05/01/2026

Dynamiques et déséquilibres : panorama de la démographie médicale et paramédicale en Bourgogne-Franche-Comté

Pourquoi la démographie des professionnels de santé interpelle aujourd’hui ?

La question des effectifs de professionnels de santé revient dans chaque discussion sur l’avenir de la santé publique en Bourgogne-Franche-Comté (BFC). Si le phénomène n’est pas nouveau, son ampleur et sa variété imposent un suivi régulier et nuancé. Le renouvellement générationnel, l’attractivité du territoire, la désertification médicale, mais aussi le développement de nouveaux métiers paramédicaux sont au cœur des préoccupations.

Au niveau national, le nombre de médecins généralistes installés continue de diminuer (-1,1% entre 2022 et 2023 selon la DREES), tandis que les professions paramédicales affichent une croissance souvent tirée par les besoins en Ehpad ou à domicile. Mais derrière la moyenne régionale se cachent, en BFC, d’importantes disparités départementales.

Ce panorama vise à répondre à trois questions concrètes :

  • Où en sont médecins et professionnels paramédicaux dans chaque département ?
  • Quelles évolutions récentes doivent être surveillées ?
  • Comment les acteurs locaux peuvent-ils anticiper ou s’adapter ?

La Bourgogne-Franche-Comté : un territoire sous tensions croisées

Attractivité des grandes villes, déclin dans certains bassins ruraux, vieillissement accéléré des médecins… La BFC concentre tous les paradoxes de la démographie médicale nationale, souvent accentués par trois facteurs :

  • Aire urbaine limitée : Dijon joue un rôle majeur mais reste isolé géographiquement.
  • Forte ruralité : la Nièvre, le Jura ou la Haute-Saône comptent certains plus faibles taux d’effectifs.
  • Poids du secteur médico-social : proportion élevée de résidents en Ehpad et hausse de la demande en soins à domicile.

Département par département : où en sommes-nous ?

Nous nous appuyons ici principalement sur les chiffres 2023 de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté et de la DREES, associés aux données Assurance Maladie et INSEE.

Département Médecins généralistes (pour 100 000 hab.) Médecins spécialistes (pour 100 000 hab.) Infirmiers (pour 100 000 hab.) Pharmaciens Part + 60 ans (%)
Côte-d'Or 127 92 197 370 31%
Saône-et-Loire 111 70 255 293 35%
Nièvre 93 50 272 160 38%
Yonne 97 61 210 172 35%
Doubs 122 121 189 315 28%
Jura 99 62 250 120 36%
Haute-Saône 88 47 261 112 37%
Territoire de Belfort 112 107 185 75 28%

Sources : ARS BFC, chiffres 2023, DREES, données Assurance Maladie 2023.

Lectures essentielles des tableaux

  • La Côte-d’Or et le Doubs restent les pôles médicaux régionaux.
  • La Nièvre, la Haute-Saône et le Jura, malgré un taux d’infirmiers élevé, sont en situation de fragilité, combinant faible densité médicale et vieillissement des effectifs.
  • Le Territoire de Belfort, bien qu’urbain, peine à attirer de nouveaux pharmaciens.
  • Le nombre de professionnels paramédicaux (infirmiers, aides-soignants) compense parfois l’érosion médicale, mais la répartition reste très inégale.

Principales tendances à surveiller en Bourgogne-Franche-Comté

  • Vieillissement des médecins : En 2023, plus de 46% des médecins généralistes en BFC ont plus de 55 ans (Source : ARS BFC). Pour la Nièvre, ce taux dépasse 52 %.
  • Départs non compensés : Sur certains bassins ruraux de Saône-et-Loire, un médecin partant à la retraite sur deux n’est pas remplacé dans les trois ans selon l’Assurance Maladie.
  • Développement des infirmiers libéraux : Le maillage infirmier s’est densifié de 7 % en cinq ans, mais l’augmentation est concentrée sur les zones périurbaines autour de Dijon, Chalon, Besançon.
  • Arrivée de nouveaux métiers : La progression des assistants médicaux, des coordinateurs en maison de santé ou des kinésithérapeutes répond partiellement à la demande, mais demeure limitée en zones isolées.
  • Sous-attractivité des zones rurales : La Nièvre et le Haut-Jura restent sous les seuils critiques de densité malgré aides à l’installation et nouveaux dispositifs (contrats d’engagement de service public, etc.).

Pourquoi il faut s’intéresser à la démographie des métiers de la santé maintenant ?

  • Renouvellement massif à venir : 30 % des médecins généralistes partiront à la retraite d’ici 10 ans (Source : INSEE 2023).
  • Inégalités d’accès : 22 % de la population régionale vit dans une zone reconnue comme "sous-dense" médicalement (ARS, cartographie 2023).
  • Tensions en EHPAD et SSIAD : La pénurie en aide-soignant s’aggrave, en particulier dans la Nièvre et la Haute-Saône (plus de 200 postes vacants en 2023).
  • Impact sur la prise en charge des soins non programmés : Augmentation 2022-2023 de 16 % des passages aux urgences des moins de 6 ans dans le Jura – corrélé localement à l’absence de pédiatres libéraux.

Ce sont là des problématiques qui concernent à la fois les communes, les établissements médico-sociaux, les réseaux de prévention, mais aussi la cohésion sociale et l’économie locale.

Concrètement, pour la BFC : comment anticiper ou agir ?

  • Projections démographiques locales : Utiliser les SIRS (systèmes d’information régionaux de santé) pour anticiper les tensions à 5/10 ans.
  • Politiques d’accueil : Adapter l’offre de logement, l’accueil des conjoints, les stages pour internes – exemples réussis dans la communauté de communes de l’Auxois ou à Gray.
  • Appui sur la coopération interprofessionnelle : Renforcer les maisons de santé pluridisciplinaires et les CPTS (Communautés Professionnelles Territoriales de Santé), surtout hors des grands centres urbains.
  • Soutien aux paramédicaux : Favoriser le tutorat et la fidélisation des jeunes diplômés (infirmiers, aides-soignants) dans les secteurs lieux d’installation.
  • Valorisation du travail en réseau : L’échange entre professionnels de terrain pour partager diagnostics et solutions concrètes est indispensable. L’offre “numérique” (télémédecine, télé-expertise) progresse mais nécessite accompagnement et formation.

À partager dans vos réseaux :

  • Chaque maison de santé ou établissement peut “cartographier” ses vulnérabilités à l’épuisement des ressources humaines.
  • L’analyse transversale est essentielle : un trouble dans l’offre de kinésithérapeutes impacte aussi la prise en charge du diabète ou des pathologies respiratoires en BFC.
  • Pour les élus : anticiper dans la durée, car les effets d’un projet d’installation se mesurent dans 8 à 12 ans.
À retenir :
  • La BFC fait face à des déséquilibres structurels : le poids des zones rurales, la proximité relative avec d’autres grandes régions médicalisées, l’attractivité urbaine modérée.
  • Des dynamiques positives existent, notamment via la montée en puissance des réseaux, la diversification des métiers, et des politiques départementales volontaristes (Saône-et-Loire, Yonne).
  • Le risque majeur reste l’accélération de la pénurie dans certains territoires, avec un effet d’emballement (moins il y a de médecins, plus la charge devient insoutenable pour ceux qui restent…)
  • L’avenir dépend de la capacité collective à mobiliser l’ensemble des acteurs, et à croiser les approches entre publics, professionnels et usagers du territoire.

Perspectives et sujets à surveiller en 2024-2025

  • Suivi du déploiement du “service d’accès aux soins” (SAS) dans les zones les plus en tension (début déjà effectif à Mâcon ou Lure).
  • Impact du prochain numerus apertus : modification prévue du nombre de places en première année de médecine, avec effet retard mais enjeu crucial pour 2030.
  • Accompagnement des professionnels à l’innovation organisationnelle : télésanté, exercice mixte, renforcement des délégations de tâches.
  • Mobilisation citoyenne : le maintien d’une offre de santé adaptée implique aussi les communautés locales (ex. : recrutement local de médiateurs); sujets à suivre sur ce blog et au sein des réseaux partenaires.

Pour toute utilisation et réutilisation de ces données, chaque acteur (collectivité, établissement, association) peut nous solliciter. Notre objectif reste d’ancrer ces analyses à l’échelon local, au plus près des besoins des territoires de Bourgogne-Franche-Comté.

En savoir plus à ce sujet :