16/08/2026

Maladies cardiovasculaires : où la Bourgogne-Franche-Comté est-elle le plus exposée ?

Une réalité nationale… avec des visages locaux bien singuliers

Les maladies cardiovasculaires restent aujourd’hui l’une des principales causes de mortalité en France, représentant environ 140 000 décès par an selon Santé publique France. Ce constat national, lourd par son ampleur, masque pourtant des réalités bien différentes selon les territoires. Facteurs socio-économiques, environnement, accès aux soins et modes de vie façonnent une “géographie du risque” qu’on ne peut ignorer, surtout lorsqu’on s’intéresse à une région aussi hétérogène que la Bourgogne-Franche-Comté (BFC).

Sur le terrain, la notion de “maladies cardiovasculaires” regroupe plusieurs pathologies : infarctus du myocarde, accidents vasculaires cérébraux (AVC), insuffisance cardiaque… Toutes ont en commun leurs liens avec le vieillissement, mais aussi une forte influence des déterminants sociaux de santé (c’est-à-dire, des facteurs comme le revenu, le niveau d’éducation, l’isolement social ou la précarité).

Des écarts nets entre départements : que nous disent les chiffres régionaux ?

La BFC se situe un peu au-dessus de la moyenne nationale en matière de mortalité cardiovasculaire : 318 décès par 100 000 habitants contre 297 en France métropolitaine (Données CépiDC, 2021). Mais cette moyenne dissimule de fortes disparités internes.

  • Nièvre  : c’est le département le plus frappé, avec une surmortalité cardiovasculaire d’environ 25 % par rapport à la moyenne nationale (source : ARS BFC, Atlas 2021). On compte près de 380 décès pour 100 000 habitants, bien au-delà des départements urbains.
  • Saône-et-Loire : également très touchée, notamment dans ses territoires ruraux et semi-ruraux. Le taux est stable, autour de 350 décès pour 100 000.
  • Doubs, Côte-d’Or, Territoire de Belfort : les trois affichent des taux un peu inférieurs à la moyenne régionale, avec un gradient urbain/rural marqué à l’intérieur même des départements.
  • Jura et Haute-Saône : ces départements sont intermédiaires, mais affichent parfois des “pics” localisés dans certaines zones d’isolement médical ou de précarité accrue.

À l’échelle régionale, l’INSEE confirme que la mortalité prématurée (avant 65 ans) d’origine cardiovasculaire est plus fréquente dans les zones à faible densité médicale, où l’accès rapide à un plateau technique ou à un spécialiste lors d’un accident est plus difficile.

Tableau : Taux de mortalité cardiovasculaire standardisée (2021, décès pour 100 000 habitants)

Département Taux de mortalité cardiovasculaire
Nièvre ~380
Saône-et-Loire ~350
Jura ~320
Haute-Saône ~315
Territoire de Belfort ~290
Doubs ~280
Côte-d’Or ~270

Pourquoi de tels écarts ? Déterminants locaux et profils à haut risque

Les écarts entre départements et bassins de vie en Bourgogne-Franche-Comté s’expliquent par plusieurs facteurs cumulatifs :

  • Vieillissement démographique : la Nièvre, la Haute-Saône ou le Jura se distinguent par une population parmi les plus âgées de France, donc mécaniquement plus exposée aux maladies chroniques.
  • Isolement rural : plusieurs études (dont Atlas ARS 2023) montrent que l’éloignement des structures spécialisées retarde parfois la prise en charge d’un infarctus ou d’un AVC. Or, chaque minute compte : on estime qu’un retard de 1 heure multiplie les séquelles définitives.
  • Précarité et déterminants sociaux : en Saône-et-Loire notamment, les quartiers ou secteurs ruraux les plus fragilisés cumulent des facteurs de risque – diabète, HTA (hypertension artérielle), obésité – souvent moins bien dépistés ou suivis.
  • Habitudes de vie : alimentation déséquilibrée (territoires de “mixité alimentaire”), taux de tabagisme plus élevé (INCa, 2022), faible pratique d’activité physique… tout cela génère des risques accrus.

Point d’attention : la situation évolue. On observe une amélioration des prises en charge à l’hôpital (notamment grâce aux réseaux de télé-expertise, Portail SANTEL, etc.), mais le dépistage reste en deçà des recommandations, surtout dans les territoires multipliant les barrières d’accès (mobilité, coûts, fracture numérique).

Concrètement, pour la BFC : des priorités d’action à affirmer

À l’échelle des collectivités, des professionnels de santé et des acteurs associatifs, ces données appellent à des choix concrets :

  • Renforcer la prévention primaire : le travail éducatif dans les écoles rurales, les campagnes spécifiques à destination des publics fragiles ou isolés (ex : actions menées par la MSA auprès des agriculteurs ou des travailleurs saisonniers en Saône-et-Loire).
  • Améliorer l’accès aux soins d’urgence : il s’agit d’optimiser l’accès au 15, de déployer des défibrillateurs en zone rurale, d’accompagner les maires pour la mise en œuvre des parcours de soins “AVC” (formation gestes qui sauvent, sensibilisation aux symptômes).
  • Encourager le dépistage : mise en synergie des campagnes Assurance Maladie, ARS et Réseaux locaux pour le repérage des hypertendus, diabétiques, personnes obèses, en mairie ou lors d’évènements associatifs.
  • Recruter et fidéliser les professionnels de santé : attirer de jeunes praticiens dans les territoires les plus carencés reste un défi déterminant, illustré par la densité médicale de la Nièvre (près de deux fois inférieure à celle de la Côte-d’Or).

À partager dans vos réseaux

  • Territoires à vigilance élevée : Nièvre, Saône-et-Loire rurale, Jura profond.
  • Publics à suivre : seniors isolés, personnes en précarité, habitat éloigné des centres de soins.
  • Outils utiles : cartographies ARS, application MoSaIC (modélisation du risque cardiovasculaire à l’échelle infra-communale, INSEE), modules de formation en ligne pour les élus et associations.

À retenir : la “carte du risque” appelle des réponses différenciées

Si l’on devait résumer, la Bourgogne-Franche-Comté dessine une géographie contrastée des maladies cardiovasculaires : de la marginalisation croissante de la Nièvre à la résilience urbaine du Doubs, l’urgence est de construire des stratégies différenciées, adaptées aux ressources mais aussi aux fragilités de chaque territoire. Investir dans la prévention, soutenir les acteurs locaux et mieux comprendre les déterminants sociaux sont autant de leviers essentiels pour desserrer l’étau.

À surveiller dans les prochains mois : la nouvelle programmation régionale de l’ARS BFC sur l’organisation des soins, qui cible justement davantage les zones les plus vulnérables. Mais aussi l’impact du vieillissement accéléré, particulièrement dans l’Yonne et le Jura, qui pourrait bientôt modifier la hiérarchie départementale.

Pour les maires, équipes médicales, professionnels du médico-social, collectivités ou habitants mobilisés : ces données peuvent nourrir projets locaux, argumentaires ou démarches d’évaluation d’impact sur la santé (EIS). C’est dans ce partage que notre démarche rejoint les objectifs collectifs d’une meilleure santé pour toutes et tous, en Bourgogne-Franche-Comté.

Pour aller plus loin :

  • Santé publique France : https://www.santepubliquefrance.fr/
  • Atlas ARS BFC 2021-2023
  • INSEE BFC “Santé et territoires” 2022
  • Assurance Maladie “Cartographie des pathologies et des dépenses”, édition 2023

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