20/12/2025

Dépendance et maintien à domicile : comment la Bourgogne-Franche-Comté s'adapte aux enjeux du vieillissement

Vieillissement, dépendance et maintien à domicile : un défi national, des réalités régionales

L'allongement de l’espérance de vie transforme durablement nos sociétés. En France, les plus de 75 ans représentaient 9,8 % de la population en 2021 ; ils seront 13,1 % en 2030 (INSEE). Si vivre plus longtemps n’implique pas toujours vivre en meilleure santé, cela interroge directement notre capacité collective à accompagner l’autonomie et à soutenir celles et ceux qui perdent en capacité physique, cognitive ou psychique. Le « maintien à domicile » devient la solution de référence, à la fois attendue par les personnes concernées et valorisée dans les politiques publiques.

Mais que recouvre vraiment ce terme sur le terrain, et comment les collectivités de Bourgogne-Franche-Comté (BFC) s’en saisissent-elles concrètement ?

À retenir :

  • Dépendance = besoin d’assistance pour accomplir les actes essentiels de la vie quotidienne.
  • Maintien à domicile = organisation de l’accompagnement (soins, aides, sécurité, adaptation du logement) permettant d’habiter chez soi malgré la perte d’autonomie.

Les enjeux spécifiques en BFC : démographie, ruralité, inégalités

La BFC affiche une population particulièrement vieillissante, avec plus de 11 % de plus de 75 ans en 2023 (INSEE). Plusieurs départements figurent dans le « top 10 » national en part de séniors, comme la Nièvre ou la Haute-Saône.

  • Déficit de professionnels dans les territoires ruraux : la région compte 47 % de communes rurales versus 31 % en France métropolitaine (INSEE). Le recrutement d’aides à domicile y est un enjeu central.
  • Tissu associatif actif, mais sous tension, notamment dans la gestion des services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD).
  • Inégalités sociales et territoriales : les difficultés d’accès aux soins, aux transports ou à un logement adapté sont plus marquées à l’est du département de l’Yonne, au sud de la Saône-et-Loire ou encore dans le Morvan.

Pourquoi s’y intéresser maintenant ? Les projections régionales annoncent un quasi-doublement du nombre de personnes âgées dépendantes à l’horizon 2040 (ORS BFC, 2023). Les politiques locales sont appelées à anticiper, expérimenter et mutualiser les réponses adaptées, avec un enjeu de solidarité intergénérationnelle et de soutenabilité financière pour les départements.

Quels leviers locaux mobilise-t-on ? : analyse de l’offre et du pilotage en BFC

Sur le terrain régional, l’action ne peut reposer sur une seule catégorie d’acteurs. Le « maillage » passe par trois grands blocs : le pilotage institutionnel (Départements, ARS), les opérateurs de terrain (SAAD, SSIAD, CLIC, réseaux gérontologiques, associations) et l’innovation sociale locale.

Les départements, pilotes opérationnels

En France, l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) à domicile reste le principal dispositif de soutien financier. Gérée par les Conseils départementaux et financée à hauteur de 92 % par eux (CNSA, 2022), elle couvre les frais liés à l’accompagnement, à l’achat d’aides techniques ou à l’adaptation du logement.

  • En BFC, les dépenses d’APA à domicile ont progressé de +22 % entre 2014 et 2021 (banque de données CNSA), signe d’un recours croissant mais aussi, parfois, d’une difficulté à suivre le rythme de la demande.
  • Chaque département relève aujourd'hui d'importantes listes d’attente pour l’attribution des plans d’aide, surtout dans les zones moins denses (ex : plus de 200 demandes en attente en Haute-Saône lors de pics saisonniers).

À noter : les critères d’éligibilité et de révision des plans d’aide, pourtant encadrés nationalement, peuvent varier dans leur application locale, selon les marges de manœuvre (budget, organisation interne) des territoires.

Réseaux de soins et services à domicile : une carence de professionnels aggravée en zone rurale

Le maintien à domicile nécessite un « éco-système de proximité » : aides à domicile, infirmier·e·s, ergothérapeutes, médecins généralistes… Or, la région accuse un déficit marqué : le nombre d’aides à domicile en équivalent temps plein pour 100 personnes âgées est inférieur à la moyenne nationale dans la Nièvre et la Haute-Saône (Données DREES, 2021).

  • La pénurie de personnel, le turnover et les difficultés de recrutement constituent une menace structurelle. Dans le Doubs, 30 % des postes d’aide à domicile sont non pourvus sur certains territoires (ARS, 2023).
  • Les SSIAD (services de soins infirmiers à domicile) doivent aussi gérer le vieillissement de leurs propres salariés : près de 40 % ont plus de 50 ans.
  • À surveiller : la stabilité du secteur dépend largement du financement pérenne et de l’attractivité pour les jeunes actifs.

Initiatives locales et adaptation face à la dépendance : ce que l’on observe en Bourgogne-Franche-Comté

La dynamique des “Maisons de l’Autonomie”

Depuis 2020, plusieurs conseils départementaux ont expérimenté les “Maisons de l’Autonomie” (Côte-d'Or, Doubs, Yonne), guichets uniques pour orienter usagers, familles et professionnels vers les solutions adaptées : évaluation multidimensionnelle de la situation, informations sur les aides, suivi personnalisé.

  • Ce guichet unique permet une prise en charge plus fluide, mais son existence dépend de la mutualisation des moyens entre associations, Départements, ARS et CCAS.
  • Son efficacité repose souvent sur la présence d’assistants sociaux de proximité, encore trop peu nombreux dans certaines zones.

Des dispositifs d’adaptation du logement en croissance

La région bénéficie de soutiens croisés (Conseils départementaux, caisses de retraite, ANAH) pour l’adaptation des logements (salles de bain adaptées, monte-charges, domotique). En Saône-et-Loire, plus de 1 200 logements ont été adaptés entre 2019 et 2023, ce qui représente une augmentation de 45 % des interventions sur quatre ans (source : Conseil départemental 71).

  • Des plateformes d’accompagnement “Habiter facile” pilotées par des organismes comme Soliha aident à la constitution des dossiers administratifs ou des diagnostics techniques.
  • Le coût moyen d’une adaptation reste élevé : 3 800 € pour enlever une baignoire et installer une douche, reste à charge souvent dissuasif en l’absence d’aides cumulées.

Des expérimentations en soutien aux aidants

L’épuisement des aidants familiaux est un facteur majeur de placements prématurés en EHPAD. Des solutions innovantes existent en BFC :

  • “Halte répit” : accueils de jour permettant de soulager ponctuellement les proches (exemples : Autun | Nevers).
  • Groupes de parole, formation à la gestion des situations difficiles (Cyber-Aidants, Montbéliard).
Mais les initiatives restent peu nombreuses face à la demande croissante, avec des disparités d’un département à l’autre.

Quels points de vigilance pour les mois à venir ?

  • Transformation numérique : le virage du numérique en santé publique (téléassistance avancée, suivi numérique des plans d’aides) nécessite une adaptation forte, peu de structures étant encore équipées en ruralité.
  • Dispersion de l’offre : trop de familles se perdent dans les démarches faute de coordination entre les structures. La généralisation des “guichets uniques” et le développement de coordinateurs de parcours sont des pistes à accélérer.
  • Financement des SAAD/SSIAD : la réforme de leur tarification (inspirée des expérimentations “Paerpa”*) doit garantir des moyens suffisants pour couvrir l’augmentation de la demande en zones rurales.
  • Renouvellement du vivier professionnel : la revalorisation des salaires, la reconnaissance de la pénibilité et le développement de formations de proximité, portés par les Conseils départementaux et la Région, sont indispensables.

*Parcours de santé des aînés (Paerpa) : expérimentations pour le décloisonnement de l’offre gériatrique, initiées en Bourgogne dès 2015 (Assurance Maladie).

Pour agir à notre échelle : leviers pour les collectivités, les associations, les professionnels

  • Développer des cartographies locales des besoins : chaque territoire devrait pouvoir s’appuyer sur une IRM des ressources et des besoins en aides à domicile, croisant démographie locale, accès aux services, équipements adaptés. Les CLIC et l’ORS BFC peuvent accompagner ce diagnostic partagé.
  • Miser sur la prévention et le repérage précoce : sensibiliser les médecins généralistes, pharmaciens et réseaux associatifs au “repérage précoce” des signes de perte d’autonomie pour permettre une intervention rapide et personnalisée.
  • Favoriser l’habitat inclusif : nouveaux modèles mêlant logements individuels adaptés, espaces collectifs et services mutualisés (Saint-Pierre, Jura ; Besançon, Doubs), permettant le maintien à domicile dans un cadre semi-collectif pour rompre l’isolement.
  • Soutenir la montée en compétence des professionnels : développer les formations sur l’accompagnement de pathologies liées à la dépendance (maladies neuro-évolutives…), la gestion de situations de crise, l’utilisation d’outils domotiques.
  • Valoriser et accompagner les aidants : mettre à disposition dans chaque bassin de vie des points d’information, groupes de soutien, services de relayage ponctuel ou de formation.

À retenir : ce que la BFC peut encore renforcer

Enjeu Exemple d’initiative dans la région Priorité d’action
Accès aux services d’aide Déploiement de maisons de l’autonomie (BFC : Côte-d’Or, Doubs, Yonne) Favoriser la coopération département/intercommunalités
Professionnalisation et attractivité Plans de formation et recrutements locaux de jeunes diplômés Salaires revalorisés, conditions de travail adaptées
Aide aux aidants Haltes répit rurales, groupes de parole distanciels Proposer des relais dans tous les EPCI
Adaptation du logement Plateformes “Habiter facile” Renforcer l’accompagnement administratif et financier

Ouvrir le débat local pour préparer l’avenir de l’accompagnement

La capacité à accompagner la dépendance et le maintien à domicile ne dépendra pas que des grandes lois, mais d’un tissu local dynamique, adaptatif, solidaire. En Bourgogne-Franche-Comté, des initiatives existent, parfois pionnières, mais la multiplication et la coordination de ces réponses sont encore à renforcer.

Concrètement, pour la BFC, cela invite chaque acteur local – élus, professionnels de santé, responsables d’associations – à saisir l’enjeu de la coopération intersectorielle, à revisiter les modèles d’accompagnement et à soutenir l’innovation de proximité. Les besoins vont croître, l’anticipation et l’agilité seront clés. À partager dans vos réseaux : améliorer la veille et la coordination, c’est déjà contribuer à une réponse innovante à la dépendance dans nos territoires.

Sources : INSEE, ARS BFC, ORS Bourgogne-Franche-Comté, CNSA, DREES, Conseil départemental 71, Assurance Maladie.

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