La santé publique en Bourgogne-Franche-Comté, expliquée

Où manque-t-on le plus de professionnels de santé en Bourgogne-Franche-Comté ? Décryptage des bassins de vie en tension

La sous-dotation médicale : où en est-on en France et en Bourgogne-Franche-Comté ?

Depuis plusieurs années, la question des « déserts médicaux » s’est imposée dans le débat public. Au-delà du simple nombre de médecins, ce sont tous les professionnels de santé (infirmiers, kinésithérapeutes, sages-femmes…) qui manquent dans certaines zones. En 2022, selon la DREES, 6 millions de Français vivent dans une zone caractérisée comme sous-dense en médecins généralistes. En Bourgogne-Franche-Comté (BFC), la réalité est palpable, surtout en dehors des pôles urbains. Mais où la tension est-elle la plus forte ? Quelles dynamiques spécifiques à notre région expliquent la vulnérabilité de certains bassins de vie ?

Un rappel : Nous utilisons ici la notion de bassin de vie : il s’agit de l’espace géographique où les habitants ont accès aux principaux services du quotidien (écoles, commerces, santé, etc.), notion centrale pour raisonner en accès aux soins réels (source : INSEE).

Quels sont les bassins de vie les plus touchés ? Le point en BFC

Ce que l’on observe dans la région, c’est un croisement entre l’effet ruralité (distance, faible densité de population, vieillissement) et des logiques historiques d’installation (poids des grandes villes, fuite vers les périphéries mieux dotées).

Quelques chiffres marquants :

À retenir :

Pourquoi certains bassins sont-ils plus impactés que d’autres en BFC ?

L’analyse des bassins « sous-dotés » passe par plusieurs déterminants :

Facteur Conséquence Exemple en BFC
Vieillissement de la population Besoins de santé croissants, attractivité moindre pour les jeunes professionnels Sud 58, Autunois-Morvan
Isolement géographique Déplacements longs, accès difficile aux hôpitaux ou cabinets spécialisés Haute-Saône rurale, Nièvre centrale
Dynamique économique fragile Difficulté à attirer et à maintenir des familles et donc des professionnels Val de Gray, pays Charolais
Déséquilibres étudiants/professionnels en formation Tous les internes ne s’installent pas à la fin de leurs stages, flux migratoires défavorables Zones rurales partout en BFC

Ce que cela implique concrètement pour la BFC :

Focus sur quelques bassins critiques : itinéraire de la pénurie

1. La Nièvre intérieure : isolement maximal

Ici, l’enjeu n’est pas seulement le nombre de médecins mais l’accès total aux soins (spécialistes, auxiliaires, etc.). Avec une densité de population parmi les plus faibles de France, des villages vieillissants et des centres-bourgs désertés, la Nièvre intérieure (Cosne, Château-Chinon, Clamecy) cumule tous les facteurs de sous-dotation. Un chiffre marquant : en 2023, sept communes sur dix n’avaient plus de médecin traitant en exercice (ARS). Beaucoup d’acteurs témoignent aussi de renoncements aux soins dentaires ou kinésithérapie, particulièrement chez les seniors. Nous voyons ici l’effet d’un isolement de plus en plus structurel, difficile à résorber uniquement par des mesures d’incitation financière.

2. Sud Haute-Saône : la spirale du départ

Au sud de la Haute-Saône (autour de Gray), la situation s’aggrave depuis dix ans. La proximité de Besançon n’a pas joué le rôle de pôle d’attraction attendu. Les rares maisons de santé peinent à recruter. La moitié des médecins généralistes en poste a dépassé l’âge de 62 ans (données ARS 2023). Les délais d’attente pour un rendez-vous s’élèvent à 3 semaines minimum, parfois plus pour les spécialistes.

3. L’Auxois et la campagne dijonnaise : une fragilité silencieuse

A l’ouest de Dijon, dans l’Auxois et la campagne dijonnaise, le tissu médical s’érode doucement. Ici, les chiffres sont moins spectaculaires, mais la tendance est préoccupante : les départs à la retraite ne sont que partiellement compensés. À surveiller : l’installation de jeunes MG demeure très faible. Le risque, selon l’Assurance Maladie, est de voir émerger un « désert en tache d’huile », qui pourrait concerner bientôt près de 15 % de la population du secteur.

Pourquoi c’est urgent d’agir : impacts concrets pour les acteurs locaux

Pour toutes ces raisons, repérer les bassins les plus touchés doit devenir une priorité du pilotage régional.

Quelles pistes pour renforcer l’accès aux soins dans les zones sous-dotées ?

La réponse nationale a évolué ces dernières années : multiplication des aides à l’installation, mesures Ségur, augmentation du nombre d’internes et ouverture des numerus clausus. Mais l’efficacité reste variable selon les territoires. En BFC, certaines initiatives sortent du lot :

À retenir pour les acteurs locaux :

Pour aller plus loin : quelles données à surveiller ?

Sources utilisées : ARS Bourgogne-Franche-Comté, INSEE, Assurance Maladie, DREES, Santé publique France, Ordre des médecins national et régional.

À partager dans vos réseaux : la veille ne sert que si elle circule ! Que vous soyez élu, professionnel de santé, citoyen impliqué ou acteur du médico-social, identifiez et relayez les points de tension locaux auprès de vos partenaires. Pour la Bourgogne-Franche-Comté, l’avenir de l’accès aux soins passe par la reconnaissance et la coordination dans nos territoires.

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