21/02/2026

Mortalité prématurée évitable : où agir en priorité en Bourgogne-Franche-Comté ?

Pourquoi s’intéresser à la mortalité prématurée évitable en Bourgogne-Franche-Comté ?

La question de la mortalité prématurée évitable est centrale pour qui agit sur le terrain de la santé publique. Cette forme de mortalité regroupe les décès survenus avant 65 ans et liés à des causes que la prévention ou le système de santé auraient pu éviter.

La Bourgogne-Franche-Comté (BFC) n’échappe pas à la règle nationale : malgré les avancées médicales, notre région reste marquée par des inégalités fortes et une mortalité prématurée élevée dans certains territoires. Selon Santé publique France (SPF), plus de 40 % des décès prématurés sont « évitables » dans l’absolu. Pour les professionnels de la région et les décideurs locaux, comprendre ces causes, c’est pouvoir agir sur les bons leviers.

  • Outil clé pour la planification territoriale de santé.
  • Indicateur d’efficacité et d’équité des actions locales.
  • Baromètre des inégalités sociales et territoriales.

Définition et indicateurs : de quoi parle-t-on ?

La mortalité prématurée évitable, selon l’INSEE (INSEE) et Santé publique France, désigne les décès évités soit par la prévention primaire (réduction du tabac, alcool, accidents…), soit par des soins de meilleure qualité ou plus précoces :

  • Mortalité évitable par la prévention : décès dus à des facteurs de risque connus : comportements (tabac, alcool), environnement, alimentation, etc.
  • Mortalité évitable par les soins : décès dus à une détection ou un traitement insuffisant (ex. : cancers dépistables, maladies cardiovasculaires).

En BFC, comme ailleurs, on estime la part de décès prématurés évitables à environ 13-14 pour 10 000 habitants, soit plus de 2 000 décès annuels (Etude SPF 2023).

Ce que l’on observe dans la région : panorama des causes principales

1. Les cancers liés au mode de vie : un poids considérable

Le cancer reste la première cause de mortalité prématurée évitable en BFC — comme au niveau national. Près d’un décès prématuré sur deux par cancer pourrait être évité, en particulier ceux attribués au tabac et à l’alcool.

  • Cancer du poumon : taux de mortalité prématurée plus élevé qu’en moyenne nationale dans la Nièvre et l’Yonne – ici, la prévalence tabagique est supérieure à la moyenne française.
  • Cancers des voies digestives : corrélation forte avec la consommation d’alcool, observée notamment dans la Côte-d’Or et la Saône-et-Loire.

À retenir : La BFC affiche, selon l’INCA, une surmortalité par cancer évitable de 10 % par rapport à la moyenne nationale pour les hommes, principalement en secteur rural.

2. Les maladies cardiovasculaires : une réalité (trop) discrète

Les maladies de l’appareil circulatoire (infarctus, AVC) figurent en bonne place, avec une évolution contrastée selon les territoires :

  • Saône-et-Loire, Nièvre, Jura : taux plus élevés, particulièrement chez les personnes vivant dans des territoires à faible densité médicale.
  • Facteurs associés : tabac, hypertension, alimentation peu équilibrée, difficultés d’accès à une prise en charge rapide (notamment en dehors des grandes agglomérations).

Point d’alerte : le Haut-Doubs et le Pays Nivernais Morvan affichent régulièrement des indicateurs supérieurs à la moyenne BFC.

3. Les causes externes : accidents, suicides et violences

La mortalité par causes externes (accidents de transport, chutes, suicides, intoxications) représente près de 20 % de la mortalité prématurée évitable (ORS BFC).

  • Suicides : la BFC se classe dans le tiers supérieur des régions françaises ; chiffres particulièrement préoccupants dans le Jura et la Nièvre, surtout chez les hommes de moins de 45 ans.
  • Accidents de la route : risque accru chez les jeunes hommes, notamment en zone rurale ou péri-urbaine (déplacements domicile-travail, infrastructures routières, alcool…)

À surveiller dans les prochains mois : Les chutes mortelles chez les adultes jeunes et d’âge moyen (professionnels agricoles, ouvriers…), un sujet encore sous-documenté localement.

4. Les maladies chroniques liées à l’environnement et à l’habitat

On parle ici d’asthme, de BPCO, d’infections respiratoires aggravées par la pollution atmosphérique, le chauffage domestique (bois), l’habitat insalubre. La région, avec ses bassins industriels (Nord Franche-Comté) et la précarité énergétique dans de nombreux secteurs ruraux, n’est pas épargnée.

  • Zones de vigilance : Territoire de Belfort, agglomération dijonnaise, vallée de l’Ognon.

Selon l’Observatoire régional de la santé (ORS), les épisodes de pollution participent à une surmortalité estimée à 350 décès prématurés par an en BFC.

Zoom sur les déterminants sociaux de la mortalité prématurée évitable

L’analyse des causes ne peut se faire sans aborder les déterminants sociaux de santé, c’est-à-dire les conditions de vie et de travail qui influencent les risques de maladie ou d’accident.

  • Défavorisation sociale et rurale : les décès évitables sont plus fréquents là où la précarité est plus forte (départements de la Nièvre, Haut-Doubs rural, sud de l’Yonne).
  • Densité médicale : un accès insuffisant à la prévention et aux soins (zones sous-dotées) augmente la probabilité de décès évitables par maladies chroniques ou aiguës.
  • Habitudes de vie : influence majeure du niveau d’études, de l’environnement social et professionnel sur les comportements à risque.

Pour aller plus loin, l’ORS BFC publie régulièrement des diagnostics précieux à l’échelle des intercommunalités.

Qui est concerné et comment agir ?

Le combat contre la mortalité prématurée évitable n’est pas réservé aux seuls professionnels de santé. Plusieurs leviers relèvent de différents acteurs locaux – voici notre panorama utile.

  • Collectivités territoriales : programmation de politiques de prévention (mobilités douces, lutte contre l’alcoolisation festive, rénovation de l’habitat), soutien aux structures de dépistage mobile ou de médiation en santé.
  • Établissements scolaires et universitaires : campagnes d’information et de prévention, accompagnement spécifique sur les addictions et les conduites à risque chez les jeunes.
  • Associations locales, acteurs du médico-social : interventions “hors les murs”, accès aux soins pour publics précaires et invisibles, lutte contre l’isolement (suicides, accidents domestiques).
  • Professionnels de premier recours : développement du repérage précoce (addictions, troubles psychiques, facteurs cardio-vasculaires), mobilisation des réseaux territoriaux.
Cause principale Acteurs prioritaires Exemples d’actions concrètes
Cancers liés au mode de vie Collectivités, associations, professionnels de santé Promotion du sevrage tabagique, sensibilisation dans les lycées, accès facilité au dépistage
Maladies cardio-vasculaires Médico-social, PMI, médecins généralistes Ateliers nutrition, dépistage de l’hypertension en commune rurale
Suicides, causes externes Associations, écoles, mairies Cellules d’écoute, formation aux premiers secours psychologiques
Maladies liées à l’environnement Collectivités, ARS, associations Alerte pollution, rénovation de l’habitat précaire, information sur la qualité de l’air

Points saillants et vigilance pour les années à venir

  • La crise du système de soins (manque de médecins, services hospitaliers sous tension) complique la lutte contre la prévention dite “évitable”. Une attention particulière doit être maintenue dans les territoires éloignés des pôles urbains.
  • La hausse des conduites à risque chez les jeunes, notamment dans le sport auto/moto amateur, les soirées étudiantes et le binge drinking, mérite une stratégie locale, spécifique et renouvelée.
  • Changement climatique et inégalités territoriales s’entrecroisent : les populations vulnérables (habitants des “pays du sommeil”, zones périurbaines vieillissantes) seront les plus à risque si la coordination locale ne s’améliore pas.

À retenir – Pour prolonger la veille

  • En Bourgogne-Franche-Comté, la majorité des décès prématurés évitables sont liés à des facteurs connus (tabac, alcool, alimentation, accès aux soins) — mais avec des réalités différentes entre la Nièvre rurale, la Côte-d’Or urbaine et le Haut-Doubs isolé.
  • Les interventions efficaces sont celles pensées dans la proximité, au contact des réalités régionales, via un maillage d’acteurs locaux à l’écoute de la diversité des terrains.
  • Pour suivre les dynamiques, l’équipe recommande la consultation régulière des outils de l’ORS BFC et des publications de Santé publique France sur la région.
  • À partager dans vos réseaux départementaux ou communaux : une veille partagée, c’est aussi une région mieux protégée.

Pour toute demande d’éclairage chiffré sur un territoire, l’équipe reste mobilisée pour aiguiller collectivités, professionnels de terrain et associations.

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