04/02/2026

Niveau de vie, emploi et santé : que révèle la Bourgogne au-delà des moyennes nationales ?

Pourquoi relier niveau de vie, emploi et santé dans nos territoires ?

Relier les données de santé à celles du niveau de vie et de l’emploi n’est jamais anodin. C’est en croisant ces facteurs que l’on comprend les vraies marges de manœuvre pour agir, particulièrement dans des départements où les écarts sont parfois masqués par la “moyenne régionale”. Or, les publications récentes de l’INSEE et de Santé publique France rappellent que les inégalités sociales de santé persistent, voire s’accentuent, sur nos territoires. La question est donc centrale pour la Bourgogne, un espace de villes moyennes et d’espaces ruraux où ces effets de seuil se font particulièrement sentir.

Chiffres-clés : photographie sociale et sanitaire de la Bourgogne

Focus départements de la Bourgogne “historique” (Côte-d’Or, Saône-et-Loire, Nièvre, Yonne) — 1,2 million d’habitants (Insee).

  • Revenu médian annuel 2021 : Côte-d’Or : 23 000€ ; Yonne : 21 200€ ; Saône-et-Loire : 20 850€ ; Nièvre : 20 200€ (INSEE Revenus 2023).
  • Taux de chômage 2022 : Côte-d’Or : 6,2% ; Saône-et-Loire : 7,5% ; Yonne : 8,1% ; Nièvre : 7,7% (Dares, septembre 2023).
  • Espérance de vie à 35 ans : Pour les femmes, de 49 à 50,5 ans selon le département ; pour les hommes, de 43 à 45,5 ans (INSEE, 2023).
  • Part des bénéficiaires de la Complémentaire Santé Solidaire (CSS) : Yonne : 13 % ; Nièvre : 14,8 % ; Saône-et-Loire : 13,5 % ; Côte-d’Or : 10,2 % (Assurance Maladie 2022).

Ce que l’on observe dans la région : un gradient nord-sud, avec la Côte-d'Or plus favorisée que la Nièvre, mais des enjeux propres à chaque territoire. L’écart entre la population active, les retraités et les publics précaires rythme aussi les dynamiques locales.

Les déterminants sociaux de santé : explications et repères pour agir

On parle de déterminants sociaux de santé pour désigner tous les facteurs non médicaux influençant l’état de santé (conditions de vie, niveau d’études, emploi, environnement). L’ensemble des études converge : le niveau de vie et la stabilité professionnelle ont un impact direct sur l’état de santé et l’espérance de vie, avec parfois plus de 10 ans d’écart entre groupes sociaux extrêmes (Santé publique France).

  • Des revenus inférieurs, c’est souvent des soins retardés ou renoncés (parfois jusqu’à 20 % de la population dans la Nièvre ; Assurance Maladie 2022).
  • Le chômage ou l’emploi précaire s’accompagnent plus souvent de troubles dépressifs, de maladies chroniques non suivies, de manque d’accès à la prévention.
  • La ruralité accentue certains obstacles : temps d’accès aux soins multiplié par deux ou trois par rapport à une métropole (ex. : 15 min pour voir un généraliste à Dijon, contre 35 en moyenne en puisaye ou dans le Charolais).

Concrètement, pour la BFC, cela signifie que la bataille pour la santé ne se joue pas seulement dans les hôpitaux, mais dans les politiques de logement, d’emploi, de mobilité, d’accès aux droits sociaux...

Comparaisons départementales : des dynamiques contrastées, des vulnérabilités spécifiques

Département Niveau de vie Taux de chômage Mortalité prématurée (pour 100 000 hab., avant 65 ans) Part zones sous-denses médicalement
Côte-d’Or Le plus élevé (rôle de Dijon) 6,2% 280 (moyenne nationale : 297) 25%
Saône-et-Loire Moyen-bas, poches rurales défavorisées 7,5% 315 38%
Yonne Bas, inégalités marquées Est/Ouest 8,1% 298 40%
Nièvre Le plus bas 7,7% 343 55%

À retenir :

  • La Nièvre cumule vulnérabilités : plus de la moitié du territoire classé comme “zone d’intervention prioritaire” par l’ARS pour la démographie médicale (ARS Bourgogne, 2024), mortalité prématurée parmi les plus élevées de France métropolitaine.
  • Saône-et-Loire oscille entre pôles industrialo-urbains (Le Creusot, Montceau) et ruralité isolée, produisant des enjeux d’accès aux soins et de mobilité sanitaire.
  • L’Yonne paie le prix d’un vieillissement accéléré de la population et d’une exode vers la Région parisienne, conjuguant isolement rural et difficultés socio-économiques marquées (INSEE, 2023).
  • La Côte-d’Or bénéficie du dynamisme de Dijon, mais de fortes inégalités subsistent dans le Châtillonnais ou la Plaine dijonnaise.

Quels impacts sur l’état de santé ? Quelques repères précis

Santé publique France montre que le chômage prolonge l’exposition aux risques : forte prévalence du tabagisme quotidien (+9 points dans les publics au chômage en Bourgogne), retards de dépistages (cancers, diabète) supérieurs de 15 à 20 % dans les foyers précaires, maladies chroniques moins bien contrôlées.

Ce que cela implique pour la région :

  • Risque d’aggravation des pathologies cardiovasculaires, cancers évitables, diabète non pris en charge, chez les publics les plus fragiles. Ex. : la Nièvre et la Saône-et-Loire ont un taux de décès “évitables” (liés à une prise en charge médicale ou à la prévention insuffisante) supérieur de 20 % à Dijon (INSEE 2023).
  • Vieillissement de la population et isolement social accroissent la vulnérabilité, notamment dans l’Yonne et la Nièvre, où l’offre d’aide à domicile et de structures de prévention reste sous-dimensionnée.
  • Les enfants issus de familles en précarité concentrent, dès le plus jeune âge, davantage d’obésité, de retards vaccinaux ou de difficultés psychiques non repérées (Protection Maternelle et Infantile, 2023).

Agir sur les leviers socio-économiques : quelles actions possibles en Bourgogne ?

L’amélioration de l’état de santé collectif passe par des réponses multisectorielles. Plusieurs démarches locales sont déjà en cours dans notre région :

  • Santé scolaire et PMI renforcées : Déploiement d’équipes mobiles dans les zones rurales et semi-urbaines, pour repérer plus tôt les difficultés et limiter le non-recours aux soins (ex. : Saône-et-Loire, programme ARS 2023-2025).
  • Accompagnement au retour à l’emploi : Dispositifs d’insertion avec prise en compte des troubles psychiques, ateliers santé pour les demandeurs d’emploi de longue durée (réseau Missions Locales, notamment dans l’Yonne).
  • Soutien à la mobilité : Mise en place de navettes santé et plateformes d’accompagnement social/médical en milieu rural (Nièvre, Saône-et-Loire).
  • Programmes locaux de prévention : Ateliers diététiques, campagnes de dépistage ciblées (Yonne, zones périurbaines), lutte contre le non-recours aux droits via des permanences de proximité.
  • Expérimentation “territoires zéro non-recours” : Interventions coordonnées Maison France Services, CPAM, associations dans certains cantons en difficulté, avec premiers effets sur la couverture complémentaire et l’accès aux soins préventifs (ex. : Puisaye).

À surveiller dans les prochains mois : la généralisation des permanences sociales/santé mobiles, le soutien accru aux professionnels de santé isolés, et l’évaluation réelle de l’impact de ces mesures sur la morbidité/mortalité évitables à l’échelle départementale.

Pour qui est-ce crucial ? Points d’alerte sur le terrain

Tous les acteurs locaux sont concernés, mais certains doivent particulièrement s’emparer du sujet :

  • Collectivités locales : structuration de plans territoriaux de santé, articulation emploi/logement/santé, lutte contre l’isolement.
  • Professionnels des centres sociaux, CCAS et associations : repérage des publics en non-recours, relais pour l’accès aux droits et la prévention.
  • Services de santé au travail et entreprises locales : intégration de la dimension santé dans l’insertion professionnelle, lutte contre l’exclusion par l’emploi.
  • Élus, ARS, Assurance Maladie : mise en visibilité des vulnérabilités spécifiques de chaque territoire dans les diagnostics locaux.

Notre conseil : s’appuyer sur des outils existants (SIRS, cartographies INSEE ou ARS), mutualiser l’information régionale, et valoriser les innovations locales, même modestes.

Résumé opérationnel et pistes pour renforcer la cohésion santé/social/emploi en Bourgogne

  • Oui, le lien niveau de vie-emploi-santé est très marqué dans nos départements, mais il ne se résume pas à une question de moyens : il appelle un décloisonnement des politiques publiques et un portage commun des élus, professionnels et associatifs.
  • Lutter contre les inégalités de santé, c’est agir autant sur le non-recours aux droits que sur la démographie médicale, sur le soutien à l’insertion professionnelle comme sur la prévention santé à l’école ou dans les quartiers sensibles.
  • Sans initiatives concrètes, l’écart va se creuser, notamment dans les territoires déjà en marge.
  • La Bourgogne a des marges de progression : forte structuration associative, présence de réseaux santé/emploi actifs, capacité à tester des démarches innovantes (actions communales, intercommunalités).

À partager dans vos réseaux : pour que chaque territoire puisse s’inspirer, interpeller et se mobiliser sur ses propres leviers.

Sources :

  • INSEE Bourgogne-Franche-Comté (revenus, emploi, démographie, atlas régionaux)
  • Santé publique France (Baromètre santé 2021, Fiches Inégalités de santé, Rapports régionaux)
  • ARS Bourgogne-Franche-Comté (diagnostics territoriaux, SIRS, cartographie des zones sous-denses)
  • Assurance Maladie (rapport CSS, données précarité et renoncement aux soins)
  • Protection Maternelle et Infantile, Conseils départementaux, Dares

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