07/10/2026

Comprendre l’exposition aux comportements à risque : Qui sont les publics les plus vulnérables en Bourgogne-Franche-Comté ?

Pourquoi parler des comportements à risque aujourd’hui ?

La prévention des comportements à risque reste un levier-clé pour améliorer la santé de nos concitoyens et réduire les inégalités en Bourgogne-Franche-Comté (BFC). Tabac, alcool, sédentarité, usage de drogues, alimentation déséquilibrée : ces pratiques concernent toutes les couches de la société, mais pas avec la même intensité ni les mêmes conséquences. Leur poids se ressent particulièrement sur la mortalité prématurée évitable, c’est-à-dire les décès qui pourraient être évités si l’on agissait efficacement sur ces facteurs.

La dernière synthèse de Santé publique France (SPF) rappelle que, même si la situation s’améliore sur certains indicateurs, l’écart se creuse entre les territoires et les groupes sociaux, avec un impact marqué dans les régions comme la BFC, où l’on retrouve certains marqueurs de vulnérabilité (ruralité, vieillissement, précarité) plus présents qu’ailleurs.

Quels sont les comportements à risque étudiés ?

Sans dresser un catalogue exhaustif, les comportements à risque suivis par l’Assurance Maladie, l’ARS BFC ou la Société Française de Santé Publique (SFSP) concernent principalement :

  • La consommation régulière de tabac et d’alcool
  • L’usage de stupéfiants (cannabis, cocaïne, opioïdes…)
  • Les pratiques alimentaires déséquilibrées et la sédentarité
  • Les comportements sexuels à risque
  • Le non-recours aux soins ou à la prévention (vaccination, dépistage…)
  • Le non-respect du code de la route (prévention routière)

Chaque facteur n’agit pas isolément : ils s’agrègent souvent chez les mêmes publics, aggravant leur vulnérabilité.

Des données nationales éclairantes… mais à contextualiser en BFC

À l’échelle nationale, différentes enquêtes comme l’Enquête Santé Européenne (EHIS), le Baromètre Santé de SPF ou l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) mettent en évidence des inégalités marquées selon l’âge, le genre, le niveau de diplôme ou le lieu de vie.

Que disent les chiffres ?

  • 24% des hommes et 20% des femmes fument quotidiennement en France selon SPF (2022).
  • Chez les 18-24 ans, le binge-drinking (alcoolisation ponctuelle importante) concerne plus d’un jeune sur deux sur l’année.
  • La prévalence du surpoids atteint 49% des adultes ruraux contre 41% en milieu urbain (INSEE, 2021).
  • Les régions rurales affichent un recours à la vaccination grippe en-dessous de la moyenne nationale, notamment pour les publics précaires.

Mais que retrouve-t-on concrètement pour la Bourgogne-Franche-Comté ?

Comportements à risque : ce que l’on observe dans la région

La BFC présente plusieurs spécificités qui modifient la répartition et l’intensité de ces comportements à risque :

  • Une population plus âgée que la moyenne nationale (notamment en Nièvre, Haute-Saône, et Yonne).
  • Une part importante de territoires ruraux et de petites villes (Saône-et-Loire, Doubs, Jura), avec une accessibilité aux soins parfois difficile.
  • Des inégalités socio-économiques marquées, avec des zones de précarité persistantes (notamment dans le nord de la Côte-d’Or ou le Morvan).
Comportement à risque Population la plus exposée Données spécifiques BFC
Tabac Jeunes adultes, personnes en situation de précarité 26% de fumeurs quotidiens, taux supérieur à la moyenne nationale dans la Nièvre et le Jura (Observatoire Régional de Santé - ORS BFC, 2023)
Alcool Hommes 45-64 ans, jeunes en milieu rural 12% d’adultes en consommation excessive, taux de binge-drinking élevé chez les lycéens ruraux (ARS, 2022)
Sédentarité Adultes en emploi manuel, personnes âgées isolées 41% déclarent moins de 30 min d’activité par jour dans la Nièvre et la Haute-Saône (INSEE, 2022)
Non-recours au dépistage Femmes 50-74 ans en zone rurale, ménages précaires 28% de couverture pour le dépistage du cancer colorectal (vs 33% FR), avec des disparités accrues dans le Morvan (CRCDC BFC, 2022)

Quels groupes de population sont vraiment les plus exposés en BFC ?

Si l’on croise l’ensemble des données disponibles, quatre grands groupes apparaissent particulièrement vulnérables :

  1. Les jeunes, et notamment les adolescents et jeunes adultes en milieu rural :
    • Taux de tabagisme plus élevé qu’en zone urbaine (décroissance moins rapide chez les jeunes du Morvan, ARS, 2021)
    • Recours aux drogues “festives” (cannabis, ecstasy) non négligeable lors de soirées isolées
    • Accès aux dispositifs de prévention plus difficile, faute de présence associative ou de repères familiaux solides
  2. Les personnes en situation de précarité (emploi, logement, revenus) :
    • Multiplication des comportements à risque (tabac, alcool, non-recours à la prévention)
    • Cumul de déterminants sociaux défavorables, accentuant la vulnérabilité
    • Moins bonne couverture vaccinale et recours au système de soins tardif
  3. Les publics âgés, particulièrement isolés (Nièvre, Haute-Saône) :
    • Sédentarité majorée, accès aux soins compliqué (mobilité, désertification médicale)
    • Risque nutritionnel accru lorsqu’il y a isolement ou précarité (CNAM, 2022)
    • Non-recours à la prévention (vaccination grippe/covid, dépistage cancers)
  4. Certains publics invisibilisés : les agriculteurs, intérimaires et travailleurs précaires :
    • Taux de suicide, d’addictions et d’accidents du travail significativement plus élevés (MSA, ORS BFC, 2021)
    • Recours limité à la médecine de prévention

À retenir :

  • Les inégalités sociales et territoriales pèsent très lourd sur nos données régionales.
  • Le cumul des risques se retrouve principalement chez les personnes les plus défavorisées, qu’elles soient jeunes ou âgées.

Pourquoi porter attention à la Bourgogne-Franche-Comté maintenant ?

Les derniers rapports de l’ORS BFC et de SPF soulignent l’urgence de mieux cibler les actions :

  • La Nièvre et la Saône-et-Loire figurent parmi les départements au plus fort taux de mortalité prématurée évitable liée aux comportements à risque (surtout chez les 18-65 ans).
  • De plus en plus d’acteurs locaux (collectivités, réseaux d’éducation à la santé, structures de prévention) se mobilisent mais peinent à toucher les publics “hors radar”, surtout dans les zones en déprise ou les quartiers périphériques des villes moyennes.

La notion même de comportements à risque doit être recontextualisée : ce ne sont pas tant des “choix individuels”, mais souvent la conséquence d’environnements défavorables, d’un accès aux ressources limité, voire d’une certaine fatalité sociale (voir “déterminants sociaux de la santé”, expliqués par la Haute Autorité de Santé).

Ce que cela implique pour les acteurs de Bourgogne-Franche-Comté

  • Pour les collectivités locales : intégrer la prévention des comportements à risque dans les politiques sociales, urbanistiques et éducatives (ex : soutien aux maisons de santé, transports pour l’accès aux soins, développement des espaces sportifs en milieu rural).
  • Pour les professionnels médico-sociaux et associatifs : cibler les jeunes en situation précaire ou isolée avec des approches de pair-à-pair, intervenir dans des lieux non traditionnels (tier-lieux, clubs sportifs, lieux festifs…)
  • Pour les établissements de santé : mieux repérer les publics à risque lors des passages (service social, urgences, maternités…), renforcer l’articulation avec l’offre de prévention et les partenaires.
  • Pour les citoyens et les élus : favoriser la création de réseaux d’entraide locale, promouvoir une vision déculpabilisante et collective de la prévention.

Concrètement, pour la BFC, il faut penser la prévention comme un “filet de sécurité collective”, et non comme un ensemble de messages moralisateurs à visée individuelle.

Pistes d’action et actualités à surveiller dans les prochains mois

  • L’expérimentation du “contrat local de prévention” dans la Nièvre et le Territoire de Belfort, qui intègre la question des comportements à risque dans la politique globale d’insertion.
  • Lancement du programme régional “Jeunes en milieu rural” par l’ARS et le Rectorat pour un meilleur accès à la prévention en zones peu dotées.
  • Nouvelle campagne régionale de vaccination antigrippale avec un ciblage fort sur les personnes âgées isolées et les ménages précaires (2024).
  • Déploiement du programme “Maison Sport-Santé” dans la Saône-et-Loire, qui s’attaque à la sédentarité des publics adultes.

À partager dans vos réseaux : notre région ne pourra pas avancer sans repérer collectivement ces vulnérabilités et sans évaluer, régulièrement, l’impact de nos politiques publiques selon les réalités des territoires.

Pour aller plus loin :

  • Santé Publique France – Baromètre Santé : lien
  • Observatoire Régional de Santé BFC : lien
  • ARS Bourgogne-Franche-Comté : lien

En savoir plus à ce sujet :