La santé publique en Bourgogne-Franche-Comté, expliquée

Migrations et bouleversements : quels effets sur la santé publique en Bourgogne-Franche-Comté ?

Migration et santé : une actualité sous le radar, pourtant centrale en région

L’actualité nationale met souvent en avant l’arrivée de nouveaux publics, la pression sur les structures de soins et les débats sur “l’attractivité des territoires”. Mais que sait-on, concrètement, des dynamiques migratoires en Bourgogne-Franche-Comté (BFC) ? Et surtout, comment ces flux - arrivées mais aussi départs - transforment-ils le profil sanitaire de notre région ?

Selon l’INSEE, la BFC compte un peu plus de 2,8 millions d’habitants (2023), avec un solde migratoire modérément positif depuis 2018. Cette tendance masque des réalités très différentes entre départements : la Côte-d’Or et le Doubs attirent toujours plus, pendant que la Nièvre continue de perdre des habitants [INSEE, Bilan démographique 2024]. Depuis la crise sanitaire, de nouveaux profils s’installent : télétravailleurs parisiens dans le Jura, travailleurs frontaliers dans le Pays de Montbéliard, étudiants internationaux à Dijon… Ces mouvements ne sont pas anodins pour la santé publique.

Comprendre les différents visages de la migration en BFC

En santé publique, “migration” recouvre plusieurs réalités :

La Bourgogne-Franche-Comté, malgré sa faible densité globale (59 hab/km², contre 118 au national), accueille chaque année environ 25 000 nouveaux arrivants de France ou de l’étranger [INSEE, Migrations résidentielles 2023]. Ces flux se répercutent sur les services de santé, l’organisation des soins de ville, la prévention et la veille épidémiologique régionale.

Impacts sanitaires : de nouveaux besoins, des risques parfois invisibles

Changement de profil épidémiologique

Avant même de parler d’épidémies, la migration change la structure d’âge (plus de jeunes actifs), l’origine géographique (diversification), le niveau d’éducation sanitaire et parfois la prévalence de certaines pathologies.

Inégalités d’accès aux soins amplifiées

Les personnes arrivant dans la région, notamment en ruralité, rencontrent des difficultés spécifiques :

Ce que l’on observe dans la région : la file active de la Couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) a progressé de 9 % dans les territoires accueillant davantage de nouveaux arrivants entre 2018 et 2023 [DREES, 2023]. Les acteurs du médico-social voient ainsi arriver des situations complexes : rupture de suivi pour maladies chroniques, enfants sans carnets de santé à jour, etc.

Besoins émergents en santé mentale

Un point peu visible mais préoccupant : de nombreux dispositifs régionaux de prévention santé mentale (PASS, SISM) signalent une hausse des demandes d’aide parmi les jeunes et adultes récemment arrivés, notamment étudiants internationaux et saisonniers agricoles. Isolement, insécurité, choc culturel : ces facteurs se retrouvent dans les motifs d’hospitalisation en psychiatrie en Côte-d’Or et dans le nord de la Saône-et-Loire, selon les rapports ARS 2022.

Dynamiques migratoires : comment cela transforme notre manière d’agir ?

Adaptation de l’offre de soins et de prévention

Concrètement, pour la BFC, cela implique une organisation différente :

Renforcer la veille épidémiologique locale

Les dynamiques migratoires imposent d’ajuster la veille et la surveillance régionale :

  1. Surveillance des maladies à déclaration obligatoire (tuberculose, VIH, rougeole, etc.) dans les bassins à fort flux migratoire, grâce à un partenariat ARS-SPF.
  2. Analyse fine des sous-populations à risque : L’ORS BFC publie chaque année des focus sur la santé des élèves allophones, les indicateurs de surmortalité prématurée évitable et la santé périnatale chez les nouvelles arrivantes.
  3. Coordination accrue entre acteurs locaux : L’accueil de saisonniers agricoles dans les Monts du Jura s’accompagne désormais d’une campagne de dépistage tuberculose/VIH à l’arrivée (ARS, Service de santé au travail agricole).

Exemple à surveiller : l’impact dans les zones sous-dotées

Le sud de la Nièvre, le Haut-Morvan ou l’Auxois connaissent un double défi :

Ce rééquilibrage régional oblige à repenser l’allocation des moyens, les dispositifs d’accompagnement et la coordination départementale (ex. : expérimentation des “maisons de santé pluri-professionnelles” orientées vers les nouveaux arrivants).

À retenir : Ce que cela implique pour les acteurs de terrain en BFC

À surveiller dans les prochains mois :

Pour aller plus loin

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