12/12/2025

Vieillissement en Bourgogne-Franche-Comté : Un Défi Sanitaire Durable et Collectif

Vieillissement démographique : comprendre l’enjeu national et local

Depuis plusieurs décennies, la France connaît une transformation profonde de sa pyramide des âges. L’espérance de vie progresse, la part des personnes de plus de 65 ans s’accroît – on s’approche des 20% de la population nationale d’ici 2030 selon l’INSEE. Si la tendance est nationale, elle s’intensifie dans certaines régions… et la Bourgogne-Franche-Comté (BFC) en est un exemple marquant.

Pourquoi ? À la fois parce que la région attire de nombreux retraités et que ses populations plus jeunes quittent certains territoires pour des bassins d’emploi plus dynamiques. L’indice de vieillissement (rapport entre population de plus de 65 ans et celle de moins de 20 ans) y est plus élevé que la moyenne française : selon l’INSEE, il atteint 117 en BFC en 2023, contre 105 au niveau national.

  • 35% de la population de la Nièvre et de la Haute-Saône a déjà plus de 60 ans (INSEE, 2023)
  • Certaines communes rurales affichent plus de 40% d’habitants de plus de 65 ans
  • En Saône-et-Loire mais aussi dans le nord du Jura, la croissance de la part des plus de 75 ans est la plus rapide

Si vous ne travaillez pas au quotidien avec ces chiffres, retenez ceci : la Bourgogne-Franche-Comté est l’une des régions où la transition démographique s’exprime aujourd’hui de façon intense et rapide. Et cela rebat entièrement les cartes en santé publique.

Quels impacts pour les besoins de santé ?

Le vieillissement ne se limite pas à une hausse du nombre de “seniors”. Il s’accompagne d’une transformation qualitative et quantitative des besoins de santé :

  • Des maladies chroniques en hausse : diabète, insuffisance cardiaque, bronchopneumopathie chronique (BPCO), maladies neurodégénératives (type Alzheimer). Selon Santé publique France, la prévalence du diabète, par exemple, augmente de 3 à 4% chaque année chez les plus de 65 ans dans la région.
  • Dépendance et perte d’autonomie : 13% des plus de 75 ans de la région bénéficient déjà d’une allocation ou d’un soutien lié à la dépendance (source : CNSA, 2023).
  • Fragilité sociale et isolement : certains territoires ruraux de la Nièvre, du sud-Yonne ou de la Haute-Saône cumulent vieillissement, précarité et isolement social.
  • Multiplication des polypathologies (plusieurs maladies chroniques pour une même personne), multipliant les interactions médicamenteuses et la complexité du suivi.
  • Besoins accrus en prévention secondaire : la détection précoce des fragilités, la prévention des chutes, la vaccination antigrippale, etc.

Concrètement, pour la BFC, cela veut dire davantage de consultations longues, de coordination entre acteurs (médecins, infirmiers, kinés, professionnels du social), et des parcours de soins souvent plus chaotiques en cas de rupture de suivi (hospitalisation, retour à domicile ou entrée en EHPAD).

Où le vieillissement pèse-t-il le plus en Bourgogne-Franche-Comté ?

La transition démographique n’a pas le même visage selon les territoires. Ce que l’on observe dans la région :

  • Poids dans les territoires ruraux : les villages des plateaux du Jura, du Charolais et de la Nièvre sont les premiers concernés. Souvent, plus d’1 habitant sur 3 a plus de 65 ans.
  • Zones à faible densité médicale : la Nièvre et le sud de la Haute-Saône combinent vieillissement et pénurie de médecins généralistes, avec des délais de rendez-vous qui explosent.
  • Besoins spécifiques en ville moyenne : à Montbéliard, Chalon-sur-Saône ou Auxerre, l’offre médicalisée existe mais la croissance du nombre de personnes âgées dépendantes impose un renforcement de l’aide à domicile et de l’adaptation du logement.

À surveiller dans les prochaines années : il est probable que des “points de rupture” apparaissent, notamment pour les services d’aide à domicile et les EHPAD dans les bassins les plus dépeuplés.

Des conséquences directes pour l’organisation des soins

Face à cette pression démographique, l’écosystème régional doit évoluer :

  • Professionnels sous tension : la région compte déjà moins de médecins généralistes pour 1 000 habitants de plus de 65 ans que la moyenne nationale (données Assurance Maladie, 2022).
  • Éclatement des parcours : plus il y a de professionnels à coordonner (médecin traitant, spécialiste, infirmier, services sociaux), plus le risque de rupture de prise en charge augmente.
  • Discontinuité de l’offre : dans beaucoup de bourgs ruraux, la disparition de la pharmacie ou du laboratoire d’analyses laisse les personnes âgées à plus de 20 km du premier point de service.
  • Pression sur l’hôpital : la hausse des passages aux urgences pour motifs gériatriques ou des hospitalisations longues – et la difficulté à organiser le retour à domicile y compris en cas de maintien temporaire.
  • Manque de lits en soins de suite et de réadaptation : particulièrement visible en Saône-et-Loire et dans la Nièvre.

Concrètement, pour la BFC, cela impose de penser autrement la répartition des ressources humaines en santé, la place des infirmiers dans le suivi à domicile, ainsi que l’articulation entre médecine de ville, établissements de santé et secteur médico-social.

Des réponses multiples à inventer, adapter et amplifier

Dans la région, plusieurs dynamiques régionales se dessinent, qu’il s’agit de mieux valoriser ou de renforcer :

  • La télémédecine : la BFC fait partie des régions où le déploiement de la téléconsultation médicale s’est le plus accéléré depuis la crise sanitaire (Assurance Maladie). Utile pour maintenir un suivi régulier, surtout dans le nord de l’Yonne, du Doubs et de la Haute-Saône.
  • L’habitat inclusif : de nouveaux dispositifs voient le jour, permettant à des personnes âgées de rester autonomes sans entrer en institution (à observer notamment en Côte-d’Or et dans le Jura).
  • Les réflexes de prévention locale : campagnes de dépistage à domicile, détection des fragilités, actions contre la dénutrition des seniors – souvent portées par des réseaux associatifs locaux.
  • Les plateformes territoriales d’appui (PTA) : elles jouent un rôle clef de coordination. Leur développement dans le nord de la Saône-et-Loire et la zone rurale de la Nièvre est à suivre de près.
  • Expérimentation de maisons de santé pluriprofessionnelles ou de services mobiles gériatriques, parfois portées par des collectivités locales (exemple à Clamecy, Digoin, ou Morteau).

À retenir – leviers d’action pour les acteurs régionaux

  • Pour les collectivités : intégrer le vieillissement dans les contrats locaux de santé, veiller à l’accessibilité des services essentiels, soutenir l’adaptation des logements.
  • Pour les établissements et le médico-social : renforcer les coopérations entre EHPAD, SSIAD (services de soins infirmiers à domicile) et services d’aides à domicile.
  • Pour le secteur associatif : développer le repérage précoce des fragilités, du risque d’isolement, et promouvoir l’activité physique adaptée.
  • Pour les professionnels de santé : renforcer la coordination ville-hôpital, se former à la gériatrie, et utiliser les outils numériques de suivi partagé.

La question des inégalités territoriales : un enjeu de justice sociale

Ce que l’on observe en région, c’est que le vieillissement amplifie les inégalités existantes :

  • Un senior vivant à Dijon n’a pas le même accès aux soins ou à la prévention qu’une personne âgée de Château-Chinon ou de Saint-Amour.
  • La “mortalité prématurée évitable” (décès avant 65 ans pouvant être évités par des actions de santé publique ou soins adaptés) reste surreprésentée dans certaines zones rurales, aggravant le fossé entre territoires.
  • Le handicap et la dépendance touchent davantage les personnes à faible niveau de ressources ou d’études, ce qui appelle à des réponses de proximité.

À partager dans vos réseaux : intégrer la lutte contre l’isolement, accompagner la précarité énergétique, proposer des services “hors les murs” en santé (bus de prévention, équipes mobiles) sont des réponses que la BFC doit adapter localement.

Nouvelles perspectives pour la santé publique régionale

Le vieillissement de la population est un défi qui s’installe durablement. Il impose, pour toute la Bourgogne-Franche-Comté, d’inventer des modèles agiles à l’échelle des bassins de vie et des réalités locales. Notre conviction collective, c’est qu’il faudra

  • dépasser la seule question de l’accès au soin pour intégrer celle du parcours de vie,
  • s’appuyer sur les ressources des territoires et les expertises multiples,
  • faire du suivi et de la prévention des fragilités un réflexe partagé,
  • et surtout ne jamais oublier que l’enjeu n’est pas seulement médical mais aussi social et citoyen.

À surveiller dans les prochains mois : la montée en puissance des CPTS (communautés professionnelles territoriales de santé), la façon dont les collectivités vont adapter leurs politiques d’habitat et de mobilité, et la réorganisation des filières gériatriques.

Sources : INSEE, ARS Bourgogne-Franche-Comté, Santé publique France, CNSA, Assurance Maladie. Pour aller plus loin : Indicateurs démographiques INSEE BFC, ARS Bourgogne-Franche-Comté.

En savoir plus à ce sujet :