La santé publique en Bourgogne-Franche-Comté, expliquée

Mortalité prématurée évitable : qu’en est-il vraiment dans nos territoires de Bourgogne-Franche-Comté ?

Un enjeu national, des réalités locales très contrastées

La mortalité prématurée évitable reste l’un des indicateurs phares du système de santé en France. Derrière ce terme se cachent des décès intervenus avant 65 ans, qui auraient pu être évités soit par une meilleure prévention, soit par un accès plus efficace à des soins de qualité. Ce sont autant de trajectoires de vies interrompues, évitables, qui témoignent des inégalités sociales et territoriales de santé.

Chaque année, selon Santé publique France (SPF), un peu plus de 100 000 décès prématurés sont enregistrés dans le pays, dont une part importante est jugée « évitable ». Or, derrière cette statistique nationale, les écarts entre territoires sont flagrants : le risque de mourir prématurément n’est pas le même en Île-de-France qu’en Creuse, dans le Lyonnais ou à l’extrême-sud de la Bourgogne.

Pourquoi certains territoires sont-ils plus exposés ? À qui la donnée rend-elle service, localement ? Notre collectif fait le point, pour que la veille serve aux choix quotidiens des acteurs régionaux.

L’enjeu de la mortalité prématurée évitable : ce que disent les données nationales

La France se situe depuis plusieurs années au-dessus de la moyenne européenne pour la mortalité prématurée, malgré une amélioration générale. D’après la dernière exploitation des certificats de décès (INSEE, SPF, DREES), la mortalité prématurée représente environ 20 % des décès masculins (contre 10 % chez les femmes). Les causes les plus fréquentes : cancers, maladies cardiovasculaires, accidents, suicides et pathologies en lien avec le mode de vie.

En cause : des déterminants sociaux de santé (revenu, niveau d’éducation, accès à la prévention, conditions de logement) et l’inégale répartition des ressources médicales.

À retenir : les territoires les plus fragiles socialement sont ceux où la mortalité prématurée évitable est la plus forte. Le gradient social est particulièrement net chez les moins de 65 ans.

Mortalité prématurée évitable : quelle situation Bourgogne-Franche-Comté ?

En BFC, la mortalité prématurée évitable affiche des taux supérieurs à la moyenne nationale sur de nombreux territoires. Notre région souffre d’une surmortalité prématurée, en particulier dans ses départements les plus ruraux et dans certains bassins industriels frappés par la désindustrialisation et la précarité.

D’après ARS BFC/Santé publique France (2023) [ORS BFC] :

Point clé : L’espérance de vie à 60 ans, souvent appelée « espérance de vie en bonne santé », varie localement jusqu’à 3-4 ans selon le territoire et le sexe. Dans les zones rurales les plus en difficulté sociale, c’est la mortalité prématurée évitable qui explique une grande partie de ces écarts.

Tableau comparatif régional (données 2021, sources SPF/INSEE/BFC Numerique)

Département Taux de mortalité prématurée évitable(pour 100 000 hab.) Population impactée Dynamique récente
Saône-et-Loire 175 Fortement rurale / ex-industrielle Stable, légère dégradation
Nièvre 170 Rurale isolée Sans amélioration significative
Côte-d’Or 156 Pôle urbain/zone périurbaine vulnérable Légère amélioration
Doubs 146 Mixte urbain-rural Légère baisse
Territoire de Belfort 145 Périurbain/industriel Tendance stable
Haute-Saône 142 Rurale et périurbaine Risque d’augmentation
Jura 140 Rural/zone touristique Stabilité
Yonne 137 Nord BFC, périurbain Légère amélioration

À surveiller dans les prochains mois : impact des difficultés d’accès aux soins (médecins généralistes en baisse, fermetures ponctuelles d’urgences), mais aussi la possible hausse des comportements à risque (alcool, tabac, isolement social), en particulier post-pandémie COVID.

Pourquoi s’y intéresser maintenant ?

La mortalité prématurée évitable reflète l’état de santé global de la population active.

Les données permettent de cibler l’action, à partir d’indicateurs simples :

C’est le socle d’une veille régionale : savoir où agir.

Quels leviers pour agir à notre échelle en Bourgogne-Franche-Comté ?

L’analyse fine des disparités territoriales doit guider les acteurs locaux. La mortalité prématurée évitable n’est pas une fatalité : partout où un plan d’action coordonné a été mis en place, les chiffres chutent de 10 à 20 % en cinq-dix ans (exemple : collectivités labellisées « Villes-santé OMS », actions de la Stratégie nationale de santé).

À partager dans vos réseaux : les dynamiques locales les plus efficaces associent élus, professionnels de santé, associations et habitants autour d’objectifs simples, mesurables, avec un retour régulier aux habitants des progrès accomplis.

Pour approfondir : sources clés et outils d’action

Pour les élus et responsables d’action publique : privilégier l’analyse périodique (tous les 2 ans) de la mortalité dans votre bassin, et coordonner la réponse santé/prévention/médico-social.

Éléments clés à retenir et ouverture

La mortalité prématurée évitable permet de révéler, chaque année, la carte actualisée des fragilités de notre région. Ce n’est pas qu’une donnée pour experts, c’est un outil de pilotage pour tous ceux qui s’engagent pour réduire les inégalités de santé dans nos territoires.

À surveiller dans les prochains mois : la dynamique post-pandémique, l’installation durable de nouveaux dispositifs de prévention rurale, la montée possible des problématiques de santé mentale et addictives.

En savoir plus à ce sujet :