Introduction : L'accès aux soins, une préoccupation ancrée dans la région
L’accès aux soins interpelle tout acteur impliqué dans la santé publique, et la Bourgogne-Franche-Comté (BFC) n’échappe pas à ce questionnement. Alors que la problématique de la démographie médicale et des déserts médicaux fait régulièrement les gros titres au niveau national, la réalité régionale mérite d’être examinée avec précision. Ici, l’équilibre entre zones rurales, villes moyennes et bassins de vie périurbains impose des défis bien spécifiques, à la croisée des réformes nationales, des dynamiques démographiques et des initiatives territoriales.
Cet article propose un état des lieux solide, des chiffres récents, et des pistes d’action adaptées à la BFC – à destination des collectivités, des professionnels de santé, du secteur médico-social et des acteurs de la prévention.
La démographie médicale en BFC : chiffres, disparités et tendances
Où en est-on ?
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Population médicale en BFC :
Selon l’ARS BFC (Chiffres clés 2023), la région compte environ 10 390 médecins actifs en 2022, tous modes d’exercice confondus (hospitaliers, libéraux, remplaçants).
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La densité médicale :
On relève une densité de 263 médecins pour 100 000 habitants. La moyenne nationale est proche (264), mais ces chiffres masquent d’importantes disparités départementales.
| Département |
Densité médecins (pour 100 000 hab.) |
Population (estimation 2023) |
| Côte-d'Or |
312 |
540 000 |
| Doubs |
277 |
542 000 |
| Saône-et-Loire |
233 |
550 000 |
| Nièvre |
191 |
208 000 |
| Jura |
217 |
260 000 |
| Yonne |
212 |
338 000 |
| Haute-Saône |
186 |
231 000 |
| Territoire de Belfort |
295 |
141 000 |
À retenir : Le contraste entre la Côte-d'Or (notamment autour de Dijon) et la Nièvre ou la Haute-Saône s’accentue. Près de 40 % des médecins généralistes travaillent dans une seule agglomération régionale (Dijon ou Besançon).
L’âge moyen des médecins : un facteur aggravant
En BFC, l’âge médian des médecins libéraux dépasse les 53 ans (Assurance Maladie, Atlas 2022). Plus d’un tiers a plus de 60 ans dans les départements du nord de la région – la question du renouvellement des praticiens est donc particulièrement aiguë dans la Nièvre, l’Yonne ou la Haute-Saône.
À surveiller dans les prochaines années : Entre 2021 et 2030, selon l’ARS, environ la moitié des généralistes actuellement en exercice atteindront l’âge de la retraite. Dans la Nièvre, certains bassins de vie pourraient voir leur effectif médical diminuer de 50 % si aucun nouveau médecin ne s’installe.
L’accès aux soins de proximité : effets de la démographie médicale
Qu’est-ce qu’un "désert médical" ?
La notion de "désert médical" recouvre différents critères : absence de médecin à moins de 15 minutes, délai d’attente pour un rendez-vous, densité inférieure au seuil fixé par le zonage de l’ARS. Ce phénomène, ici comme ailleurs, concerne d’abord la médecine générale, mais gagne désormais de nombreux spécialistes (ophtalmologues, pédiatres).
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En Saône-et-Loire, la moitié des habitants vit dans une commune classée "sous-dense" pour l’offre de généralistes (ARS, 2023).
-
Le Jura est confronté à une pénurie d’ophtalmologues : seuls 9 praticiens pour tout le département en 2022, avec des délais de rendez-vous allant jusqu’à 9 mois.
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Sur le territoire de Gray et Vesoul (Haute-Saône), certains patients font plus de 40 km pour consulter un spécialiste.
Conséquences concrètes sur la population
Le manque de médecins impacte directement le recours aux soins et aggrave les inégalités territoriales :
- Baisse du recours à la prévention (dépistage cancer, suivi vaccinal, etc.), sources : Santé publique France
- Difficulté d’accès aux parcours de soins coordonnés, en particulier pour les personnes âgées ou avec maladies chroniques
- Mise en pression des urgences hospitalières (Allô 15), notamment à Mâcon, Nevers, Lons-le-Saunier
À partager dans vos réseaux : En BFC, plus de 180 000 habitants vivent dans une commune sans médecin généraliste permanent (sources : INSEE, Atlas Régional de la Santé 2023).
Les deux visages de la région : ruralités et villes moyennes
La singularité des zones rurales
Ce que l’on observe dans la région, c’est une accentuation rapide de la contrainte d’accès dans les territoires ruraux et de faible densité. Les départements comme la Nièvre, la Saône-et-Loire ou la Haute-Saône cumulent isolement, vieillissement de la population et raréfaction des professionnels.
Pour un médecin installé à Decize (Nièvre), “le temps consacré à la coordination et au déplacement est en hausse constante, au détriment de la prise en charge clinique”, selon l’URPS Médecins Libéraux.
Les villes moyennes : un enjeu intermédiaire
Les villes comme Montbéliard, Sens ou Chalon-sur-Saône, souvent perçues comme “zones d’attractivité secondaire”, peinent à attirer de nouveaux médecins, alors que leurs besoins en santé publique restent forts (polarisation de l’offre, précarités, accroissement démographique).
- À Montbéliard, 43 % des médecins spécialistes exercent à temps partiel (Atlas ARS 2023).
- Besançon réussit à maintenir une densité médicale correcte grâce à la proximité du CHU, mais le Sud du Doubs plonge dès que l’on quitte l’agglomération.
Initiatives régionales et leviers d’action
Actions en cours
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Maisons de santé pluridisciplinaires : 215 structures en fonctionnement fin 2023 en BFC (source : ARS). Elles regroupent médecine générale, soins infirmiers, kinésithérapie et offrent un plateau technique mutualisé. Leur impact ? Limiter l’isolement professionnel et dynamiser les installations nouvelles, surtout en secteur rural.
-
Aides à l’installation : Primes régionales, bourses internes, exonérations fiscales, recrutement de médecins salariés (par les collectivités). Efficace ? Oui, mais essentiellement pour les jeunes diplômés avec attaches familiales locales.
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Téléconsultation : En 2022, 7,4 % des actes médicaux réalisés dans l’Yonne l’ont été par téléconsultation, soit le double de la moyenne nationale (Assurance Maladie). Ce mode de recours s’avère précieux, mais il ne remplace pas le suivi physique pour les publics âgés ou sans accès numérique.
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Renforcement des délégations de tâches : Développement de la pratique avancée infirmière ou du recours aux pharmaciens pour certains actes (vaccins, diagnostics simples).
Perspectives à court et moyen terme
La dynamique observée en BFC est claire : les actions “classiques” d’incitation à l’installation ne suffisent plus, surtout là où le vivier de médecins reste faible. Il devient indispensable de penser à l’échelle de l’équipe pluriprofessionnelle territorialisée.
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Favoriser les projets collectifs de territoire : Soutien aux Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), organisation des filières de prise en charge autour du patient (gériatrie, cancérologie de proximité, etc.).
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Former localement : Renforcer les stages en médecine rurale, impliquer les internes dans la vie locale, soutenir l’ouverture de filières universitaires délocalisées (exemple : antennes de la faculté de médecine à Nevers).
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Mobiliser la prévention et la santé communautaire : Lutter contre les renoncements aux soins en s’appuyant sur le tissu associatif et les relais de proximité (exemple : bus santé itinérant en Saône-et-Loire).
Pour qui, concrètement ?
- Les collectivités : Elles ont désormais un rôle majeur de coordination, d’appui logistique (mairies, EPCI) et d’accueil des étudiants en santé.
- Le secteur médico-social : Doit repenser l’accès aux soins spécialisés pour personnes âgées ou handicapées hors bassin urbain.
- Prévention, associations, citoyens : Sensibilisation à l’importance du médecin traitant, engagements pour faciliter l’installation et la vie quotidienne des soignants.
Réflexion et leviers pour l’avenir régional
La démographie médicale est un enjeu de justice territoriale. Pour la BFC, il n’y aura pas de progrès sans solutions adaptées aux contextes locaux : soutenir les généralistes isolés, expérimenter de nouveaux modèles d’exercice, amplifier la coordination des acteurs et développer l’attractivité des territoires.
À retenir pour les prochains mois :
- Les écarts d’accès aux soins risquent de s’accentuer si le "choc générationnel" médical n’est pas anticipé – en particulier dans la Nièvre, la Haute-Saône et le sud du Jura.
- Les réussites locales montrent l’importance de l’approche collective et du portage territorial fort (maison de santé, CPTS, conventions locales avec l’hôpital, etc.).
- Il faut partager et valoriser les initiatives, même modestes, car elles sont souvent sources d’inspiration pour d’autres territoires.
À partager dans vos réseaux : L’amélioration de l’accès aux soins passera, en BFC, par une mobilisation décloisonnée et durable de tous les acteurs au service des habitants – du maire de village au centre hospitalier régional.
Sources utilisées : ARS Bourgogne Franche-Comté (Chiffres clés, 2023), Assurance Maladie (Atlas régional 2022-23), Santé publique France, INSEE, URPS Médecins Libéraux BFC.
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