Une urgence nationale, des réponses locales
Chaque année, en France, le tabac et l’alcool restent les deux principaux facteurs de mortalité prématurée évitable : plus de 75 000 décès attribuables au tabac (Santé publique France) et autour de 41 000 à l’alcool. Si la prévention progresse au niveau national, beaucoup de mesures restent pensées “d’en haut”. Or, dans une région comme la Bourgogne-Franche-Comté (BFC), marquée par d’importantes disparités territoriales, la réponse doit être quotidienne, locale, adaptée : c’est là que les communes entrent en jeu.
En BFC, on observe :
- une prévalence du tabagisme supérieure ou proche de la moyenne nationale dans certains territoires ruraux ;
- des habitudes ancrées autour de la consommation d’alcool, notamment dans des zones viticoles ou festives ;
- et une exposition précoce des jeunes, en particulier dans les petites communes qui manquent parfois d’alternatives sociales ou culturelles.
Les collectivités, souvent en première ligne, adaptent ou innovent, à la fois pour répondre à une urgence de santé publique, mais aussi pour créer du lien et donner des perspectives aux habitants.
Ce que dit la loi, ce que peuvent les communes
Le cadre national (Loi Evin, Plan national de mobilisation contre les addictions, loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé, plans régionaux de santé publique) donne aux collectivités locales des leviers précis :
- Interdiction et contrôle de la consommation et de la vente de tabac/alcool dans les lieux publics ;
- Impossibilité de soutenir ou promouvoir les entreprises alcoolières (hors communication œnotourisme) ;
- Responsabilité sur les espaces sportifs, écoles, fêtes communales ;
- Appui aux campagnes nationales (Mois sans Tabac, Dry January).
Mais la marge est grande pour la prévention, l’innovation, le partenariat : rien n’interdit, par exemple, d’aller bien plus loin en matière de sensibilisation, d’animation, de dialogue avec les jeunes – tant qu’on respecte la loi. En BFC, les communes composent souvent avec ce frein règlementaire, mais l’investissent de manière pragmatique.Les réalités de la prévention dans les petites communes de Saône-et-Loire, Côte-d'Or ou Nièvre
La prévention, ce n’est pas qu’une question de brochures ou d’affiches. Dans le terrain bourgignon ou franc-comtois, on part du quotidien : écoles rurales, clubs de foot du dimanche, associations de parents dévouées, festivals, repas villageois. C’est là que l’enjeu est le plus tangible et que les marges de manœuvre sont les plus grandes — ou les plus étroites, selon les ressources.
Ce que l’on observe sur le terrain notamment :
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Difficulté de mobiliser en dehors des temps scolaires, là où les familles, enfants ou jeunes adultes se retrouvent réellement.
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Le rôle clé des élus de proximité : Beaucoup souhaitent s’impliquer, mais se sentent démunis. 66% des maires ruraux, selon une enquête de l’Association des maires ruraux de France (2023), estiment manquer d’outils sur ces sujets.
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Une forte demande d’accompagnement pratique : “Quel support ? Comment parler sans moraliser ? Qui peut venir intervenir ?”
Des stratégies qui font la différence : à retenir pour la BFC
Certaines communes innovent, parfois avec peu de moyens, mais beaucoup de réseau et d’invention. Voici les axes qui ressortent :
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Des actions dans l’espace public :
Installation de panneaux “commune sans tabac” sur les places de village, zones sans tabac autour des écoles ou aires de jeux. C’est le cas par exemple à Montceau-les-Mines, où la concertation avec les parents d’élèves a permis d’installer, puis de faire respecter, un “périmètre sans mégot” très identifié.
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Le relais par les associations locales :
Sur le terrain, ce sont souvent les Maisons des jeunes, clubs sportifs, associations d'accompagnement social qui mènent l’essentiel des interventions. En Saône-et-Loire, l’association AGIR 71 a formé des bénévoles pour animer des ateliers "Parlons addictions" dans plus de 20 villages depuis 2022 (source : AGIR 71).
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L’implication des jeunes eux-mêmes :
Ateliers “ambassadeurs santé”, concours de création d’affiches, interventions par des pairs dans les collèges et les lycées. À Belfort, ce sont des lycéens qui co-animent certains ateliers avec des professionnels, pour favoriser une parole libre.
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Prise en compte des réalités culturelles :
Dans le Jura ou en Côte-d’Or, il est difficile de parler d’alcool sans évoquer l’ancrage culturel du vin ou de la fête villageoise. Certaines communes choisissent alors d’accompagner la réduction des consommations à risque sans stigmatiser. Exemple : inclusion systématique d’alternatives sans alcool lors des évènements, formation des responsables d’associations à l’auto-surveillance et à la gestion des situations sensibles.
Exemple de dispositifs mis en place dans la région
| Commune / Intercommunauté |
Action emblématique |
Partenaires |
Bilan / Impact |
| Chalon-sur-Saône |
Déploiement d’un réseau de référents “Addicto” par quartier |
CPAM, CCAS, associations locales |
Augmentation de la détection précoce de consommation problématique |
| Le Creusot |
Animations “Mois sans Tabac” au centre socio-culturel, mobilisant le club de foot local |
Ligue contre le cancer, Ville, associations sportives |
Nombre d’inscriptions au défi x2 en 3 ans |
| Pouilly-en-Auxois |
Repas festifs “100% alternatives sans alcool”, co-organisés avec les commerçants |
Préfecture, commerçants, associations de parents |
Visibilité renforcée, baisse des incidents lors des fêtes de village |
| Cosne-Cours-sur-Loire |
Ateliers d’échanges parents-adolescents sur la prévention des addictions |
CSAPA, Education nationale |
Baisse constatée de l’expérimentation précoce chez les 11-13 ans selon les bilans locaux |
Quels leviers pour intensifier la prévention en Bourgogne-Franche-Comté ?
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S’adosser à l’existant : Beaucoup d’acteurs sont déjà engagés : CSAPA (Centres de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie), MILDECA (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), maisons de santé, missions locales. Une cartographie et une mise en réseau facilitent le passage de relais.
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Associer systématiquement les publics : La prévention fonctionne mieux quand ceux qui sont directement concernés (parents, jeunes, enseignants, commerçants) participent à la co-construction des actions.
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Intégrer la prévention dans tous les moments de vie locale : Sport, culture, marchés, repas, fêtes communales. La prévention ne doit pas être cantonnée à la “Semaine sans alcool” ou à une simple réunion d’information.
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Former, outiller, rassurer les élus : Outils clé-en-main, guides adaptés, retours d’expériences régionaux. Les exemples rassurent et inspirent. À noter : l’ARS BFC publie régulièrement des fiches-action destinées aux collectivités (source : ARS BFC, site officiel).
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Prendre en compte les fragilités spécifiques rurales : Isolement, moindre accès à l’offre de soins, sentiment de fatalisme (“on a toujours bu comme ça”). Les actions les plus efficaces sont celles qui évitent de culpabiliser, et favorisent la reconstruction collective autour du bien-être.
Pourquoi agir maintenant ? Une opportunité à saisir pour la BFC
Les données INSEE et Santé publique France le rappellent : la Bourgogne-Franche-Comté partage avec d’autres régions rurales une mortalité prématurée évitable plus élevée que la moyenne nationale, en lien direct avec le tabac et l’alcool (Santé publique France, 2023). Les fragilités sanitaires sont accentuées par le vieillissement démographique, la précarité, la désertification de certains territoires.
Pourtant, la région se caractérise aussi par une forte capacité d’engagement et d’innovation au niveau local. La relance de la prévention fait partie du Contrat d’Engagement Jeunes, des Plans Locaux de Santé Publique, ou encore des projets de Contrat Local de Santé.
À surveiller dans les prochains mois : l’impact de l’arrivée de nouvelles initiatives sur la région, notamment via la stratégie “Réduction des inégalités sociales de santé” (ISS), qui vise à renforcer tous les dispositifs associant communes, associations et ARS.
À retenir : quelques repères pour passer à l’action
- Tabac et alcool restent la priorité n°1 pour la santé publique locale, avec 40% des décès prématurés évitables liés à ces facteurs (Santé publique France).
- Les communes ont une marge d’action bien réelle, en particulier quand elles savent mobiliser réseaux associatifs, écoles, commerçants et jeunes habitants.
- L’efficacité passe toujours par le “faire avec” plutôt que le “faire pour” : co-construire les actions, s’appuyer sur l’expérience terrain, accepter d’ajuster au fil de l’eau.
- Des outils existent, des retours d’expériences aussi - il suffit d’oser les mobiliser, de réseauter, de valoriser les initiatives locales.
Ce sujet doit rester dans le radar de la BFC : la prévention sur le tabac et l’alcool, quand elle se fait à l’échelle communale, devient un formidable levier de santé publique, d’intégration sociale… et un marqueur de dynamiques de territoire.
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