27/03/2026

Mortalité prématurée évitable : qu’en est-il vraiment dans nos territoires de Bourgogne-Franche-Comté ?

Un enjeu national, des réalités locales très contrastées

La mortalité prématurée évitable reste l’un des indicateurs phares du système de santé en France. Derrière ce terme se cachent des décès intervenus avant 65 ans, qui auraient pu être évités soit par une meilleure prévention, soit par un accès plus efficace à des soins de qualité. Ce sont autant de trajectoires de vies interrompues, évitables, qui témoignent des inégalités sociales et territoriales de santé.

Chaque année, selon Santé publique France (SPF), un peu plus de 100 000 décès prématurés sont enregistrés dans le pays, dont une part importante est jugée « évitable ». Or, derrière cette statistique nationale, les écarts entre territoires sont flagrants : le risque de mourir prématurément n’est pas le même en Île-de-France qu’en Creuse, dans le Lyonnais ou à l’extrême-sud de la Bourgogne.

  • Mortalité prématurée : décès survenant avant 65 ans (définition OMS).
  • Mortalité prématurée évitable : décès pour lesquels les causes sont principalement liées à des comportements à risque (tabac, alcool, alimentation…), ou à des défaillances du système de santé (dépistage insuffisant, diagnostics tardifs…).

Pourquoi certains territoires sont-ils plus exposés ? À qui la donnée rend-elle service, localement ? Notre collectif fait le point, pour que la veille serve aux choix quotidiens des acteurs régionaux.

L’enjeu de la mortalité prématurée évitable : ce que disent les données nationales

La France se situe depuis plusieurs années au-dessus de la moyenne européenne pour la mortalité prématurée, malgré une amélioration générale. D’après la dernière exploitation des certificats de décès (INSEE, SPF, DREES), la mortalité prématurée représente environ 20 % des décès masculins (contre 10 % chez les femmes). Les causes les plus fréquentes : cancers, maladies cardiovasculaires, accidents, suicides et pathologies en lien avec le mode de vie.

  • Les hommes sont plus touchés que les femmes (ratios nationaux 2021 : 262 pour 100 000 chez les hommes, 104 pour 100 000 chez les femmes – INSEE).
  • Les régions du nord, du nord-est, et certaines zones rurales isolées paient le plus lourd tribut.
  • Les disparités départementales restent très marquées, avec des écarts parfois du simple au double.

En cause : des déterminants sociaux de santé (revenu, niveau d’éducation, accès à la prévention, conditions de logement) et l’inégale répartition des ressources médicales.

À retenir : les territoires les plus fragiles socialement sont ceux où la mortalité prématurée évitable est la plus forte. Le gradient social est particulièrement net chez les moins de 65 ans.

Mortalité prématurée évitable : quelle situation Bourgogne-Franche-Comté ?

En BFC, la mortalité prématurée évitable affiche des taux supérieurs à la moyenne nationale sur de nombreux territoires. Notre région souffre d’une surmortalité prématurée, en particulier dans ses départements les plus ruraux et dans certains bassins industriels frappés par la désindustrialisation et la précarité.

D’après ARS BFC/Santé publique France (2023) [ORS BFC] :

  • Saône-et-Loire : département le plus touché de la région, taux de mortalité prématurée évitable nettement supérieur à la moyenne nationale (près de 175 décès pour 100 000 habitants).
  • Nièvre : toujours dans le peloton de tête régional, impact fort dans les territoires ruraux éloignés ; déficit d’offre médicale et densité de population très basse ; taux autour de 170 pour 100 000.
  • Doubs : moins exposé, mais les disparités à l’intérieur du département (entre zones urbaines et rurales) sont notables.
  • Côte-d’Or : en progression positive grâce à Dijon, mais la couronne périphérique demeure plus vulnérable.
  • Territoire de Belfort & Haute-Saône : taux intermédiaires, mais vigilance sur les zones périurbaines pauvres.

Point clé : L’espérance de vie à 60 ans, souvent appelée « espérance de vie en bonne santé », varie localement jusqu’à 3-4 ans selon le territoire et le sexe. Dans les zones rurales les plus en difficulté sociale, c’est la mortalité prématurée évitable qui explique une grande partie de ces écarts.

Tableau comparatif régional (données 2021, sources SPF/INSEE/BFC Numerique)

Département Taux de mortalité prématurée évitable(pour 100 000 hab.) Population impactée Dynamique récente
Saône-et-Loire 175 Fortement rurale / ex-industrielle Stable, légère dégradation
Nièvre 170 Rurale isolée Sans amélioration significative
Côte-d’Or 156 Pôle urbain/zone périurbaine vulnérable Légère amélioration
Doubs 146 Mixte urbain-rural Légère baisse
Territoire de Belfort 145 Périurbain/industriel Tendance stable
Haute-Saône 142 Rurale et périurbaine Risque d’augmentation
Jura 140 Rural/zone touristique Stabilité
Yonne 137 Nord BFC, périurbain Légère amélioration

À surveiller dans les prochains mois : impact des difficultés d’accès aux soins (médecins généralistes en baisse, fermetures ponctuelles d’urgences), mais aussi la possible hausse des comportements à risque (alcool, tabac, isolement social), en particulier post-pandémie COVID.

Pourquoi s’y intéresser maintenant ?

La mortalité prématurée évitable reflète l’état de santé global de la population active.

  • Elle impacte directement le tissu économique local (perte de forces vives, désorganisation des familles).
  • Elle est un marqueur très précoce du décrochage social.
  • Elle signale les territoires où la prévention, l’accès aux soins et l’action sociale sont à renforcer.
  • En BFC, une surmortalité prématurée persistante aura des conséquences majeures sur la démographie médicale, le vieillissement, la vitalité des bassins de vie.

Les données permettent de cibler l’action, à partir d’indicateurs simples :

  • Retard de recours aux soins (dépistages cancers, suivi cardiovasculaire…)
  • Difficultés d’accès à la prévention alcool/tabac/nutrition
  • Isolement rural, mobilité réduite, fractures numériques
  • Facteurs sociaux aggravants : chômage, précarité, habitat dégradé

C’est le socle d’une veille régionale : savoir où agir.

Quels leviers pour agir à notre échelle en Bourgogne-Franche-Comté ?

L’analyse fine des disparités territoriales doit guider les acteurs locaux. La mortalité prématurée évitable n’est pas une fatalité : partout où un plan d’action coordonné a été mis en place, les chiffres chutent de 10 à 20 % en cinq-dix ans (exemple : collectivités labellisées « Villes-santé OMS », actions de la Stratégie nationale de santé).

  • Renforcer la prévention primaire (repérage précoce des conduites à risque, campagnes auprès des jeunes, actions anti-tabac et alcool en entreprise et milieux scolaires).
  • Mieux cibler les territoires ruraux isolés : déploiement de Maisons de Santé Pluridisciplinaires, équipes mobiles santé, points d’accès numérique pour la prise de rendez-vous, bus prévention itinérants.
  • Outiller les collectivités : diagnostics locaux de santé participatifs, guides d’action adaptés aux bassins de vie, retours d’expériences mutualisés entre départements.
  • Mieux intégrer le médico-social : repérage et accompagnement des personnes fragiles (isolation sociale, maladies associées, précarité).
  • Accélérer les programmes de dépistage : cancers, troubles métaboliques, suivi du risque cardiovasculaire.
À partager dans vos réseaux : les dynamiques locales les plus efficaces associent élus, professionnels de santé, associations et habitants autour d’objectifs simples, mesurables, avec un retour régulier aux habitants des progrès accomplis.

Pour approfondir : sources clés et outils d’action

Pour les élus et responsables d’action publique : privilégier l’analyse périodique (tous les 2 ans) de la mortalité dans votre bassin, et coordonner la réponse santé/prévention/médico-social.

Éléments clés à retenir et ouverture

  • Le Nord et l’Est du pays, les zones rurales en retrait, et certains anciens bassins industriels, concentrent la mortalité prématurée évitable.
  • En Bourgogne-Franche-Comté, Saône-et-Loire et la Nièvre restent très en dessous de la moyenne nationale, les disparités intrarégionales sont fortes.
  • La coordination des acteurs locaux, le ciblage des zones vulnérables, et les actions de prévention de proximité apparaissent comme les leviers les plus efficaces.

La mortalité prématurée évitable permet de révéler, chaque année, la carte actualisée des fragilités de notre région. Ce n’est pas qu’une donnée pour experts, c’est un outil de pilotage pour tous ceux qui s’engagent pour réduire les inégalités de santé dans nos territoires.

À surveiller dans les prochains mois : la dynamique post-pandémique, l’installation durable de nouveaux dispositifs de prévention rurale, la montée possible des problématiques de santé mentale et addictives.

En savoir plus à ce sujet :