26/02/2026

Quels cancers tuent le plus les moins de 65 ans en Bourgogne-Franche-Comté ? Ce que disent les données, ce que cela implique sur le terrain

Le contexte national : comprendre la mortalité prématurée par cancer

En France, malgré le recul de la mortalité globale par cancer depuis 30 ans, les décès avant 65 ans restent un marqueur fort d’inégalités de santé et de dysfonctionnements évitables dans la prévention, le repérage et l’accès aux soins (source : Santé publique France). La mortalité dite « prématurée » vise précisément ces décès évitables car trop précoces – souvent liés à des facteurs de risque évitables ou à un retard de diagnostic.

En 2021, selon Santé publique France, près de 33 % des décès par cancer surviennent avant 65 ans dans l’Hexagone. Et presque la moitié de ces décès prématurés sont considérés comme « évitable(s) », donnant un rôle décisif à la prévention, au dépistage et à l’organisation territoriale des soins. Mais tous les cancers ne sont pas également concernés par cette problématique.

Ce que l’on observe en Bourgogne-Franche-Comté : spécificités régionales et impact par département

La Bourgogne-Franche-Comté (BFC) n’échappe pas aux tendances nationales mais elle affiche certains spécificités notables.

  • La région compte environ 2 300 décès prématurés par cancer par an (tous âges confondus) : cela représente près de 1 décès par jour chez une personne de moins de 65 ans.
  • La mortalité prématurée régionale (âge moyen au décès : 60 ans) est légèrement supérieure à la moyenne nationale, en particulier dans certains départements ruraux (Nièvre, Haute-Saône).
  • Des différences sensibles existent entre les territoires, à la fois sur le type de cancer concerné, leur évolution, et l’exposition aux facteurs de risques.

Tableau - Principaux cancers responsables de mortalité prématurée en BFC (sources : ARS BFC, Santé publique France, Registre régional des cancers BFC, 2022)

Cancer Proportion des décès prématurés (BFC) Tendance Observation régionale
Poumon ~28 % Augmentation chez la femme Taux supérieur à la moyenne nationale chez les femmes du Sud BFC
Colorectal ~14 % Stable Dépistage encore insuffisant, surtout en Saône-et-Loire et Haute-Saône
Sein ~13 % Diminution (léger) Dépistage variable : zones urbaines mieux couvertes
Foie ~6 % Légère hausse Surmortalité dans la Nièvre, lié à alcoolisme et précarité
ORL (cavité buccale, larynx...) ~6 % Stable Prévalence accrue dans la vallée de la Saône
Pancréas ~5 % Hausse légère Pronostic très défavorable

À retenir : En BFC, plus de la moitié des décès prématurés par cancer concernent les cancers du poumon, colorectal et du sein. La répartition selon le sexe est marquée : 60 % des décès prématurés chez l’homme sont liés au trio poumon – ORL – colorectal, tandis que chez la femme, le cancer du sein et du poumon dominent.

Pourquoi cette situation mérite notre attention, maintenant ?

  • L’évolution de la mortalité prématurée par cancer en BFC stagne, voire augmente chez certains profils : femmes fumeuses (poumon), populations précaires (foie et pancréas).
  • Depuis la pandémie, le retard de dépistage du cancer colorectal a dépassé 20 % dans certaines zones rurales (source : Assurance Maladie 2023).
  • La détection tardive reste fréquente pour les populations à faible accès aux soins, accentuant la proportion de décès prématurés « évitables ».
  • Certaines pratiques à risque (tabac, alcool) stagnent voire progressent selon les départements les plus ruraux (notamment Nièvre, Haute-Saône).

Concrètement, pour la BFC, cela signifie que nous avons devant nous un levier d’action : mieux cibler la prévention, redoubler d’efforts sur le dépistage organisé, mais aussi améliorer l’amont (accès à l’information, lutte contre les freins socio-économiques).

Cancers à fort impact prématuré en Bourgogne-Franche-Comté – zoom par localisation et profil

1. Cancer du poumon : la « pré-épidémie féminine » et le point noir de la mortalité évitable

  • Représente le premier cancer en mortalité prématurée en BFC. Chez les femmes, la hausse est particulièrement marquée : +4 %/an depuis 2010 (source : Registre régional des cancers, 2022).
  • Les inégalités géographiques sont nettes : la mortalité féminine liée au tabac est au-dessus de la moyenne nationale dans le sud de la Saône-et-Loire et l’est du Jura.
  • 90 % des cancers du poumon sont attribués directement au tabac. C’est là que la notion de “mortalité prématurée évitable” prend tout son sens : arrêter de fumer réduit le risque très rapidement, même chez les plus de 40 ans.

2. Cancer colorectal : le maillon faible du dépistage populationnel

  • Deuxième cause de décès prématuré par cancer en BFC, il touche hommes et femmes, avec un sur-risque dans les communes rurales (accès au dépistage, précarité, faible recours au soin de prévention).
  • Seulement 32 % de la population cible en BFC participe au dépistage organisé, contre 35 % au niveau national (source : INCa 2023). Record de faible participation dans la Haute-Saône.
  • Des leviers existent : implication des médecins traitants, relais de proximité, visites à domicile, actions de communication adaptées localement.

3. Cancer du sein : des progrès, mais vigilance sur le dépistage dans les zones sous-médicalisées

  • Le taux de mortalité prématurée par cancer du sein recule lentement, mais reste supérieur de 10 % à la moyenne nationale dans certaines parties de la Nièvre et du nord Côte-d’Or (source : Registre BFC).
  • Le dépistage organisé couvre près de 58 % des femmes en BFC. Mais une fracture entre villes moyennes et territoires ruraux subsiste.
  • La précarité sociale et l’accès restreint à un gynécologue allongent le délai de recours, facteur aggravant la mortalité prématurée.

4. Autres localisations clés (foie, pancréas, ORL)

  • Cancers du foie : Surreprésentés dans la Nièvre et l’est du Jura, souvent liés à l'association alcool-hépatite chronique.
  • Cancers ORL : Fréquence élevée dans la vallée de la Saône ; ici encore le tabac et l’alcool sont des déterminants majeurs, mais le dépistage précoce reste très perfectible.
  • Cancer du pancréas : rare, mais pronostic dramatique (taux de survie à 1 an : 12 %). Progression lente, peu sensible aux campagnes de dépistage.

Facteurs de risque régionaux : habitudes, fragilités, accès au soin

  • Tabac : 26 % de fumeurs quotidiens en BFC (vs. 23 % en moyenne nationale, Baromètre Santé 2022), avec un taux supérieur à 30 % dans la Nièvre et la Haute-Saône.
  • Alcool : Consommation régulière supérieure à la moyenne française ; la BFC fait partie des trois régions les plus concernées (INSEE). Effet « ruralité » marqué, notamment chez les 40-60 ans.
  • Inégalités d’accès au soin : Zones à faible densité médicale (sud Yonne, ouest Saône-et-Loire) = moindre accès au dépistage et retard diagnostic, amplifiant la mortalité prématurée.
  • Précarité sociale : L’exposition cumulée à plusieurs facteurs à risque (tabac, alcool, manque de recours préventif) augmente la probabilité de diagnostic tardif, donc de décès prématuré. La région compte plus d’un quart de ses communes classées en territoire à enjeu « SIRS » (Systèmes d’Information sur la Rareté des Soins).

Ce que cela implique pour les acteurs locaux : leviers concrets

  • Pour les collectivités : maintenir et renforcer les politiques locales anti-tabac (espaces publics sans tabac, actions en milieu festif, relais auprès des employeurs).
  • Pour les acteurs de prévention : adapter les messages et les relais à la ruralité : passer par le tissu associatif, soignants de première ligne, centres communaux d’action sociale.
  • Pour l’organisation des soins : Penser “accès” avant tout : campagnes mobiles, partenariats avec les pharmaciens ou équipes de soins primaires pour booster le dépistage.
  • Pour le médico-social : repérer activement les publics cumulant précarité et exposition à risques, proposer un accompagnement actif (et non uniquement informatif).
  • Pour chacun : savoir que l’arrêt du tabac ou de l’alcool à n’importe quel âge diminue rapidement son risque ; encourager ses proches – dans les territoires ruraux comme en milieu urbain.

À surveiller dans les prochains mois

  • L’effet concret des nouvelles campagnes de prévention tabagique ciblées “femmes”, coordonnées au niveau régional avec l’ARS BFC.
  • L’évolution de la participation au dépistage colorectal, particulièrement dans les zones sous-médicalisées : différentiel sans doute accru post-Covid.
  • L’implication croissante des collectivités dans le repérage des inégalités d’accès (diagnostic local partagé, appels à projets régionaux).

Encadré à retenir : chiffres-clés pour passer à l’action (hors récapitulatif)

  • La BFC enregistre chaque année près de 700 décès prématurés (avant 65 ans) attribués au seul cancer du poumon.
  • Moins de 1 habitant sur 3 dans la région profite du dépistage du cancer colorectal, malgré une organisation gratuite et de proximité à l’échelle départementale.
  • Le différentiel de mortalité prématurée par cancer du sein entre département rural et urbain atteint 12 à 15 % dans la région.
  • Le nombre de fumeuses de 40 à 55 ans a doublé en vingt ans dans la moitié sud de la BFC (source : ARS BFC).

Ce que l’on peut changer pour les prochaines années

Les chiffres de la mortalité prématurée par cancer en Bourgogne-Franche-Comté ne sont pas une fatalité. Beaucoup de ces décès pourraient être évités par une politique régionale offensive sur les addictions, une meilleure équité d’accès au dépistage, et une mobilisation conjointe du tissu associatif, des professionnels de santé et du secteur médico-social.

Expérimenter, relayer, partager les initiatives efficaces : c’est aussi notre mission de veille régionale. Les travaux de l’ARS, de Santé publique France et du Registre régional des cancers montrent que la marge de manœuvre existe – mais elle dépend d’un effort collectif, reposant autant sur les réalités locales que sur les politiques nationales.

À partager dans vos réseaux. Pour que l’information devienne action, et que la BFC réduise enfin le poids des cancers dans les histoires de vie trop vite interrompues.

Sources : ARS Bourgogne-Franche-Comté, Registre régional des cancers BFC, Santé publique France, INSEE, Assurance Maladie, INCa, Baromètre Santé 2022

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