Déserts médicaux en Bourgogne-Franche-Comté : état des lieux régional et réalités de terrain
La question de l’accès aux soins ne cesse de s’imposer dans le débat public, portée par la réalité d’une démographie médicale...
La question de l’accès aux soins ne cesse de s’imposer dans le débat public, portée par la réalité d’une démographie médicale en tension croissante. Sur l’ensemble du territoire français, les inégalités d’accès aux médecins généralistes, spécialistes, et à l’offre de soins de premiers recours se creusent. La Bourgogne-Franche-Comté (BFC) n’échappe pas à cette dynamique, avec des poches de fragilité parfois invisibles derrière les moyennes nationales. Depuis 2022, plusieurs rapports de l’Agence Régionale de Santé (ARS) et de la DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques) documentent l’ampleur du phénomène, pointant une urgence d’agir et de penser localement.
La notion de « désert médical » désigne un territoire où l’offre de soins apparaît insuffisante par rapport aux besoins de la population : temps d’accès aux médecins, densité de généralistes ou de spécialistes, vieillissement des praticiens, difficultés à obtenir un rendez-vous. Aujourd’hui, aucun territoire de BFC n’est totalement épargné par ces enjeux, mais la situation se concentre sur certains bassins de vie et profils démographiques bien repérés.
Il n’existe pas de définition juridique unique du désert médical. La mesure la plus couramment utilisée par l’ARS et Santé Publique France s’appelle le “zonage en médecins généralistes”. Elle s’appuie sur deux principaux indicateurs :
L’ARS Bourgogne-Franche-Comté distingue ainsi plusieurs niveaux de zones, dont :
À retenir : un “désert médical” n’est donc pas qu’un manque de médecins : cela intègre les besoins de la population (vieillissement, pauvreté…), la répartition des professionnels, et les temps de déplacement moyens.
Pour une documentation complète : ARS BFC – Zonages médecins généralistes
En 2023, la Bourgogne-Franche-Comté comptait environ 5 700 médecins généralistes en activité régulière, soit une densité de 152 médecins pour 100 000 habitants, légèrement inférieure à la moyenne nationale (159 pour 100 000, source INSEE).
À surveiller dans les prochains mois : certains territoires voient une aggravation, notamment avec les départs à la retraite non remplacés et l’attractivité des zones urbaines ou périurbaines pour les jeunes médecins.
Concrètement, pour la BFC, l’ARS identifie plusieurs points “chauds” où l’accès au médecin généraliste devient critique :
| Département | Territoires les plus fragiles | Situation démographique marquante |
|---|---|---|
| Nièvre | Morvan, bassin de Luzy, Donzy, secteur de Château-Chinon | Vieillissement très prononcé, villages peu desservis, peu de médecins installés |
| Saône-et-Loire | Bassin d’Autun, secteur d’Iguerande, Couches, sud de Cluny | Grande dispersion rurale, déplacements difficiles pour les plus de 65 ans |
| Yonne | Tonnerrois, Puisaye-Forterre, secteur d’Avallon | Population dispersée, pauvreté et vieillissement très marqués |
| Haute-Saône | Lure, secteur de Jussey, Saulx | Zone peu attractive, fortes difficultés à recruter des remplaçants |
| Doubs | Plateau de Maîche, secteur de Pontarlier | Certaines zones frontalières faiblement dotées malgré la proximité de Besançon |
| Jura | Bassin de Saint-Claude, Nozeroy, secteur Orgelet | Relief, difficulté d’accès, population vieillissante |
| Côte-d’Or | Plateau d’Alésia, secteur d’Auxonne, nord du département | Poids du rural, désertification lente mais continue |
| Territoire de Belfort | Zone rurale sud, secteur Beaucourt | Départ massif à la retraite dans les dix prochaines années |
À retenir : Les ZIP et ZAC ne sont donc pas concentrées uniquement dans “le grand rural” : certains territoires urbains (notamment quartiers populaires de Chalon-sur-Saône, Nevers, Montbéliard) affichent aussi des fragilités spécifiques, notamment pour l’accès aux spécialistes ou à la prévention.
Ce que l’on observe dans la région : la vulnérabilité d’accès aux soins affecte d’abord :
Du côté des professionnels, beaucoup de cabinets “monopratique” s’essoufflent : l’absence de modes d’exercice collectif isole les médecins et les rend plus vulnérables au surmenage et aux départs non remplacés.
La priorité se traduit souvent par la nécessité d’organiser des réponses graduées et coordonnées. Voici quelques axes d’action observés sur le terrain :
À partager dans vos réseaux : la cartographie précise des déserts médicaux doit devenir un outil de discussion collectif entre élus, professionnels de santé, associations et citoyens.
Même dans les territoires aujourd’hui “hors-désert”, la fragilité peut survenir en 5 à 10 ans, le temps d’une série de départs ou d’une évolution démographique. À surveiller, en particulier :
Encadré “À retenir” :
Pour tous les acteurs en santé, mais aussi pour les élus, associations ou citoyens, comprendre la dynamique des déserts médicaux de Bourgogne-Franche-Comté, c’est une condition indispensable pour soutenir l’accès aux soins dans la durée. La vigilance collective, l’expérimentation locale et la mise en réseau des initiatives restent aujourd’hui des leviers majeurs pour faire évoluer la situation, dans le respect des spécificités de chaque territoire.