13/02/2026

Précarité sanitaire : quels territoires à risques en Bourgogne-Franche-Comté ?

Comprendre la précarité sanitaire : une réalité multifacette

La précarité sanitaire ne se limite pas à l’accès aux soins. Elle englobe aussi tout ce qui rend la santé plus difficile à vivre ou à préserver : barrières économiques, accès limité aux professionnels de santé, habitat dégradé, isolement social, exposition à des risques environnementaux… Elle se nourrit de la précarité sociale, mais a ses logiques propres.

En France, Santé publique France estime que plus de 12 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté (Insee, 2023), mais toutes ne subissent pas la même exposition aux risques sanitaires. Les inégalités se jouent souvent au niveau local : quartier, bourg, canton.

Dans notre région Bourgogne-Franche-Comté (BFC), plusieurs singularités amplifient, ou parfois atténuent, ce phénomène : le tissu rural prépondérant, des enjeux de démographie médicale, une population vieillissante et une répartition des ressources loin d’être homogène.

BFC : panorama des déterminants de la précarité sanitaire

La Bourgogne-Franche-Comté cumule plusieurs vulnérabilités structurelles :

  • Une part de personnes vivant sous le seuil de pauvreté qui atteint jusqu’à 18% dans certains territoires (notamment en Saône-et-Loire et dans le Territoire de Belfort, Insee 2021).
  • Un vieillissement marqué : 24% de la population a plus de 60 ans contre 22% en France métropolitaine (Insee 2023).
  • Des déserts médicaux étendus : près de 35% de la population vit dans une zone sous-dotée en médecine générale (ARS BFC, Observatoire régional 2023).
  • Une part significative de logements indignes ou insalubres, notamment dans les petites villes industrielles et les bourgs en retrait.
  • Des déterminants sociaux défavorables : taux de chômage supérieur à la moyenne nationale dans plusieurs bassins d’emploi (notamment autour de Montbéliard, Le Creusot, et Autun).

Toutes ces dimensions pèsent sur la santé des habitants, bien au-delà de la question de l’accès direct aux soins.

Quelles données pour repérer les territoires en difficulté ?

Pour objectiver la précarité sanitaire, plusieurs indicateurs sont utilisés par les acteurs régionaux :

  • Le Système d’Information sur les Indicateurs Régionalisés de Santé (SIRSé), qui synthétise à l’échelle infradépartementale pauvreté, chômage, inégalités d’accès aux soins et indicateurs de santé.
  • Les taux de recours aux services de prévention (bilans de santé, vaccinations, dépistages).
  • La surmortalité prématurée évitable (décès avant 65 ans dûs à des causes évitables par la prévention ou le système de soins).
  • Le renoncement aux soins pour raisons financières ou d’éloignement : les bénéficiaires de l’ACS, de la CMU-C, et les demandes d’aides ponctuelles à l’Assurance Maladie.

Ces indicateurs convergent : plus ils s’accumulent sur un territoire, plus la précarité sanitaire y est importante.

Carte des zones les plus exposées

Concrètement, pour la BFC, plusieurs territoires émergent comme particulièrement exposés à la précarité sanitaire :

Département Secteurs concernés Facteurs principaux
Saône-et-Loire Bassin minier (Montceau-les-Mines, Le Creusot), Charolais Pauvreté, faible densité médicale, habitat dégradé
Nièvre Pays Nivernais-Morvan, secteur de Decize Densité médicale très faible, vieillissement, enclavement
Territoire de Belfort Quartiers périurbains, villages proches de l’industrie (Valdoie, Delle) Pauvreté, chômage, mobilité réduite
Doubs Quartiers prioritaires de Besançon, Haut-Doubs rural Pauvre accès aux soins, précarité sociale, isolement
Yonne Auxerrois rural, Avallon Désindustrialisation, habitat insalubre, isolement

On retrouve aussi des difficultés structurelles dans certains quartiers des agglomérations, à Chalon-sur-Saône, Nevers, Sens, Vesoul et Belfort, où s’additionnent précarité sociale, logements vétustes et faible accès à la prévention.

Il faut noter que la précarité n’est pas l’apanage des seuls centres urbains. De nombreuses communes rurales de la BFC affichent une vulnérabilité élevée en santé, avec une offre médicale concentrée à plus de 30 minutes de route et une mobilité réduite pour les personnes âgées ou précaires.

Vieillissement, isolement et précarité sanitaire : le triptyque rural

Dans notre région majoritairement rurale (63 % des communes ont moins de 1000 habitants), la précarité sanitaire est renforcée par le vieillissement de la population. Plusieurs études montrent que les personnes âgées isolées et à faible revenu ont un risque accru de renoncer aux soins (Observatoire régional de santé, 2022).

Quelques chiffres significatifs :

  • Près d’1 habitant sur 5 a plus de 75 ans en Nièvre (Insee, 2023).
  • 60 % des médaillés de la CMU-C vivent en dehors d’une grande ville dans l’Yonne.
  • Le taux de recours aux urgences pour motifs évitables est 1,8 fois plus élevé dans les communes de moins de 2000 habitants que dans les centres urbains de BFC (ARS, 2023).

L’accès difficile au transport public ou à des médecins de proximité amplifie ces renoncements. La précarité sanitaire prend ici le visage de l’isolement, du retard de diagnostic, et de la difficulté à accéder à la prévention.

Focus : quartiers prioritaires et croisement des précarités

Au-delà du rural, certains quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) – à Dijon, Montbéliard, ou Belfort – connaissent une concentration de difficultés sanitaires :

  • Un taux de chômage 2 à 3 fois supérieur à la moyenne régionale.
  • Un recours élevé à l’aide médicale d’État (AME) et à l’assurance maladie complémentaire solidaire.
  • Une surreprésentation des familles monoparentales et des personnes migrantes avec une méconnaissance des droits sociaux.
  • Une prévalence supérieure de pathologies chroniques évitables (diabète, obésité, maladies respiratoires…).

Dans ces territoires, l’offre de prévention est souvent sous-utilisée, parfois par méconnaissance ou défaut d’accompagnement social.

Ce que cela implique pour les acteurs locaux

La précarité sanitaire n’est ni homogène ni inéluctable. Les réponses doivent être finement adaptées aux réalités locales. Voici quelques pistes concrètes relevées sur le terrain :

  • Pour les collectivités : cibler la rénovation de l’habitat dans les secteurs prioritaires, soutenir la mobilité solidaire (navettes pour consultations), créer des permanences santé hors des centres-villes.
  • Pour le secteur médico-social : proposer des actions de médiation santé dans les QPV, renforcer l’aller-vers et le repérage des personnes âgées isolées.
  • Pour les réseaux de prévention : innover pour toucher les publics isolés (bus santé, vaccinations mobiles), intervenir tôt sur les déterminants sociaux (alphabétisation santé, accompagnement administratif).
  • Pour les élus : porter la question de la démographie médicale et du soutien à l’installation des professionnels dans les zones sous-dotées auprès de l’ARS et de l’État.

Des actions efficaces existent localement : passerelles santé dans le pays châtillonnais, maisons de santé pluridisciplinaires rurales, partenariats “santé et logement” à Nevers, bus dépistage dans l’Yonne… Elles doivent être valorisées et pérennisées.

À retenir : surveillances et leviers d’action pour les prochains mois

  • La précarité sanitaire concerne une pluralité de territoires : anciens bassins industriels, rural profond, quartiers prioritaires urbains.
  • Le vieillissement, l’isolement social et la démographie médicale sont les trois facteurs majeurs à suivre en BFC.
  • Des indicateurs de renoncement aux soins et de recours tardifs doivent être affinés à une échelle intercommunale pour mieux cibler les interventions.
  • À surveiller dans les prochains mois : la poursuite du déploiement de la complémentaire santé solidaire, et la couverture territoriale des nouveaux contrats de médecins généralistes dans la région.
  • L’enjeu central reste d’agir “au bon endroit, au bon moment” — avec une connaissance partagée des réalités sanitaires locales.

À partager dans vos réseaux : la précarité sanitaire ne se voit pas toujours. Elle se mesure, s’anticipe et peut être réduite par l’action coordonnée, en s’appuyant sur ce qui se passe déjà, ici, en Bourgogne-Franche-Comté.

Pour aller plus loin : données et publications disponibles sur les sites de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté, Insee, Santé Publique France, ORS BFC, Assurance Maladie.

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