La santé publique en Bourgogne-Franche-Comté, expliquée

Vieillir en Bourgogne-Franche-Comté : l’offre médico-sociale face au défi du grand âge

Les plus de 80 ans : une (r)évolution démographique qui s’accélère

Le vieillissement de la population française s’accélère, mais la Bourgogne-Franche-Comté (BFC) est particulièrement concernée. Selon les données INSEE 2023, les plus de 80 ans représentent déjà plus de 7,8 % de la population régionale contre 6,8 % au niveau national.1 La Saône-et-Loire et la Nièvre affichent même des taux de seniors parmi les plus élevés du pays. Et cette dynamique n’en est qu’à ses débuts : entre 2013 et 2023, le nombre de personnes âgées de plus de 80 ans a progressé de 23 % en BFC, et l’INSEE anticipe une hausse de près de 40 % d’ici 2040.2

Ce basculement démographique est loin d’être anecdotique pour les acteurs médico-sociaux. Il entraîne une pression considérable mais différenciée selon les départements et les territoires d’action.

L’offre médico-sociale aujourd’hui : entre volumes et inégalités territoriales

En Bourgogne-Franche-Comté, le “médico-social” regroupe l’ensemble des dispositifs d’accompagnement liés à la perte d’autonomie des seniors : EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), services d'aide à domicile, équipes de soins coordonnés, plateformes d’accompagnement, etc.

Que nous disent les données régionales ?

Cette “carte médico-sociale” de la BFC montre de forts contrastes :

Pour de nombreux élus locaux, la question n’est déjà plus celle de la qualité, mais celle de la continuité du service : trouver simplement une aide à domicile relève parfois du parcours du combattant, comme l’illustrent différents témoignages transmis lors des Assises du Grand Âge début 2023 à Mâcon.

Pourquoi cette question devient urgente : tendances nationales, incidence régionale

Pourquoi placer la hausse des plus de 80 ans au cœur de la réflexion sur l’offre médico-sociale ?

  1. Besoins croissants et évolution des profils : la génération des baby-boomers arrive à cet âge avec des situations individuelles de santé plus hétérogènes, mais la durée de vie en dépendance s’allonge en moyenne de 1,3 an (DRESS, 2020).6
  2. Remise en cause du “tout-EHPAD” : 80 % des seniors souhaitent vieillir à domicile (CSA, 2022), alors que les ressources humaines pour les services d’aide peinent à suivre la demande.7
  3. Choc RH : L’absence de candidats pour les métiers du médico-social et un turn-over record (près de 19 % en 2022 selon la FNAAFP) rendent les politiques d’offre pilotes.

En Bourgogne-Franche-Comté, ces tendances nationales se traduisent par une double alerte pour les décideurs locaux :

Cette “double peine” place la BFC dans une situation paradoxale : elle est à la fois pionnière sur l’adaptation au vieillissement (projets MAIA, expérimentations d’habitat inclusif) et vulnérable à cause de ses fragilités structurelles et de ses disparités territoriales.

Ce que l’on observe concrètement sur le terrain en BFC

À l’échelle régionale, certains indicateurs alertent sur l’inadaptation progressive de l’offre actuelle :

Indicateur Valeur BFC Seuil national Sources
Taux d’équipement en EHPAD (pour 1000 plus de 75 ans) 118 123 ARS/INSEE 2022
Part de l’aide à domicile couverte par des services autorisés 54 % 66 % DREES 2023
Part des plus de 80 ans vivant seuls 42 % 38 % INSEE 2023
Taux de recours à l’hospitalisation à domicile +26 % (2019-2023) +15 % Assurance Maladie

On note plusieurs faits marquants :

Concrètement, pour la BFC, la disponibilité d’une offre de service n’implique pas toujours sa pleine accessibilité : éloignement géographique, sous-effectifs, coûts résiduels, inadéquation aux attentes (le résident qui veut rester “chez lui” et n’accepte pas la vie collective).

Pour qui cela pose problème et pourquoi agir maintenant ?

Le décalage entre l’évolution démographique et l’adaptation de l’offre médico-sociale concerne :

Pourquoi agir maintenant ?

Quels leviers d’action pour la Bourgogne-Franche-Comté ?

Agir sur l’offre médico-sociale exige d’abord de clarifier les priorités : développer partout tout, ou cibler là où la croissance démographique est la plus forte et l’isolement le plus aigu ? L’équipe recommande d’articuler les réponses autour de trois axes principaux.

1. Soutenir le virage domiciliaire adapté à nos réalités territoriales

2. Mieux structurer les parcours, décloisonner sanitaire et médico-social

3. Répondre au choc des ressources humaines

À retenir :

À surveiller dans les prochains mois : la mise en œuvre du nouveau schéma régional de santé (2024-2029), l’attractivité des métiers de l’autonomie (campagnes ARS - Conseil régional), et les résultats des expérimentations d’habitat accompagné. À partager dans vos réseaux pour alimenter le débat et amplifier les solutions innovantes.

Sources principales : INSEE, ARS Bourgogne-Franche-Comté, DREES, Assurance Maladie, ORS BFC, FNAAFP, CSA, DRESS - Statistiques des EHPAD, Assises du Grand Âge.

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