30/01/2026

Comprendre l’impact des facteurs sociaux et géographiques sur la santé en Bourgogne-Franche-Comté

Pourquoi parler des déterminants de santé en Bourgogne-Franche-Comté ?

À l’heure où beaucoup de débats nationaux évoquent l’accès aux soins, la désertification médicale ou le vieillissement de la population, il reste essentiel de regarder ce que ces réalités signifient « sur le terrain ». En Bourgogne-Franche-Comté (BFC), les écarts de santé ne sont pas le fruit du hasard : ils sont liés à une multitude de facteurs sociaux, économiques et territoriaux.

Si les acteurs régionaux connaissent de longue date la problématique des "déserts médicaux", moins nombreux sont ceux qui ont une vision globale des autres déterminants – logement, emploi, mobilité, environnement, éducation – façonnant la santé des habitants aussi sûrement que la présence d’un hôpital de proximité. Pourtant, ces éléments sont au cœur de toute action efficace en santé publique.

Comprendre ces déterminants, c’est mieux cibler les interventions, ajuster les politiques locales et renforcer les coopérations. C’est aussi éviter de reproduire « les solutions toutes faites » sans ambition territoriale.

Les déterminants sociaux de la santé : de quoi parle-t-on concrètement ?

Le concept de « déterminants sociaux de la santé » désigne l’ensemble des conditions dans lesquelles les personnes naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent (OMS). Ils influent parfois davantage la santé que la médecine elle-même.

  • Situation socio-économique : revenus, niveau d’études, statut professionnel.
  • Conditions de logement : logement insalubre ou précaire, chauffage, surpeuplement.
  • Environnement local : accès aux espaces verts, expositions à la pollution, services de transport.
  • Réseaux sociaux de soutien : isolement, réseau familial, vie associative.
  • Facteurs liés à l'accès aux soins : disponibilité des médecins, distance à l’hôpital, couverture sociale.

Ces facteurs s’entrecroisent et jouent un rôle cumulatif, pouvant soit protéger, soit fragiliser les habitants.

Ce que disent les données régionales en Bourgogne-Franche-Comté

La BFC se distingue par plusieurs particularités :

  • Un vieillissement net de la population : en 2021, plus d’1 habitant sur 5 a 65 ans ou plus, une proportion supérieure à la moyenne nationale (source : INSEE).
  • De fortes disparités géographiques : les écarts de mortalité prématurée (décès avant 65 ans jugés évitables) entre territoires les plus favorisés et plus vulnérables restent importants. En 2020, la Saône-et-Loire et la Nièvre affichent un taux de mortalité prématurée évitable supérieur à la moyenne nationale (Santé publique France).
  • Des poches de précarité : 13% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, avec des pics au nord de la Côte-d’Or, dans le nord Franche-Comté, et dans les centralités de villes moyennes (Observatoire des Territoires).
  • Des difficultés d'accès aux soins : en 2022, plus de 521 000 personnes résident dans une zone sous-dotée en médecins généralistes (source : ARS BFC).

Un point marquant : sur les dix « zones blanches médicales » identifiées par l’ARS, la moitié concerne de petites communes rurales de Haute-Saône et de la Nièvre, mais on retrouve aussi des quartiers périurbains de Dijon ou de Belfort.

Focus : comment les déterminants sociaux structurent la santé en BFC ?

1. Statut socio-économique : poids de l’emploi et des revenus

L’emploi reste l’un des principaux déterminants de la santé en Bourgogne-Franche-Comté. Les régions à forte tradition ouvrière (nord Franche-Comté, Autunois-Morvan) font face à des taux plus élevés de chômage de longue durée, de précarité, de maladies chroniques ou d’accidents du travail.

Plus un individu est en situation de précarité professionnelle ou de faible qualification, plus son espérance de vie diminue. Par exemple, l’espérance de vie à 35 ans varie en moyenne de 7 ans entre les 10% de personnes les plus aisées et les 10% les plus précaires en BFC (INSEE).

  • Les familles monoparentales, surreprésentées dans les quartiers populaires de Mâcon ou Chalon, déclarent plus souvent une santé altérée.
  • La précarité énergétique touche près de 1 ménage sur 6 en région, ce qui a un impact direct sur la santé respiratoire, notamment chez les enfants (Source : Observatoire régional de la santé BFC).

2. Localisation géographique et accès aux soins

La question des déserts médicaux est un trait récurrent de la région. Entre 2013 et 2023, la densité de médecins généralistes a chuté de 8% dans le sud Yonne et le Charolais, alors que la population y baisse moins rapidement.

Dans le Jura et la Haute-Saône, plus de 45 minutes de trajet sont nécessaires en moyenne pour accéder à certains soins spécialisés (chirurgie, imagerie). Cette inégalité territoriale tend à s’accentuer avec le vieillissement.

Mais attention : l’isolement médical touche aussi certains quartiers urbains, notamment autour du Creusot et dans les périphéries de Dijon. Ce n’est donc pas un enjeu strictement rural.

À retenir : En BFC, 33% des médecins ont plus de 60 ans (source : URPS Médecins BFC). S’alarmer de la baisse de la démographie médicale n’est pas suffisant, il faut anticiper la relève.

3. Milieux de vie : logement, cadre environnemental, réseaux sociaux

Le logement insalubre ou précaire reste une réalité sous-estimée : 11% des logements présentent au moins une non-conformité majeure dans l’agglomération de Montbéliard et 8% dans le bassin du Creusot (DREAL BFC, 2021).

L’environnement local conditionne aussi la santé. Dans le nord de la Côte-d’Or, l’exposition au radon (un gaz naturel radioactif émanant de certaines roches) concerne 5500 habitations (ARS/BRGM). Les zones autour de la RCEA (Route Centre-Europe Atlantique) affichent des taux plus élevés de pathologies respiratoires infantiles liées à la pollution routière (Santé Publique France).

  • Dans les territoires sans réseau d’associations ou d’activités culturelles, l’isolement augmente, en particulier chez les personnes âgées ou les migrants (notamment dans le Haut-Jura et le sud 71).
  • À l’inverse, les quartiers investis par des associations de quartier enregistrent des indicateurs de santé mentale plus favorables, même à niveau de revenu équivalent.

La spécificité Bourgogne-Franche-Comté : des inégalités urbaines-rurales… mais pas que

La région souffre souvent d’une image rurale et périphérique, mais elle concentre aussi des dynamiques urbaines comparables aux grandes métropoles françaises.

  • Ruralité et enclavement : des hameaux entiers sans transports en commun. À Château-Chinon, 72% des adultes s’estiment dépendants de leur voiture pour accéder à la santé (enquête IREPS 2022).
  • Pauvres urbains « invisibles »  : dans l’agglomération dijonnaise, certains quartiers cumulent précarité, pollution atmosphérique, stress social et insécurité, augmentant la prévalence d’asthme ou de troubles anxieux vécus par les enfants (Agence régionale de santé, baromètre 2022).

Concrètement, pour la BFC, il faut souvent raisonner à l’échelle des bassins de vie. Les dynamiques ne sont pas linéaires : on voit ainsi de petites communes du Val de Saône progresser en santé grâce à un tissu associatif fort, pendant que des communes périurbaines perdent leurs services publics, accentuant l’isolement social et médical.

Quel rôle pour les acteurs locaux : collectivités, professionnels, associations ?

Les leviers d’action existent, mais ils gagnent à être combinés :

  • Axe prévention/éducation à la santé : plusieurs expérimentations de médiateurs santé dans le Haut-Doubs, Montbéliard, Dijon montrent que l’accompagnement social accélère l’accès aux droits et aux soins (parcours coordonnés, promotion du dépistage, ateliers santé entre pairs).
  • Urbanisme favorisant le bien-vivre : dans le Grand Chalon, certains quartiers voient leur taux d’obésité infantile baisser après rénovation de parcs, accès à la cantine bio ou à la mobilité douce (source : Programme Villes-Santé OMS Chalon).
  • Coordination entre professionnels : la structuration des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) est un facteur-clé ; leur déploiement dans la région (32 en 2024) permet une réponse adaptée aux particularités de chaque territoire.
  • Soutien aux aidants et à la vie associative : Des réseaux comme France Alzheimer 21-71 ou les Maisons des Adolescents tirent des bilans positifs sur le dépistage, la prévention et le maintien du lien social.

À surveiller dans les prochains mois : le recours aux outils numériques en télémédecine, qui reste marqué par une fracture d’usage chez les plus de 70 ans ou les foyers à bas revenus (données Caisse Primaire).

Des données… à la décision locale

Pour la Bourgogne-Franche-Comté, les grands déterminants sociaux de la santé ne se résument pas aux seuls chiffres médicaux. Agir sur ces facteurs implique :

  • Mieux intégrer les appareils d’observation territoriale (tableaux de bord Santé/ARS, données INSEE, diagnostics de besoins sociaux).
  • Partager la culture de la donnée non seulement entre professionnels de la santé, mais aussi auprès des élus, travailleurs sociaux, associations. Les inégalités persistent souvent là où la « donnée territoriale » reste un sujet d’expert.
  • Associer les populations concernées dans les diagnostics, les priorités, l’évaluation des actions.
À retenir : Les déterminants de santé ne sont ni figés ni fatals. Ils se transforment avec les dynamiques économiques, sociales et environnementales, les mobilités et l’engagement local.

Pour aller plus loin : ressources régionales

À partager dans vos réseaux – ces données peuvent éclairer, inspirer ou nourrir les échanges au sein d’équipes, de conseils municipaux, d’associations ou de bassins de vie.

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