09/03/2026

Mortalité prématurée et comportements à risque : quelles réalités en Bourgogne-Franche-Comté ?

La mortalité prématurée : de quoi parle-t-on ?

Derrière l’expression « mortalité prématurée », on désigne tout décès survenu avant 65 ans. Ce marqueur de santé publique est central : il pointe les décès considérés comme anormalement précoces, ceux qui pourraient souvent être évités. Selon Santé Publique France, près de 120 000 personnes décèdent chaque année de façon prématurée en France, soit environ 20 % de la mortalité totale (Santé publique France).

La Bourgogne-Franche-Comté n’échappe pas à cette réalité : la région compte en moyenne 486 décès prématurés pour 100 000 habitants (données 2022), une situation globalement stable mais qui masque d’importantes disparités géographiques et sociales (INSEE, 2023).

  • Définition utile : La mortalité prématurée évitable regroupe les décès survenus avant 65 ans qui auraient pu être évités par la prévention (comportements de santé) ou par de meilleurs soins (dépistage, prise en charge).

Quels comportements à risque pèsent le plus ?

La littérature converge : quatre axes ressortent comme principaux contributeurs à la mortalité prématurée évitable.

  • Tabac. Principal facteur évitable en France, il est impliqué dans un décès prématuré sur quatre (Tabac Info Service). En Bourgogne-Franche-Comté, la prévalence du tabagisme quotidien atteint 27% chez les 18-75 ans, soit un niveau au-dessus de la moyenne nationale (Santé Publique France, 2022).
  • Alcool. 41 000 décès annuels en France, dont plus d’un tiers prématurés (OFDT). La BFC présente un taux d’hospitalisation pour alcoolisations aiguës parmi les plus hauts de France (ARS BFC, 2023). L’impact est particulièrement fort chez les hommes de 35-54 ans.
  • Alimentation déséquilibrée et inactivité physique. Les régimes riches en sel/sucre/gras, associés au manque d’activité physique, accroissent risques cardiovasculaires et certains cancers. Près de 17% des adultes de la région souffrent d’obésité, avec une surreprésentation dans les territoires ruraux ou socio-économiquement défavorisés (ORS BFC, 2023).
  • Consommation de drogues, comportements à risques routiers, exposition aux produits toxiques. Moins massifs, mais impactant la tranche des plus jeunes adultes : accidents de la route, overdoses, intoxications, etc.
À retenir :
  • Les comportements individuels contribuent fortement à des décès précoces, mais varient selon les territoires et les profils socio-économiques.
  • Leur impact est souvent plus marqué dans les territoires ruraux, les zones à forte précarité et auprès des populations éloignées des dispositifs de prévention.

Mortalité prématurée en Bourgogne-Franche-Comté : que nous disent les chiffres ?

Le rapport 2023 de l’ORS BFC indique que la région se situe dans la moyenne nationale pour la mortalité prématurée. Cependant, certains départements se démarquent :

  • Nièvre, Haute-Saône, Saône-et-Loire : surmortalité prématurée masculine, souvent liée aux comportements à risque (alcool, tabac, accidents).
  • Côte-d’Or et Doubs : taux plus faibles, mais un gradient urbain/rural persistant. Les zones rurales enregistrent 25 à 30% de mortalité prématurée évitable en plus par rapport aux agglomérations principales (Dijon, Besançon).

À noter : la mortalité prématurée évitable, dépendant des comportements, reste supérieure dans les groupes les plus précaires (chômage, bas revenus, isolement). Le facteur social pèse lourd : l’écart d’espérance de vie à 35 ans entre le quintile le plus riche et le plus pauvre atteint 6 ans pour les hommes en France, et se retrouve dans les contrastes régionaux (INSEE, 2022).

Département Mortalité prématurée (pour 100 000)Hommes Mortalité prématurée (pour 100 000)Femmes
Nièvre 569 308
Saône-et-Loire 560 295
Côte-d’Or 471 254
Doubs 460 248

Source : ORS BFC, INSEE 2023

Pourquoi s’y intéresser maintenant ?

Plusieurs signaux d’alerte :

  • Après une décennie de baisse, la mortalité prématurée stagne, voire repart à la hausse chez les jeunes adultes dans certains territoires (notamment liés à la polyconsommation et à la précarité accrue post-Covid).
  • L’écart entre territoires urbains et ruraux s’accroît. Les interventions de prévention sont moins accessibles dans le Haut-Morvan, la Bresse, ou certaines vallées du Jura.
  • Les impacts sociaux et économiques sont majeurs : la mortalité prématurée réduit l’espérance de vie, pèse sur les familles et désorganise le tissu local (pertes d’actifs, familles monoparentales, etc.).
Ce que cela implique pour la BFC :
  • Le tabac reste le levier prioritaire, mais difficile à cibler dans les territoires ruraux isolés, ou auprès des publics précaires.
  • La prévention alcool devrait se renforcer chez les 35-54 ans, particulièrement dans les bassins industriels ou dans certains cantons du sud Bourgogne.
  • Les enjeux alimentaires et d’activité physique concernent toute la région : tant les centres-bourgs que les périphéries urbaines populaires.
  • Les jeunes adultes restent exposés à un cumul de risques : l’enjeu est d’accompagner les transitions de vie (formation, accès à l’emploi, mobilité).

Comment agir : leviers, priorités et acteurs concernés

Intervenir à l’échelle locale : des adaptations indispensables

La clé, c’est d’adapter les réponses au contexte. Par exemple, un programme de prévention du tabac en milieu rural ne prendra pas la même forme qu’en quartier populaire d’agglomération. Voici des pistes éprouvées en région :

  • Pour les collectivités locales (communes, intercommunalités) :
    • Soutenir les actions de dépistage hors les murs : camions itinérants, interventions en maison France Services.
    • Promouvoir une alimentation saine et l’activité physique via des parcours santé, remise en état de gymnases anciens, animations sportives rurales.
    • Intégrer la prévention dans les politiques d’aménagement local (espaces verts, pistes cyclables, accès aux équipements).
  • Pour les acteurs médico-sociaux et professionnels de santé :
    • Repérer plus systématiquement les vulnérabilités (isolement, ruptures de parcours) chez les jeunes adultes et les actifs précaires.
    • Mener des actions combinées (tabac + alcool + précarité : ateliers collectifs de réduction des risques, partenariats avec les missions locales).
    • Valoriser la médiation en santé auprès des publics éloignés des dispositifs classiques.
  • Pour les associations de terrain :
    • Faire le lien entre besoins non formulés (alimentation, mobilité, isolement) et accès à la prévention.
    • Renforcer le repérage précoce des conduites à risque grâce à l’intervention par les pairs ou de bénévoles formés.
À surveiller dans les prochains mois :
  • Effets du plan national de prévention en santé publique 2023-2027 sur les territoires fragiles.
  • Déploiement de la prescription budgétaire “1000 premiers jours” pour accompagner les familles jeunes parentales dans les quartiers et villages éloignés.
  • Appels à projets ARS BFC pour soutenir les initiatives locales autour de la santé mentale et des addictions.

Focus : initiatives inspirantes en Bourgogne-Franche-Comté

  • Saône-et-Loire : mise en place de relais tabac avec présence de pair-aidants dans les marchés de petites communes. Résultats encourageants sur l’engagement dans des démarches de sevrage (ORS BFC).
  • Jura : partenariat entre l’Éducation nationale et la MSA pour des ateliers “santé jeunes” dans les lycées agricoles (tabac, alcool, nutrition). Demande soutenue en milieu rural, impact réplicable dans d’autres départements.
  • Territoire de Belfort : création d’un bus prévention addictions qui circule de village en village, pour toucher les populations éloignées des centres de soins (Source : ARS BFC).

Outils de veille à partager : ressources, chiffres, supports

  • Santé publique France : cartographie interactive de la mortalité prématurée par région et par département.
  • ORS Bourgogne-Franche-Comté : Focus territoriaux, bulletins santé région, atlas des inégalités de santé.
  • INSEE : Espérance de vie, écarts sociaux, bulletins régionaux.
  • Assurance Maladie : Prévention des maladies chroniques, offres locales.

Repères pour l’action collective

  • Les données nationales ne doivent pas masquer les réalités locales : la veille doit être contextualisée pour être utile.
  • Prendre en compte l’ensemble des déterminants : pas seulement le “comportement individuel”, mais aussi le contexte social, l’accessibilité des dispositifs, l’environnement local.
  • Aucun acteur ne peut apporter la réponse seul. Les réseaux interprofessionnels, la coopération associative, la mutualisation avec les collectivités restent déterminants.
  • Face à la stagnation des indicateurs, la mobilisation collective redevient une priorité pour la BFC.

À partager dans vos réseaux : parce que la lutte contre la mortalité prématurée liée aux comportements à risque est l’affaire de tous, et surtout de tous les territoires.

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