17/02/2026

Mortalité prématurée évitable en Bourgogne-Franche-Comté : enjeux, réalités et leviers d’action

Pourquoi parler de mortalité prématurée évitable en BFC en 2024 ?

Chaque année, la France publie des chiffres sur la mortalité prématurée, définie comme les décès survenant avant 65 ans. En Bourgogne-Franche-Comté (BFC), ce sujet prend une résonance particulière. Le dernier rapport de Santé publique France (SPF) montre que notre région reste au-dessus de la moyenne nationale (SPF, 2023). Pourtant, une grande partie de ces décès pourrait être évitée : comportements à risque, accès aux soins, conditions de vie… Les causes sont multiples et affectent nos huit départements de façon très hétérogène.

Agir sur la mortalité prématurée évitable, c’est poser la question de l’équité en santé et de la capacité de chacun, où qu’il vive, à accéder à la prévention et aux soins. Or, la situation n’est pas la même à Cluny, Pontarlier ou Saint-Claude. Un panorama régional est indispensable pour orienter l’action.

Mortalité prématurée évitable : définitions et données clés

La mortalité prématurée évitable correspond aux décès survenus avant 65 ans et attribuables à des facteurs que l’action collective ou individuelle aurait pu prévenir. Selon SPF, elle se divise entre causes évitables par une action sur les comportements (tabac, alcool, alimentation…) et causes évitables par une meilleure prise en charge médicale.

  • En France, 31 % des décès prématurés sont considérés comme évitables (SPF, 2023).
  • En BFC, ce taux monte à près de 35 % selon l’Observatoire régional de la santé (ORS BFC, 2023).
  • Les principaux postes : cancers liés au tabac ou à l’alcool, maladies cardio-vasculaires, morts violentes (accidents, suicides).

Plusieurs déterminants majeurs ressortent :

  • Exposition aux facteurs de risque comportementaux (tabac, alcool, sédentarité…)
  • Précarité socio-économique (revenus, logement, emploi…)
  • Inégalités d’accès à la prévention et aux soins
À retenir
  • En BFC, la mortalité prématurée évitable représente une part importante des décès.
  • Elle est révélatrice à la fois des enjeux de prévention et de l’accessibilité des soins.

Ce que disent les chiffres en Bourgogne-Franche-Comté

Des disparités nettes entre les départements

Département Taux de mortalité prématurée pour 100 000 hab. Part de décès évitables (%)
Nièvre 349 38
Saône-et-Loire 336 36
Doubs 294 33
Jura 317 34
Yonne 321 36

(Source : Atlas régional ARS BFC, d'après certificats de décès 2020-2022)

  • Le taux régional de mortalité prématurée est autour de 320 pour 100 000 habitants (moyenne France : 300).
  • La Nièvre et la Saône-et-Loire sont particulièrement concernées : des réalités marquées par un habitat rural, une surreprésentation des métiers pénibles, et une densité médicale plus faible.
  • Le Doubs, porté par Besançon et ses filières de santé, s’en sort un peu mieux.

Un poids particulier des comportements à risque

Ce que l’on observe dans la région, c’est le rôle déterminant des expositions évitables :

  • Le tabagisme reste plus élevé qu'au national en zone rurale : 27 % des adultes fument quotidiennement en BFC, contre 25 % en France (SPF, 2022).
  • La consommation d’alcool est aussi au-dessus de la moyenne, notamment dans l’Yonne et la Saône-et-Loire.
  • La prévalence de l’obésité est de 18 % en BFC (16 % en France) avec un gradient social net : elle touche davantage les ménages modestes.

Les chocs sanitaires de 2020-2022 ont amplifié certaines fragilités : poussée du mal-être psychique chez les jeunes, augmentation non négligeable des conduites à risque, accès perturbé aux soins de prévention.

Les déterminants sociaux, au cœur des enjeux régionaux

Souvent résumée à des chiffres, la mortalité prématurée évitable est surtout le symptôme de déterminants sociaux de santé insuffisamment pris en compte. Par déterminants sociaux de santé, on entend l’ensemble des conditions dans lesquelles les individus naissent, grandissent, vivent et travaillent, et qui influencent leur santé.

  • Déficit en offre de soins : la Nièvre et le sud de la Saône-et-Loire connaissent depuis des années une raréfaction des professionnels de santé, avec des délais allongés pour l’accès à un médecin traitant.
  • Réseaux de transport et isolement : dans près de 25 % des communes de la région, les trajets pour accéder à un spécialiste dépassent 45 minutes.
  • Précarité et chômage : le taux de pauvreté demeure élevé, surtout dans les zones périurbaines et rurales dépeuplées. Cela limite l’accès aux soins préventifs et engendre davantage de comportements à risque ou un moindre recours au soin.
À retenir
  • Les risques comportementaux ne suffisent pas à expliquer l’essentiel : le socle reste la fragilité sociale, l’offre de soins et le cadre de vie.
  • Travailler la prévention, c’est aussi renforcer la cohésion sociale et l’accès aux droits.

Agir sur les leviers : quelles priorités pour la région ?

1. Mieux cibler la prévention, avec des relais de proximité

Les campagnes nationales ont leurs limites. Concrètement, pour la BFC, l’accès à une prévention efficace dépend des circuits de proximité : scolaires, associations, mairie, centres sociaux.

Des expériences locales montrent l’efficacité de relais de terrain :

  • Le réseau France Services dans la Nièvre intègre progressivement des permanences prévention santé, avec une approche globale (informations sur droits, nutrition, addictions).
  • Dans certaines communautés de communes du Jura, les ateliers cuisine et les “marchés de la santé” ont permis un dépistage précoce de l’hypertension chez les plus de 40 ans, public rarement touché par la prévention classique.
  • Initiatives vers les jeunes en rural (ex: CLAS du Doubs) pour une éducation sur les conduites à risque directement dans les collèges.

À surveiller dans les prochains mois : l’intégration de la filière prévention dans la politique des Systèmes d’Information Régionaux de Santé (SIRS), avec une cartographie des publics prioritaires pour un ciblage des interventions.

2. Réduire les inégalités d’accès et de recours au soin

Les territoires à faible densité médicale doivent être accompagnés par des solutions innovantes :

  • Appui aux dispositifs type Maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), qui facilitent la coordination et l’accès pour des publics en situation de précarité.
  • Déploiement de la téléconsultation dans le sud de la Bourgogne et le nord de la Franche-Comté, permettant de lever des freins liés à la mobilité.
  • Mise à disposition de médiateurs santé dans les quartiers prioritaires et zones rurales.

Le levier des ressources humaines reste capital : la région ne pourra pas avancer sans politiques de fidélisation et formation des professionnels, notamment pour les zones déficitaires de la Montagne du Morvan. Ce sujet doit mobiliser élus, ARS et associations.

3. Travailler sur les conditions de vie, pas seulement sur la santé

L’approche de santé publique actuelle évolue : investir dans la santé des populations, c’est aussi soutenir l’emploi, l’éducation, le logement.

  • Déploiement de programmes d’amélioration de l’habitat (ex : Plan départemental d’action pour le logement des personnes défavorisées en Saône-et-Loire).
  • Soutien aux actions de réinsertion et d’éducation populaire dans le Jura et l’Yonne ; elles réduisent l’isolement social, facteur aggravant la mortalité prématurée.
  • Partenariats entre collectivités et Assurance Maladie pour diffuser des actions ciblées sur le repérage précoce du mal-être psychique.

À partager dans vos réseaux : la BFC innove en croisant les politiques publiques – mais la coordination reste perfectible. La montée en puissance des contrats locaux de santé est un signal encourageant.

Pour aller plus loin : données à suivre, acteurs à mobiliser

Ce panorama de la mortalité prématurée évitable en BFC montre que chaque territoire a ses priorités. Quelques recommandations concrètes, identifiées par l’équipe :

  • Articuler systématiquement prévention générale et actions ciblées sur les publics vulnérables.
  • Soutenir les dynamiques locales déjà engagées (MSP, réseaux associatifs, France Services…)
  • Renforcer la production et le partage de données infra-régionales sur la santé et l’accès aux soins : c’est une demande forte des élus et des professionnels de terrain.
  • Mobiliser les moyens du Fonds d’Innovation Organisationnelle (FIO) sur des actions “hors les murs”, notamment dans les plus petits bourgs de la Nièvre et de la Haute-Saône.
  • Poursuivre l’intégration des enjeux de santé dans les politiques d’aménagement du territoire.
À retenir
  • L’action ne repose pas uniquement sur le secteur santé, mais nécessite un maillage solide entre collectivités, associations, professionnels et citoyens.
  • La veille partagée sur ces sujets reste indispensable pour, ensemble, inverser la tendance.

Pour vos actions, outils et ressources

À explorer, partager, discuter : chaque acteur peut jouer un rôle dans cette bataille silencieuse contre la mortalité prématurée évitable.

En savoir plus à ce sujet :