08/12/2025

Déclin démographique en Bourgogne-Franche-Comté : quels enjeux pour la santé dans la Nièvre et le Jura ?

Comprendre le contexte : déclin démographique et variantes régionales

La France vieillit. Mais toutes les régions, et même tous les départements, ne sont pas logés à la même enseigne face à cette évolution démographique. Des territoires comme la Nièvre et le Jura incarnent, en Bourgogne-Franche-Comté (BFC), des exemples frappants de déclin démographique. Plus qu’un simple changement de courbe, c’est une modification profonde de la réalité sociale, économique et sanitaire locale.

Selon l’INSEE, entre 2015 et 2021, la Nièvre a perdu près de 5 000 habitants (INSEE, 2023). Le Jura, bien que moins touché, connaît une stagnation, voire un léger recul de sa population. La cause ? Un solde naturel négatif (plus de décès que de naissances) et un solde migratoire rarement capable de compenser cette tendance. Concrètement pour la BFC, cela signifie un poids croissant des personnes âgées, une raréfaction des enfants et des jeunes, et des communes de plus en plus désertées.

Pourquoi porter un regard attentif sur ces territoires ? Parce qu’ils concentrent des défis spécifiques qui peuvent remettre en question l’égalité d’accès à la santé, le maintien des services de soins et la prévention, mais aussi les déterminants sociaux de santé (c’est-à-dire l’ensemble des conditions sociales, économiques et environnementales qui influencent la santé des populations).

Ce que cela implique pour la santé publique locale

Le déclin démographique impacte la santé à plusieurs niveaux. On observe sur le terrain des conséquences en cascade.

1. Vieillissement accéléré et hausse des maladies chroniques

  • Part élevée de seniors : Dans la Nièvre, un habitant sur trois a plus de 60 ans. Le Jura dépasse les 30 % (INSEE, 2024).
  • Chronicité : Cette structure démographique se traduit par une prévalence plus forte de maladies chroniques (diabète, maladies cardiovasculaires, cancers) et de polypathologies.
  • Dépendance et demande de soins : L’Assurance Maladie note une hausse de la dépendance (plus de bénéficiaires de l’APA – Allocation personnalisée d’autonomie) qui met sous tension les acteurs du domicile, services d’aide et soins infirmiers à domicile (SSIAD).

À retenir : l’anticipation du vieillissement n’est plus seulement un enjeu urbain ou national, elle structure l’agenda de la santé publique dans nos départements ruraux.

2. Difficultés d’accès aux soins et raréfaction des professionnels

La désertification médicale est un sujet largement commenté, mais ses déclinaisons dans nos départements sont très concrètes :

  • Baisse du nombre de généralistes : La Nièvre a perdu près de 20% de ses médecins généralistes entre 2012 et 2023 (DREES). Le Jura affiche une densité médicale sous la moyenne régionale (85 pour 100 000 habitants contre 98 en BFC).
  • Délais de rendez-vous : Prendre RDV en ville ou à l’hôpital devient long, parfois plusieurs semaines, y compris pour des spécialités sensibles (cardiologie, psychiatrie, ophtalmologie…).
  • Déplacements plus longs : Pour 28% des habitants de la Nièvre, le premier médecin généraliste se situe à plus de 15 minutes de route (ORS BFC, Atlas 2022).
  • Sous-densité d’autres professions : Infirmières, kinésithérapeutes et sages-femmes manquent cruellement, complexifiant la prise en charge globale.

Conséquence directe : une moindre prévention, un recours tardif aux soins et parfois un renoncement pur et simple pour les démarches non urgentes.

3. Logique d’offre de soins fragilisée, hôpitaux de proximité menacés

Les “petits” hôpitaux de la Nièvre et du Jura jouent un rôle crucial d’amortisseur social et de réponse à l’urgence. Pourtant, ils sont fragiles :

  • Menace de fermeture de services (maternités, chirurgie, urgences, SSR – Soins de Suite et de Réadaptation)
  • Regroupement souvent mal vécu par la population et générant un sentiment d’abandon
  • Difficulté de recrutement sur certains plateaux techniques (médecins anesthésistes, radiologues…)

Ce que l’on observe dans la région : les fermetures de blocs opératoires à Decize (Nièvre) ou la réorganisation de services à Saint-Claude (Jura) illustrent la tension constante entre rationalisation et accessibilité.

4. Isolement social, mobilité et prévention

  • Isolement social accru des aînés vivant seuls ou loin de leur famille
  • Moindre accès aux dispositifs d’éducation à la santé ou à la prévention (dépistages, vaccination, ateliers santé)
  • Difficultés logistiques pour organiser la prévention mobile (dépistage du cancer du sein, du diabète, bilans de santé itinérants)
  • Moins d’associations actives et de réseaux d’entraide, car la sédentarisation démographique affaiblit le tissu social

À surveiller dans les prochains mois : la part de renoncement aux soins “pour motifs financiers ou géographiques” remonte depuis 2021 dans l’enquête ARS/SPF.

Des défis spécifiques à la Nièvre et au Jura : prévenir l’aggravation des inégalités

Focus Nièvre : pauvreté structurelle et précarité énergétique

  • Taux de pauvreté supérieur à la moyenne régionale : 17% en Nièvre contre 13,4% en BFC (INSEE, 2022).
  • Habitat rural vieillissant : Un Nivernais sur quatre est concerné par un logement potentiellement “passoire thermique”, aggravant les risques de pathologies respiratoires et cardiovasculaires en hiver.
  • Santé mentale : Plus d’hospitalisations pour troubles psychiatriques par habitant que la moyenne régionale (source : ARS BFC, Atlas Santé mentale 2023).

Focus Jura : ruralité éparse et accès aux spécialistes

  • Communes petites et étalées : Le Jura compte près de 500 communes, dont 90% ont moins de 1 000 habitants. L’accès à la prévention et aux formations santé (Secourisme, PSC1, ateliers nutrition) s’en trouve éclaté.
  • Spécialistes rares : Densité des psychiatres et des pédiatres en net retrait (moins de 2 pour 100 000 habitants).
  • Engagement associatif indispensable : Les réseaux de bénévoles (ADMR, France Alzheimer, réseau rural santé) font l’interface pour limiter la rupture du lien social.

Quels leviers d’action pour les acteurs locaux ?

Pour les collectivités, établissements de santé, associations, mais aussi pour les professionnels de santé libéraux ou les élus, plusieurs pistes gagnent à être partagées.

1. Penser les politiques de santé “hors les murs”

  • Renforcer les équipes mobiles : Soins, prévention, dépistages (ex : mammobiles, camions santé, bus de prévention tabac).
  • Développer la télémédecine : Elle ne compensera pas tout, mais peut éviter certains déplacements et favoriser le suivi régulier des personnes isolées (projets pilotes portés par l’ARS BFC depuis 2021, en maillage avec les MSP – Maisons de santé pluriprofessionnelles).

2. Mobiliser tous les professionnels

  • Élargir le champ d’action des infirmières de pratique avancée (IPA) ou des pharmaciens, pour la prévention et la gestion des cas complexes.
  • Renforcer le rôle des collectivités dans la coordination (animation de CLS – Contrats locaux de santé, financement de réseaux de transport solidaire ou d’habitat adapté).

3. Miser sur la prévention de proximité

  • Lutter contre la précarité énergétique (dispositifs “ma prime rénov”, ateliers santé logement, conseils gratuits dans les MSP).
  • Promouvoir des ateliers itinérants (alimentation, activité physique, numérique pour la santé).
  • Améliorer la visibilité des dispositifs existants auprès des populations les plus éloignées (travail avec les CCAS, relais dans les maisons France Services).

4. Valoriser les expérimentations locales

  • Exemples à suivre : Le service “Allô santé rurale” (Jura Sud) ou le dispositif “Ensemble pour bien vieillir” en Nièvre, facilitant le repérage et la visite à domicile de personnes isolées.
  • Favoriser l’écriture de diagnostics locaux de santé, partagés et actualisés, pour mieux cibler l’action.
  • Soutenir les démarches d’aller-vers, en co-construction avec les habitants.

À retenir et à diffuser dans vos réseaux

  • Le déclin démographique accentue la vulnérabilité sociale et sanitaire dans des territoires déjà fragiles.
  • La prévention et la coordination des soins sont à repenser dans une logique de proximité, hors des modèles urbains classiques.
  • Les acteurs locaux disposent de marges d’action : mobilité, télémédecine, accompagnement social, synergie institutionnelle.
  • Pour agir durablement, la santé doit être l’affaire de tous, collectivités, professionnels, associations et habitants.
  • Des solutions existent : mutualisons-les et expérimentons à l’échelle locale ce qui fonctionne ailleurs.

Si vous souhaitez approfondir ces questions ou partager vos expériences, contactez l’équipe de Veille Santé BFC. Et surtout, partagez ces données dans vos réseaux – pour faire avancer, concrètement, la santé publique en Bourgogne-Franche-Comté.

Sources : ARS BFC, INSEE, DREES, ORS BFC, Assurance Maladie.

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