04/04/2026

Mortalité prématurée : cartographie des départements les plus touchés et enjeux pour la Bourgogne-Franche-Comté

Définir la mortalité prématurée : de quoi parle-t-on ?

La mortalité prématurée désigne les décès survenus avant 65 ans, selon la définition retenue par Santé publique France et l’INSEE. Cet indicateur est un marqueur fort de l’état de santé d’une population car il regroupe essentiellement des morts considérées comme « évitables », c’est-à-dire liées à des comportements, à l’organisation du système de soins, à l‘environnement social ou professionnel.

En France, la mortalité prématurée représente environ un décès sur cinq, toutes causes confondues. Depuis une décennie, la tendance générale est à la baisse, mais les écarts entre territoires — et selon les catégories sociales — persistent, voire s’accentuent dans certains cas (source : SPF, données 2023).

La situation nationale : des contrastes persistants

Selon les chiffres récemment publiés par l’INSEE et Santé publique France (2023), l’hexagone n’est pas homogène. Les taux les plus élevés de mortalité prématurée se concentrent dans les régions du Nord et du Nord-Est, ainsi que dans certains départements ruraux où l’accès aux soins est plus difficile.

  • Le Nord (59) et le Pas-de-Calais (62) figurent systématiquement parmi les départements où la mortalité prématurée est la plus élevée, avec des taux dépassant 240 décès pour 100 000 habitants de moins de 65 ans.
  • La Seine-Saint-Denis (93) présente également un des taux les plus hauts de France métropolitaine, clairement lié à la concentration des déterminants sociaux défavorables.
  • Les Ardennes, la Meuse ou la Creuse affichent régulièrement des taux supérieurs à 210 pour 100 000 habitants, confirmant le poids de l’isolement rural et du vieillissement prématuré.
Département Taux de mortalité prématurée (pour 100 000 habitants < 65 ans) Dynamique récente
Nord (59) 242 Stable
Pas-de-Calais (62) 236 Légère baisse
Seine-Saint-Denis (93) 227 En très légère augmentation
Ardennes (08) 217 Stable
Creuse (23) 215 Sensibilité à l’évolution démographique

Sources : Santé publique France, INSEE, données 2022-2023.

Quelles causes derrière cette surmortalité prématurée ?

  • Les cancers restent la première cause de mortalité prématurée (environ 40%).
  • Les maladies cardiovasculaires arrivent en deuxième position, suivies des accidents et des suicides.
  • Dans les départements à taux élevé, on note une part importante de décès liés à des comportements à risque : tabac, alcool, alimentation déséquilibrée.
  • Le cumul des déterminants sociaux de la santé — précarité, chômage, accès inégal aux soins de prévention — joue un rôle structurant.

Concrètement, pour la Bourgogne-Franche-Comté : où en est-on ?

En Bourgogne-Franche-Comté, la mortalité prématurée est globalement proche de la moyenne nationale. Mais là aussi, des disparités marquées existent. Les derniers chiffres régionaux (Santé publique France, Bilan régional 2023) font ressortir plusieurs points de vigilance.

  • La Nièvre figure en tête des départements BFC pour la mortalité prématurée, avec un taux supérieur à 210 pour 100 000 habitants de moins de 65 ans.
  • La Saône-et-Loire et le Territoire de Belfort affichent également des indicateurs inquiétants, frôlant ou dépassant ponctuellement les 200 pour 100 000.
  • Les départements urbains comme le Doubs ou la Côte-d’Or présentent des taux plus modérés, généralement autour de 180-190 pour 100 000.

L’écart entre la Nièvre et le Jura, par exemple, illustre la diversité de la région — le Jura oscillant autour de 170 tandis que la Nièvre reste à un niveau élevé malgré une population plus petite (voir ci-dessous).

Département BFC Taux de mortalité prématurée (pour 100 000 habitants < 65 ans) Part des décès évitables
Nièvre 215 61%
Saône-et-Loire 202 59%
Territoire de Belfort 198 58%
Côte-d’Or 185 55%
Jura 172 53%

Sources : Santé publique France, bilans annuels régionaux, 2022-2023.

À retenir : les déterminants locaux pèsent lourd

  • Les territoires ruraux de la BFC, notamment la Nièvre et une partie de la Saône-et-Loire, combinent précarité, vieillissement précoce et faible densité médicale, un triptyque qui alimente une mortalité prématurée élevée.
  • En zones urbaines ou périurbaines, certains quartiers cumulant précarité et inégalités territoriales (en périphérie de Dijon, Besançon…) sont aussi des points à surveiller.
  • Le Territoire de Belfort, bien que plus petit, subit l’effet de « frontières » socioprofessionnelles et un accès inégal à la prévention.
À retenir :
  • La mortalité prématurée n’est pas une fatalité : 2 décès sur 3 pourraient être repoussés ou évités, notamment par la lutte contre le tabac, la prévention cardiovasculaire, et de meilleures politiques de dépistage.
  • L’approche territoriale doit être privilégiée : l’échelon départemental, voire communal, est le plus pertinent pour cibler les actions.

Pourquoi s’intéresser à la mortalité prématurée maintenant ?

  • Les plans régionaux de santé (Projet régional de santé BFC 2023-2028) mettent pour la première fois la réduction de la mortalité prématurée parmi les trois priorités régionales d’action.
  • La pandémie de Covid-19 a fragilisé les parcours de prévention, augmenté l’isolement de certaines populations, et accentué le besoin de rattrapage en dépistage et suivi chronique.
  • L’impact du vieillissement n’a pas encore donné toute sa mesure : anticiper sur les générations qui arrivent à 50-60 ans aujourd’hui sera décisif d’ici dix ans.

Qui est concerné, qui peut agir ?

Les collectivités locales, les élus, les associations de prévention, les professionnels des soins primaires, les acteurs de l’éducation et du monde du travail. Chacun peut intervenir à son niveau :

  • Les élus et collectivités peuvent structurer les plans locaux de santé publique pour toucher les publics les plus exposés (projets territoriaux de santé, contrats locaux de santé…)
  • Les établissements et professionnels de santé ont un rôle central dans le repérage précoce, le dépistage et l’accompagnement.
  • Le tissu associatif est indispensable pour l’aller-vers, particulièrement en zones rurales ou auprès des personnes en précarité.

Ce que l’on observe dans la région : axes de vigilance et pistes pour agir

  • Accroître l’accessibilité aux soins primaires, en particulier dans les zones sous-denses comme la Nièvre.
  • Renforcer les actions de prévention ciblée sur l’alcool, le tabac et la santé alimentaire dans les territoires où la mortalité évitable est la plus présente.
  • Développer le repérage précoce des facteurs de risque chez les actifs précaires et les personnes isolées.
  • Soutenir l’engagement des acteurs locaux à travers des financements adaptés et une véritable coordination inter-institutionnelle.
  • Promouvoir la santé au travail et la prévention des risques professionnels, notamment dans les secteurs industriels du Creusot-Montceau ou du nord du Doubs.

À surveiller dans les prochains mois

  • Les premiers retours d’évaluation des contrats locaux de santé mis en place dans plusieurs territoires pilotes.
  • L’impact des campagnes de dépistage reprogrammées post-Covid sur la détection de cancers précoces.
  • L’évolution des inégalités d’accès aux soins, notamment avec le déploiement des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS).
  • Les données actualisées sur les causes dites « évitables » de décès prématuré dans la région.
À partager dans vos réseaux :
  • La mortalité prématurée reste un indicateur puissant des déséquilibres sociaux et territoriaux.
  • En Bourgogne-Franche-Comté, la diversité des réalités départementales invite à décliner la prévention au plus près du terrain.
  • Des ressources existent pour accompagner la veille et l’action locale (voir : ARS BFC, Réseaux départementaux de santé, Santé publique France).

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