La santé publique en Bourgogne-Franche-Comté, expliquée

Des territoires dispersés, des soins fragmentés : comprendre l’accès à la santé en Bourgogne-Franche-Comté

Un constat national plein de nuances locales

En France, la question de l’accès aux soins est régulièrement posée au niveau national. Pourtant, c’est à l’échelle des territoires que les inégalités se creusent. Ce phénomène s’illustre particulièrement en Bourgogne-Franche-Comté (BFC), région où les réalités du terrain modèlent chaque jour les parcours de santé des habitants.

Selon une étude de la DREES (2023), 7 millions de Français vivent dans une zone qualifiée de « résidentielles périphériques ». Or, notre région concentre 43 % de sa population dans des espaces ruraux ou semi-ruraux, contre une moyenne nationale de 32 % (INSEE, chiffres 2022). Cette dispersion influence chaque aspect de la santé : du trajet pour consulter un médecin à l’accès à la prévention ou aux urgences.

Concrètement, pour la BFC, l’accès aux soins dépend moins d’un nombre « moyen » de professionnels que de leur répartition et de la capacité des habitants à rejoindre les points d’offre.

La géographie : quand la distance devient une barrière

Maillage territorial et rupture de proximité

Notre région cumule plusieurs réalités géographiques :

Ce découpage a un effet direct : plus les habitants vivent loin d’un centre de soin, plus le recours aux soins tend à baisser, surtout pour les actes de prévention ou de suivi. À titre d’exemple, selon Santé publique France, le taux de suivi gynécologique annuel est inférieur de 25 % dans les territoires ruraux de Côte-d’Or par rapport à Dijon.

Temps de trajet, organisation des familles, report des soins

En BFC, la notion de “perte d’opportunité” prend tout son sens : un soin différé, voire annulé, faute de facilité d’accès.

Ce phénomène touche particulièrement les personnes âgées, les familles mono-motorisées, mais aussi les jeunes (accès à la contraception, soins de santé mentale).

Spécificités de la BFC : des inégalités accentuées par la démographie et l’offre de soins

Déserts médicaux : la double peine rurale

Le concept de « désert médical » est souvent repris, mais il recouvre deux réalités en région :

Cette situation ne touche pas seulement les personnes âgées. Les enfants, via les soins dentaires ou l’orthophonie, sont aussi concernés : on compte en moyenne 1 orthophoniste pour 3 200 enfants dans le nord de la Nièvre, contre 1 pour 1 500 à Besançon (CNSA, 2023).

Fragmentation des parcours de soins : prévention, accompagnement et structures médico-sociales dispersées

Dans notre région, l’accompagnement médical et social souffre souvent d’une organisation territoriale complexe.

L’éloignement impose des coûts : temps, organisation, mais aussi renoncement aux soins pour les plus fragiles.

Quand la géographie croise les inégalités sociales

Des déterminants sociaux de santé aggravés par l’isolement

La fragmentation des territoires accentue l’effet des déterminants sociaux de santé (ensemble des conditions sociales, économiques et environnementales qui influencent la santé d’une population).

Ce que l’on observe dans la région, ce sont des territoires où la distance ne fait pas qu’éloigner du soin : elle scinde aussi la capacité à agir sur les déterminants de santé, notamment pour les actions de prévention, de dépistage ou d’accompagnement.

Inégalités numériques et fracture d’accès

Le développement de la télémédecine progresse, mais la fracture numérique pèse encore. En 2023, selon l’ARS BFC, 14 % des foyers de la Haute-Saône n’ont pas accès à un internet très haut débit stable – frein majeur à la téléconsultation. Ce taux grimpe dans les zones de montagne.

Acteurs et leviers d’action : comment la région réagit

Face à ce constat, la mobilisation des acteurs est une nécessité. Voici quelques exemples concrets d’actions portées (ou à renforcer) en BFC pour compenser l’impact de la répartition géographique :

À surveiller dans les prochains mois : la révision du Ségur de la santé, l’évolution du zonage « médecin traitant » ainsi que l’augmentation prévue des postes en santé dans les territoires dits “fragiles”.

À retenir et à partager dans vos réseaux

Si vous travaillez dans la prévention, le médico-social, la gestion territoriale ou le plaidoyer, ces points méritent attention et circulation : c’est à partir de la connaissance fine du terrain que se construira demain un accès aux soins plus équitable en BFC.

Sources : INSEE, Assurance Maladie, ARS BFC, URPS, Santé Publique France, DREES, Ordre des Médecins, CNSA

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