La santé publique en Bourgogne-Franche-Comté, expliquée

Accès aux soins en Bourgogne-Franche-Comté : comprendre les territoires en tension et agir

Pourquoi l’accès aux soins suscite l’alerte partout… mais surtout ici

L’accès aux soins fait la une dans tous les rapports institutionnels de santé. Mais à force d’entendre parler de “déserts médicaux”, il arrive que l’information se dilue. Des disparités existent partout en France, mais leur carte n’est pas uniforme. Nous avons voulu regarder de près comment la situation se décline en Bourgogne-Franche-Comté (BFC). Quels sont les territoires en tension, pourquoi et, surtout, sur quoi il est possible d’agir concrètement ?

De quoi parle-t-on ? Définir les “tensions d’accès aux soins”

On entend par tension d’accès aux soins la difficulté, pour une population donnée, à obtenir une prise en charge médicale adaptée dans des délais et des conditions satisfaisants. Ces tensions sont mesurées par plusieurs indicateurs (Ministère de la Santé, ARS) :

Concrètement pour la BFC, près d’un habitant sur cinq vit déjà dans une zone identifiée “sous-dense” en offre de soins médicaux (Atlas ARS 2023).

Les territoires les plus en tension : qui, où, combien ?

Une géographie inégalitaire de l’offre de soins

Le trait commun à la BFC, c’est la coexistence d’agglomérations assez bien dotées (Dijon, Besançon, Chalon) et de territoires ruraux ou mixtes particulièrement vulnérables :

À l’inverse, Dijon et son agglomération, ou Besançon et Montbéliard, dépassent la moyenne régionale, mais voient cependant vieillir leur corps médical sans renouvellement suffisant (cf. “Atlas de la démographie médicale”, Conseil National de l’Ordre des Médecins 2023).

Tableau comparatif : quelques chiffres-clés départementaux (2022-2023)

Département Médecins généralistes pour 100 000 habitants Pourcentage de population en ZIP/ZAC Distance moyenne au cabinet généraliste (km)
Nièvre 68 34 % 11,2
Saône-et-Loire 75 29 % 9,9
Haute-Saône 52,1 37 % 15,7
Côte-d’Or 104 12 % 5,4
Doubs 96,7 16 % 6,3

À retenir : Les moyennes cachent des hétérogénéités fortes, particulièrement dans les zones rurales périphériques, où l’on recense parfois moins de 40 % de la densité médicale nationale.

Les facteurs qui créent ou aggravent la tension

Pourquoi l’accès aux soins est un enjeu opérationnel pour tous

Focus : le cas spécifique des “zones blanches médicales” en BFC

Si le terme “zone blanche médicale” n’a pas d’existence administrative, il est employé localement pour désigner les territoires sans aucun professionnel de santé durablement présent. Ces situations se sont multipliées au nord de la Nièvre, dans le Pays Charolais-Brionnais ou dans la Bresse bourguignonne. Plusieurs communes organisent désormais des “tournées” de médecins remplaçants ou accueillent des cabinets éphémères.

À surveiller dans les prochains mois : l’arrivée de nouveaux outils, comme les “infirmiers en pratique avancée”, ou la télémédecine, qui ne couvrent toutefois pas tous les besoins : la fracture numérique aggrave l’éloignement pour les plus vulnérables (personnes âgées isolées ou familles sans accès Internet).

Quels leviers d’action locaux ? Outils concrets pour les territoires BFC

Agir sur l’attractivité

Renforcer la mobilité et la proximité

Innover avec la télémédecine : une solution d’appoint, pas magique

Rendre visible l’invisible : en finir avec l’inégalité silencieuse

Ce que l’on observe dans la région, c’est que les territoires en tension ne sont pas toujours ceux que l’on médiatise le plus. La Saône-et-Loire, département le plus peuplé, concentre à la fois des pôles bien dotés (Mâcon, Chalon) et de vastes secteurs où la présence médicale s’étiole. Dans la Nièvre, une commune sur cinq n’a plus de médecin “résident”.

Pour renforcer la veille et préparer la relève, il est indispensable d’associer les collectivités, les associations d’usagers et les professionnels à la cartographie de l’offre sur chaque territoire. Les outils existent (SIG santé, Atlas ARS, plateformes d'observation), mais ils doivent être appropriés par les acteurs locaux et mises à jour régulièrement.

Ce qu’il faut retenir pour la BFC : l’accès aux soins ne se résume pas à une réforme à Paris ou une carte nationale. C’est un combat quotidien mené dans chaque bassin de vie. Les inégalités d’accès créent d’autres inégalités – sociales, scolaires, professionnelles – et aucun territoire ne pourra avancer sans s’emparer collectivement du sujet. Nous suivrons ici les expérimentations prometteuses et les avancées à partager dans vos réseaux.

À suivre sur Veille Santé BFC : focus sur le déploiement des futurs centres de santé et les leviers pour l’accès aux soins des plus jeunes.

Sources : INSEE, ARS Bourgogne-Franche-Comté, Atlas de la démographie médicale (CNOM), Assurance Maladie, données Observatoire régional de la santé.

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