01/03/2026

Comprendre et agir : l’impact des maladies cardiovasculaires sur la mortalité des moins de 65 ans en Bourgogne-Franche-Comté

Pourquoi parler de mortalité prématurée liée aux maladies cardiovasculaires ?

Quand on évoque la santé publique en Bourgogne-Franche-Comté, il n’est pas rare que la question de la mortalité prématurée soit reléguée au second plan, derrière les grandes priorités nationales : cancers, accidents ou troubles psychiatriques. Pourtant, les maladies cardiovasculaires (MCV) restent, année après année, la première cause de décès avant 65 ans, devant les cancers chez les femmes, occupant la deuxième place chez les hommes (source : Santé publique France, Bulletin 2023).

En 2021, dans notre région, près de 18 % des décès avant 65 ans étaient liés aux maladies du cœur et des vaisseaux. Cela représente environ 600 personnes chaque année, dont la grande majorité aurait pu vivre plus longtemps si certains facteurs de risque avaient été mieux pris en charge (Source : ARS Bourgogne-Franche-Comté, Statistiques régionales).

La réalité régionale mérite d’être mise en lumière. Les inégalités territoriales sont marquées, entre les départements plus ruraux – Nièvre, Haute-Saône – et les zones urbaines comme Dijon ou Besançon. Or, ces chiffres ne sont ni abstraits ni inévitables. Ils ont un coût humain, social, économique, et appellent une mobilisation collective.

Maladies cardiovasculaires et mortalité avant 65 ans : de quoi parle-t-on ?

Sous le terme maladies cardiovasculaires, on regroupe l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral (AVC), l’insuffisance cardiaque, certaines maladies du rythme, et des pathologies chroniques touchant les artères. Leur point commun : elles peuvent évoluer longtemps sans symptôme, puis se manifester brutalement, souvent de manière fatale, surtout avant 65 ans.

La mortalité prématurée désigne les décès survenus avant 65 ans. On distingue la mortalité dite évitable, liée à des causes sur lesquelles on peut agir (prévention primaire, accès aux soins, organisation du territoire).

  • Les hommes paient un tribut plus lourd (environ deux fois plus de décès prématurés cardiovasculaires que les femmes).
  • Les départements ruraux ou en difficulté socio-économique (Nièvre, Haute-Saône) affichent des taux sensiblement supérieurs à la moyenne régionale.
  • La BFC présente une surmortalité cardiovasculaire prématurée de plus de 20 % par rapport à la moyenne nationale (Source : INSEE, 2020).

Tableau : Mortalités cardiovasculaires prématurées, par département (BFC, 2021)

Département Taux pour 100 000 habitants Variation vs. Moyenne BFC
Nièvre 48 +30 %
Haute-Saône 44 +22 %
Saône-et-Loire 43 +19 %
Doubs 35 -3 %
Côte-d’Or 32 -10 %
Yonne 39 +8 %

Donnée : Assurance Maladie, 2022

Pourquoi la Bourgogne-Franche-Comté est particulièrement concernée ?

Concrètement, notre région cumule plusieurs facteurs favorisants :

  • Population plus âgée et davantage exposée à certains risques : tabac, hypertension, sédentarité, alimentation déséquilibrée.
  • Ruralité marquée et faible densité médicale : les territoires comme la Nièvre ou la Haute-Saône se heurtent à un accès aux soins compliqué, retardant le diagnostic et la prise en charge précoce.
  • Précarité sociale : la région affiche une proportion élevée de ménages à revenus modestes, or la précarité accroît le risque de mauvais suivi médical, d’alimentation moins variée et de stress chronique.
  • Surpoids, obésité, diabète : la BFC affiche des taux supérieurs à la moyenne nationale, autant de facteurs de risque.
  • Déficit d’accès à la prévention dans certaines zones rurales (où il n’existe pas d’actions coordonnées sur le dépistage des facteurs de risque et la gestion de l’urgence cardiovasculaire).

Ce que l’on observe dans la région, c’est que les décès prématurés ne sont pas une fatalité liée à la seule biologie ou au « hasard génétique » : ils traduisent surtout le cumul de désavantages sociaux et territoriaux.

Quels facteurs de risque sont à surveiller pour réduire ces décès prématurés ?

Trois facteurs de risque principaux sont retrouvés dans la quasi-totalité des décès cardiovasculaires prématurés :

  1. Le tabagisme: encore présent chez plus de 25 % des moins de 65 ans en BFC (Source : Baromètre Santé ARS/ORS, 2021), avec des taux encore plus élevés dans les milieux ouvriers et agricoles.
  2. L’hypertension artérielle : près de 1 adulte sur 5, dont la moitié l’ignore souvent avant la survenue d’un infarctus ou d’un AVC.
  3. La sédentarité : près de 40 % de la population adulte ne respecte pas les recommandations d’activité physique minimale, voire dépasse 50 % dans certains villages ruraux mal desservis (ORS BFC).

S’ajoutent l’obésité (prévalence de 17 % en BFC vs 15 % France entière), le diabète (surtout dans la Nièvre et Saône-et-Loire), le stress professionnel, et la faible reconnaissance des symptômes d’alerte.

Ces facteurs sont bien connus. Ce qui change la donne en BFC, c’est leur accumulation chez les mêmes personnes, et leur lien avec le territoire : un habitant isolé, actif précaire, en surpoids et tabagique à Montsauche (Nièvre) a un risque cumulatif bien supérieur à celui d’un cadre dijonnais.

À retenir : facteurs modifiables et déterminants sociaux

  • Les facteurs de risque cardiovasculaire sont majoritairement modifiables.
  • Les déterminants sociaux de santé – notion complexe recouvrant l’environnement, le niveau d’éducation, l’emploi, le revenu – conditionnent fortement la mortalité prématurée.

Quels leviers d’action en région pour réduire la mortalité prématurée cardiovasculaire ?

Face à ces chiffres, il ne suffit plus d’agir uniquement en soins ou en urgence. La clé, c’est la prévention, coordonnée et territorialisée.

Pour les collectivités et institutions locales :

  • Mener des campagnes régulières sur la reconnaissance précoce de l’infarctus et de l’AVC, y compris en langage facile à lire et à comprendre.
  • Soutenir le développement des maisons de santé pluriprofessionnelles, surtout dans les bassins ruraux fragiles (ex : Sud Morvan, Bresse).
  • Instituer des actions de repérage précoce du diabète, du surpoids, de l’hypertension (ex : journées de dépistage lors des forums locaux, marchés ou fêtes de village).
  • Renforcer la formation des élus locaux et des acteurs associatifs sur la santé cardiovasculaire (relais d’informations, premiers gestes).

Pour les professionnels de santé et le médico-social :

  • Favoriser le repérage des déterminants sociaux de santé chez les actifs jeunes (évaluation globale, accompagnement social en cabinet ou à domicile).
  • Inciter aux consultations de prévention, y compris en dehors du cadre strict des bilans de santé de l’Assurance Maladie.
  • Développer les liens entre généralistes, cardiologues, pharmaciens et acteurs de prévention (groupes locaux de veille, partage de bonnes pratiques).
  • Promouvoir l’activité physique adaptée, surtout dans les territoires où l’offre associative est faible.

Pour le tissu associatif, l’éducation populaire, entreprises :

  • Mener des projets de santé communautaire : ateliers cuisine santé, randonnées collectives, accompagnement personnalisé au sevrage tabagique.
  • Encourager la mobilisation des entreprises du secteur agricole et industriel pour sensibiliser sur la santé cardiovasculaire sur les lieux de travail.

Exemples d’actions inspirantes dans la région :

  • L’Équipe municipale de la communauté de communes Amognes Cœur du Nivernais : organisation annuelle d’une journée « Cœur & Ruralité » avec dépistage, information, et sport adapté (financée par la Conférence des financeurs santé publique).
  • Le réseau régional Diabète BFC : formation des aidants familiaux au repérage des risques cardiovasculaires précoces chez les actifs de moins de 65 ans.
  • Le collectif « Bougez en Haute-Saône » : mise en place d’un programme d’accompagnement post-infarctus en milieu rural pour prévenir les rechutes.

À surveiller dans les prochains mois

  • La montée de l’obésité et du diabète chez les moins de 65 ans, aggravée par les confinements successifs et la dégradation de l’accès à la prévention dans certains territoires ruraux.
  • L’implantation locale des nouveaux modes de dépistage itinérants (bus santé, permanences dans les bourgs isolés), portés par l’ARS et certains Conseils départementaux.
  • Les disparités d’accès aux soins cardiologiques, accentuées depuis la crise de la démographie médicale.
  • Le renforcement attendu du plan national Métiers de la santé et son adaptation en BFC, pour rendre les parcours de prévention plus accessibles.

Ce qu’il faut retenir pour agir

  • La mortalité prématurée cardiovasculaire reste évitable dans la majorité des cas et n’est pas une fatalité, même dans les zones rurales ou socialement fragiles de Bourgogne-Franche-Comté.
  • La lutte contre les facteurs de risque (tabac, hypertension, sédentarité, obésité…) doit absolument s’adapter aux réalités locales et s’appuyer sur les ressources de chaque territoire.
  • Les acteurs de terrain ont un rôle moteur : collectivités, professionnels de santé, tissu associatif… Chacun peut agir à son niveau.
  • Une veille partagée, une mobilisation territoriale, et une attention accrue aux inégalités sociales sont les véritables leviers pour inverser la tendance.

À partager dans vos réseaux. C’est un enjeu collectif. Une région en meilleure santé, c’est aussi une région plus inclusive, attractive, solidaire.

Sources : Santé publique France, ARS Bourgogne-Franche-Comté, INSEE, Assurance Maladie, ORS BFC, Conférence des financeurs santé publique.

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