09/02/2026

Comprendre l’impact croisé de l’âge et du niveau d’éducation sur la santé en Bourgogne-Franche-Comté

Pourquoi lier âge, éducation et santé ? Repenser la prévention à la lumière des inégalités sociales

Les liens entre santé, niveau d’éducation et âge sont connus. Mais ils restent trop souvent envisagés séparément, ou au niveau national, là où chaque territoire a ses réalités et ses urgences. Or, en Bourgogne-Franche-Comté (BFC), régions rurales et territoires urbains cumulent parfois des vulnérabilités spécifiques : vieillissement accéléré dans le Jura et la Nièvre, décrochage scolaire en hausse dans certains quartiers dijonnais ou creusotins, contrastes marqués entre zones urbaines et “déserts médicaux” (source : INSEE).

À l’heure où l’ARS et Santé publique France insistent sur l’approche “déterminants sociaux de santé” (ensemble des conditions de vie qui influencent la santé), comprendre comment l’éducation et l’âge se croisent dans notre région est indispensable :

  • Pour mieux cibler les publics vulnérables ;
  • Pour ajuster les dispositifs régionaux (CPTS, MSP, actions en santé scolaire ou gérontologie) ;
  • Pour anticiper les besoins à dix ans : notre pyramide des âges évolue rapidement, en particulier dans l’Yonne, la Haute-Saône, la Saône-et-Loire ou le Territoire de Belfort.

Les faits : une santé inégale selon le niveau d’éducation

Des écarts marqués… et stables dans le temps

Le niveau d’éducation reste aujourd’hui un puissant facteur prédictif de l’état de santé. Les études de Santé Publique France (SPF) et de la DREES montrent qu’en France, l’espérance de vie à 35 ans d’un homme sans diplôme est inférieure de près de 6 années à celle d’un diplômé du supérieur ; l’écart est de 3,5 ans chez les femmes (source DREES 2023).

En Bourgogne-Franche-Comté, les chiffres sont comparables à la moyenne nationale, avec des différences en interne liées à l’histoire industrielle (bassin minier en Saône-et-Loire, désindustrialisation dans le Territoire de Belfort) ou à la conjoncture démographique. On note également :

  • Une surmortalité prématurée évitable (avant 65 ans et liée à des causes évitables) nettement plus importante chez les personnes peu ou pas diplômées. Un enjeu fort dans le Creusot-Montceau et le nord de la Nièvre (cf. INSEE : géographie de la mortalité).
  • Un recours aux soins moins important chez les moins diplômés, en particulier pour certains dépistages (cancers, diabète… : source ARS-BFC 2022).
  • Un taux de maladies chroniques plus élevé, en lien avec la précarité éducative mais aussi le cumul d’autres facteurs (emploi, logement, isolement social).

Quel impact de l’âge ?

L’avancée en âge amplifie certains effets du niveau d’éducation. Par exemple, la prévalence du diabète ou des maladies cardiovasculaires est significativement supérieure, dès 45-50 ans, chez ceux qui ne possèdent aucun diplôme (cf. SPF – Baromètre santé). Les inégalités de santé mentale, souvent moins visibles, sont aussi concernées : l’accès à la prévention ou à l’accompagnement psychologique reste lié au capital scolaire et social.

Dans une région où plus de 25 % des habitants auront plus de 65 ans d’ici 2030 (projection INSEE), la question des inégalités d’âge recoupe directement les enjeux éducatifs des générations passées et présentes.

Ce que l’on observe dans la région : zoom sur la Bourgogne-Franche-Comté

Des territoires à la croisée des fragilités

À l’échelle de la BFC, certaines réalités s’imposent :

  • Dans le nord de la Saône-et-Loire, la double peine de l’éloignement des soins et d’une proportion très supérieure d’adultes sans diplôme – ces deux facteurs se conjuguent pour aggraver la mortalité évitable.
  • Nièvre et Jura : vieillissement de la population, jeunes générations moins nombreuses et taux d’abandon scolaire plus élevés dans certains secteurs.
  • Zones périurbaines de l’Yonne et de la Côte-d’Or : profils encore contrastés, mais avec une part croissante de jeunes “NEET” (ni en emploi, ni en études, ni en formation), signal précoce de risques sanitaires différés.

Tableau : Quelques chiffres-clés régionaux

Indicateur BFC France entière Source
Part des 25-64 ans sans diplôme 16 % 15,4 % INSEE 2021
Espérance de vie à 65 ans (femmes) 22,5 ans 22,8 ans INSEE 2022
Mortalité prématurée (moins de 65 ans) 190 pour 100 000 176 pour 100 000 ARS BFC
Taux de personnes âgées vivant seules 28 % 26 % INSEE 2020
Dépistage organisé cancer colorectal 34 % 33 % Assurance Maladie 2022

À retenir : Partout, les moins diplômés ou les seniors isolés sont davantage exposés à des risques cumulés (santé, précarité, isolement).

Décrypter : Ce que ces disparités signifient en action pour les acteurs régionaux

Concrètement, pour la BFC : leviers et priorités

  • Les acteurs de la prévention : Priorité à l’aller-vers dans les zones rurales vieillissantes. Cela suppose des équipes mobiles, l’appui des CPTS (Communautés professionnelles territoriales de santé) et le contact avec les associations locales.
  • Les collectivités locales : Meilleure articulation entre politique jeunesse (lutte contre le décrochage), et politiques seniors (lutte contre l’isolement, prévention en EHPAD ou à domicile). Les initiatives intergénérationnelles ont un impact prouvé (cf. études du réseau Monalisa).
  • Les établissements scolaires et universitaires : Prévenir l’exclusion dès l’école. Les démarches d’éducation à la santé doivent être adaptées aux territoires où l’abandon scolaire reste élevé, ou où l’accès aux dispositifs de santé scolaire est difficile.
  • Les professionnels de santé : Intégrer systématiquement le volet social dans l’accueil des patients âgés peu diplômés, souvent moins autonomes face au système de soins numérique ou face aux démarches administratives.

À surveiller dans les prochains mois :

  • L’impact des nouvelles mesures de l’Assurance Maladie pour le repérage précoce des fragilités sociales chez les plus de 60 ans.
  • Les expérimentations régionales en télémédecine : attention à ne pas creuser la fracture numérique pour les plus éloignés des outils digitaux.
  • Les résultats régionaux du programme “1000 premiers jours” (enfance, santé et accompagnement parental) et leur intégration dans les zones où l’accès à l’éducation est plus difficile.

Pourquoi s’en préoccuper maintenant : enjeux d’avenir

La Bourgogne-Franche-Comté connaît un vieillissement démographique accéléré, mais ce vieillissement est socialement différencié. Selon la DREES, les baby-boomers moins diplômés arrivent aujourd’hui dans le “grand âge”, avec des antécédents de précarité, de chômage ou de métiers pénibles plus fréquents que la génération précédente. Cela se traduira par des besoins accrus (accompagnement médico-social, adaptation des parcours de soins, lutte contre la perte d’autonomie).

Dans les territoires où le taux d’exclusion scolaire reste élevé, ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui cumuleront demain fragilités économiques et sanitaires. Un enjeu pour les politiques jeunesse, mais aussi pour les réseaux locaux de santé (contrats locaux de santé, SIR, etc.).

À retenir pour l’action :

  • Les écarts de santé liés à l’âge et à l’éducation ne sont pas une fatalité : ils appellent des réponses territorialisées, décloisonnées, co-construites.
  • Le défi n’est pas tant d’augmenter les moyens que d’adapter les méthodes : aller-vers les publics “hors radar”, renforcer les ponts entre prévention, social, médico-social.
  • Partager largement ces constats, pour faire de la veille un levier de décision (n’hésitez pas à relayer cet article dans vos réseaux : c’est le premier pas).

Ressources et sources pour approfondir

La compréhension de ces déterminants croisés est un atout pour bâtir une région plus solidaire et plus efficace en santé publique. À partager dans vos réseaux – et à intégrer dans chaque réflexion territoriale où l’on travaille pour et avec les habitants.

En savoir plus à ce sujet :