16/12/2025

Que signifie vraiment vieillir en zone rurale en Bourgogne-Franche-Comté ?

Comprendre le vieillissement rural : un défi structurant pour notre région

Le vieillissement de la population est un phénomène national, mais il prend une dimension bien particulière dans les territoires ruraux. En Bourgogne-Franche-Comté (BFC), la question est loin d’être anecdotique. Selon l’INSEE, plus de 24% des habitants de la région ont aujourd’hui 65 ans ou plus, un chiffre supérieur à la moyenne nationale (INSEE, 2023). La Nièvre, la Haute-Saône ou encore la Saône-et-Loire font partie des départements les plus concernés. Sur certains secteurs comme le Charolais ou le Châtillonnais, la proportion de seniors dépasse même un tiers des résidents.

Pourquoi se pencher sur ce sujet ? Parce que vieillir à la campagne ne présente pas les mêmes réalités ni les mêmes enjeux qu’en milieu urbain. Manque d’accès aux services, isolement, moindre densité médicale : face à cette spécificité, les politiques nationales doivent sans cesse être adaptées localement. Mais encore faut-il bien poser le diagnostic.

Si vous travaillez dans la prévention, la gestion des services d’aide à domicile, la politique gérontologique des collectivités ou l’offre de soins de premiers recours, ces chiffres vous parlent déjà au quotidien. Pour d’autres, voici ce qu’il faut retenir.

Des réalités démographiques à ne pas sous-estimer

Le vieillissement dans les zones rurales s’amplifie pour trois raisons principales :

  • Départ des jeunes générations : L’exode des actifs vers les centres urbains, notamment pour les études et l’emploi.
  • Allongement de la durée de vie : Les avancées médicales profitent à tous, mais le renouvellement de la population est faible.
  • Moindre attractivité et mobilité : Les zones rurales attirent moins de nouvelles familles ou de professionnels de santé.

Dans des départements comme le Jura ou la Nièvre, la pyramide des âges affiche un vieillissement marqué. Selon l’INSEE, la moitié des communes bourguignonnes perdent de la population chaque année, ce qui amplifie le poids proportionnel des seniors.

Tableau – Part des plus de 65 ans dans quelques départements de BFC (INSEE, 2023)

Département % de plus de 65 ans % national
Nièvre 30,1% 21,3%
Haute-Saône 28,7% 21,3%
Yonne 29,2% 21,3%

Ce vieillissement accentue les déséquilibres déjà présents : fermetures de classes, peu d’équipements accessibles, offre médicale déclinante.

Enjeux d’accès aux soins : des déserts médicaux aggravés par le vieillissement

La question de l’accès aux soins concentre de nombreuses inquiétudes en BFC. Les déserts médicaux, souvent cités, prennent une dimension critique à mesure que les habitants avancent en âge. Dans la Nièvre, par exemple, on compte moins de 90 médecins généralistes pour 100 000 habitants de plus de 65 ans (DREES, Atlas 2023). Le vieillissement se heurte ainsi à :

  • Moins de médecins : Départs à la retraite, attractivité réduite pour de jeunes praticiens.
  • Difficultés de mobilité : Transports collectifs rares, routes de campagne peu adaptées aux personnes âgées.
  • Éloignement des structures de soins : Pour certains villages, l’hôpital ou le centre de consultation le plus proche se situe à plus de 30 kilomètres.

À surveiller dans les prochains mois : la cartographie du « Ségur du numérique en santé », qui vise à favoriser la télésanté. Mais la fracture numérique reste réelle : à ce jour, 34% des plus de 70 ans en BFC n’utilisent jamais Internet pour leur santé (ARS BFC, 2023).

Isolement et vie sociale : un risque sanitaire à ne pas négliger

Le vieillissement en contexte rural rime souvent avec isolement. La densité de liens sociaux s’y réduit : familles éloignées, voisinage vieillissant, disparition des commerces de proximité. La Bourgogne Franche-Comté figure parmi les régions où l’isolement des seniors est le plus élevé – près de 23 000 personnes âgées seraient en situation d’isolement social « sévère » en 2021 (Petits frères des pauvres, rapport 2021).

Les implications dépassent le simple bien-être : l’isolement est un déterminant de santé négatif, associé à une mortalité prématurée évitable plus importante, une dégradation de l’autonomie, un recours accru à l’hospitalisation d’urgence. Cet effet d’isolement est renforcé dans les zones de faible densité (Morvan, Bresse, plateau de Langres…).

À retenir pour les communes et les intercommunalités : la lutte contre l’isolement n’est pas qu’une mission sociale, c’est aussi un enjeu de santé publique majeur.

Vivre chez soi : adaptation du logement dans des territoires ruraux vieillissants

Vieillir et rester à domicile : ce souhait majoritaire des Français se heurte à la réalité du bâti rural. En BFC, un logement sur cinq occupé par un senior n’est pas adapté à la perte progressive d’autonomie (ONPE, 2022). Escaliers étroits, salles de bain non aménagées, chauffages inadaptés : autant d’obstacles pour continuer à vivre chez soi en sécurité.

  • Les aides à l’adaptation restent mal connues ou sous-utilisées (ANAH, 2023).
  • Le tissu des artisans du bâtiment spécialisés dans l’adaptation vieillit lui aussi, ce qui crée des délais ou manque de solution.
  • Les services à domicile souffrent de difficultés de recrutement rural (absentéisme, turnover, attractivité des métiers).

Concrètement pour la BFC : les Communautés de Communes qui intègrent l’adaptation de l’habitat dans leur politique gérontologique permettent de repousser l’entrée en institution et d’améliorer la vie des aidants.

Des services médico-sociaux en tension

L’offre en établissements (EHPAD, résidences-autonomie) n’est plus à la mesure de la demande, en particulier dans le département de l’Yonne ou le Haut-Doubs. On observe partout une augmentation des listes d’attente, y compris dans des territoires qui perdaient autrefois des habitants.

Le secteur du domicile est un pilier essentiel en ruralité, mais il souffre de :

  • Difficultés de recrutement et fidélisation du personnel (aide à domicile, auxiliaires de vie, infirmiers).
  • Longs trajets pour des interventions parfois très courtes : coût, fatigue, pénibilité.
  • Météo, relief, état des routes : autant d’aléas qui pèsent particulièrement en hiver dans le Morvan ou le Haut-Jura.

Ce que l’on observe dans la région : les équipes font preuve d’innovation et de solidarité, mais la pérennité de certains services devient incertaine à moyen terme.

Prévention et dynamiques locales : éviter la double peine

En BFC, la prévention santé touche moins les seniors ruraux qu’ailleurs. Près de 38% des habitants de plus de 65 ans n’ont pas eu de consultation de prévention bucco-dentaire depuis deux ans (Assurance Maladie, 2023). Face à la désertification médicale, les campagnes de dépistage (cancers, troubles cognitifs) sont plus difficiles à organiser.

Pourtant, des atouts régionaux peuvent faire la différence :

  • Réseaux associatifs très ancrés localement : clubs du 3e âge, mutualités, foyers ruraux.
  • Proximité des élus et des acteurs institutionnels : capacité de mobilisation plus rapide qu’en zone urbaine.
  • Expériences pilotes : “chambres de prévention” itinérantes, initiatives intergénérationnelles dans la Haute-Saône, maisons de santé pluridisciplinaires mobiles dans le Châtillonnais.

À partager dans vos réseaux : la coordination entre acteurs (collectivités, professionnels de santé, associations, citoyens) est l’axe clé pour diminuer la double peine (moins de prévention, plus de besoins).

Agir face au vieillissement rural : pistes, leviers, priorités

Comment avancer concrètement ? Quatre leviers se dégagent pour la BFC, à adapter selon les spécificités communales :

  1. Développer la mobilité médicale et sociale Soutenir les solutions de consultations avancées (téléconsultations, bus santé, équipes mobiles), investir dans le transport à la demande, favoriser les plateformes locales de bénévolat pour accompagner les déplacements.
  2. Former et recruter les professionnels de proximité Mener des campagnes dédiées aux métiers gérontologiques, valoriser les parcours dans le médico-social rural auprès des jeunes, créer des dispositifs d’accueil pour les étudiants paramédicaux et aides à domicile dans les territoires sous-dotés.
  3. Adapter le logement et les espaces publics Généraliser l’information sur les aides existantes via les CCAS/Mairies, encourager l’organisation de filières qui allient rénovation thermique et accessibilité, intégrer la question de la marche et des espaces publics adaptés au sein des PLUi(s).
  4. Tisser du lien social et prévenir l’isolement Soutenir les actions des petites associations locales, repérer les “invisibles” via les réseaux de voisinage, renforcer les visites à domicile, développer des espaces “tiers-lieux” ruraux ouverts aux anciens.

À surveiller dans les prochains mois en BFC : l’impact des expérimentations “Territoires Zéro Non Recours” (DGCS), le déploiement de la feuille de route “Autonomie” de l’ARS, les financements “Petites Villes de Demain” et l’évolution du régime de gouvernance dans les nouveaux Systèmes d’Information Régionaux de Santé (SIRS).

Ce qu’il faut garder à l’esprit

Le vieillissement de la population rurale en Bourgogne-Franche-Comté n’est pas un phénomène à subir, mais un défi à relever collectivement. Les disparités territoriales sont fortes, les solutions existent, et les marges de progrès restent devant nous dans l’organisation de l’accompagnement, la prévention et l’adaptation des politiques locales.

Point clé : la ruralité ne se résume pas à une addition de faiblesses. Le tissu social, la capacité d’innovation de proximité, la mobilisation des réseaux sont de véritables atouts pour inventer une nouvelle culture du bien vieillir à la campagne.

  • À retenir : L’anticipation et l’adaptation—plus que la reproduction de modèles urbains—seront les moteurs d’une politique de santé publique innovante au service du grand âge en zone rurale.
  • À partager dans vos réseaux : Quel que soit votre métier ou votre engagement, chacun peut agir : relayer l’information locale, faire remonter les besoins, soutenir les initiatives originales. Nos territoires ont tout à gagner à faire du vieillissement un enjeu collectif et fédérateur.

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