sont sous-représentés dans la prévention classique.
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Valoriser les compétences locales.
Dans la Nièvre, des diététiciens ruraux interviennent en lien direct avec les marchés hebdomadaires, plutôt que des conférences anonymes en salle polyvalente.
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Articuler avec les dispositifs nationaux.
La labellisation “Ville Active du PNNS” (Programme National Nutrition Santé), déjà accordée à plusieurs communes de Côte-d’Or, débloque des financements et outille les équipes (planches pédagogiques, matériel…).
Aller plus loin : pistes d’engagement adaptées à la BFC
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Pour les écoles et collèges : intégrer au moins un module “bouger plus, manger mieux” par trimestre, en mêlant théorie et pratique (ateliers cuisine, sorties “km à pied”, petits déjeuners collectifs).
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Collectivités : soutenir au minimum un événement public autour de la marche, du vélo ou du “manger local” chaque semestre, en s’appuyant sur les réseaux d’associations déjà présents.
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Structures médico-sociales : proposer un diagnostic nutritionnel et d’activité physique annuel pour les résidents et engager des partenariats avec les éducateurs sportifs locaux.
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Associations : mutualiser les ressources et partager les supports pédagogiques sur territoire, pour éviter les redondances et atteindre plus largement les publics “hors radar”.
À surveiller dans les prochains mois : la mise à jour des cartes “zones blanches” sport-santé par l’ONAPS (Observatoire National de l’Activité Physique et de la Sédentarité) et la publication attendue des nouveaux financements du Plan national pour le bien-être et la santé des jeunes (ministère de la Santé, 2024).
Ressources utiles pour aller plus loin :
À partager dans vos réseaux : ce qu’il faut retenir pour agir
- Les dynamiques locales en activité physique et alimentation équilibrée font la différence là où elles associent habitant·e·s, associations, collectivités et professionnels du soin.
- Une action collective, contextualisée, permet d’enclencher des cercles vertueux sur la santé, l’inclusion sociale et l’attractivité du territoire.
- La Bourgogne-Franche-Comté dispose de nombreux leviers utiles – mais leur efficacité dépend de la capacité à relier initiatives, savoir-faire et évaluations concrètes. À chacun·e de s’y engager selon ses moyens.
En savoir plus à ce sujet :