08/08/2026

Maladies chroniques en Bourgogne-Franche-Comté : quels enjeux pour le territoire ?

Pourquoi s’intéresser aux maladies chroniques aujourd’hui ?

Les maladies chroniques sont devenues la première cause de mortalité et de morbidité en France. Elles désignent une affection de longue durée, évolutive, qui requiert un suivi médical sur plusieurs années : diabète, cancers, maladies cardio-vasculaires, maladies respiratoires chroniques… (Source : Santé publique France). En Bourgogne-Franche-Comté (BFC), ces pathologies pèsent plus fortement qu’ailleurs, du fait d’une population plus âgée, de disparités géographiques et sociales, et de déterminants de santé spécifiques – modes de vie, accès aux soins ou à la prévention.

Comprendre leur prévalence régionale n’est pas qu’un exercice comptable : c’est un levier d’action pour les collectivités, les professionnels de santé, le secteur médico-social mais aussi les porteurs de projets locaux. C’est aussi le socle de toute politique de prévention efficace à l’échelle des territoires.

Le poids des maladies chroniques : panorama régional

Près d’un habitant sur cinq en BFC est concerné par l’Affection de Longue Durée (ALD), soit environ 620 000 personnes (Source : Assurance Maladie, Atlas de la santé 2023). C’est l’une des plus fortes proportions en France métropolitaine. À l’échelle départementale, la Nièvre, la Haute-Saône et l’Yonne affichent des taux supérieurs à la moyenne régionale.

  • Cancers: Première cause de mortalité. Près de 12 000 nouveaux cas par an en BFC, avec un excès relatif de cancers du poumon, du sein, du côlon-rectum et de la prostate (Source : INCa, ARS BFC).
  • Maladies cardiovasculaires: Deuxième cause de mortalité. Plus de 11 000 hospitalisations pour infarctus du myocarde/an (Source : ATIH 2022). Taux de mortalité prématurée élevé notamment dans la Nièvre et la Haute-Saône.
  • Diabète: 6,1 % des adultes traités en ALD (soit environ 175 000 personnes). Prévalence en hausse, surtout en Saône-et-Loire et Doubs. (Source : Assurance Maladie, Score santé)
  • Maladies respiratoires chroniques: 4,5 % des adultes sous ALD pour BPCO ou asthme sévère, principalement dans l’Yonne, Jura, et Nièvre (Source : Santé publique France).
  • Affections psychiatriques de longue durée : près de 39 000 personnes sous ALD, en progression constante.

Des spécificités rurales et territoriales en Bourgogne-Franche-Comté

Contrairement à d’autres régions, la BFC cumule plusieurs facteurs de risque : population plus âgée (22 % de plus de 65 ans), taux de pauvreté supérieur à la moyenne nationale dans certains secteurs (Sud 71, Nord 25), et inégalités d’accès aux soins marquées dans les zones sous-denses – notamment dans le Morvan, le Haut-Jura, ou l’Est de la Nièvre.

  • Le surpoids et l’obésité touchent une part plus importante de la population rurale (+2 points par rapport à la moyenne nationale, Source : INSEE 2023).
  • Le recours aux soins spécialisés est plus difficile dans les territoires "blancs" médicaux.
  • Les expositions professionnelles (agriculture, industrie, logistique) restent élevées, ce qui impacte notamment la prévalence des maladies respiratoires et des atteintes musculosquelettiques.

Ces réalités modèlent la distribution des maladies chroniques à l’échelle locale : la Nièvre et la Haute-Saône, plus rurales et plus vieillissantes, enregistrent davantage de pathologies cardio-métaboliques, tandis que le cancer du poumon est plus fréquent dans la vallée de la Saône (corrélation possible avec des habitudes tabagiques anciennes).

Cancers : une priorité régionale toujours d'actualité

La BFC fait partie du quart nord-est le plus touché de France pour les cancers évitables (liés au tabac, alcool, alimentation : Source : Cartes INCa). Le taux de dépistage est inférieur à la moyenne française : seuls 55 % des 50-74 ans participent au dépistage organisé du cancer colorectal, avec de grandes disparités inter-départementales (moins de 50 % dans l’Yonne contre 60 % en Côte-d’Or).

  • Le cancer du poumon, longtemps associé aux territoires industriels urbains, reste élevé à Montbéliard, Belfort et dans l’est de la Saône-et-Loire.
  • Les cancers du sein restent la première cause de mortalité féminine, mais la participation au dépistage est en repli depuis la crise Covid (Source : ARS BFC, 2022).
  • À noter aussi une augmentation lente mais constante des cancers liés au papillomavirus, notamment du col de l’utérus, avec des taux de vaccination encore trop faibles en milieu rural.
À retenir : Pour agir : renforcer la mobilisation autour des dépistages organisés, territorialiser la communication (alliances avec les élus locaux, implication des pharmaciens et acteurs associatifs), adapter les dispositifs de prévention au public rural et aux plus précaires.

Maladies cardiovasculaires et diabète : des déterminants sociaux bien ancrés

Les maladies cardio-métaboliques restent la première cause d’ALD en Bourgogne-Franche-Comté (environ 37 % des bénéficiaires régionaux ; Source : Assurance Maladie BFC, 2023). Le diabète de type 2 s’inscrit dans un gradient social : prévalence plus élevée dans les quartiers populaires urbains et les territoires ruraux isolés.

  • Dans le nord de la Côte-d’Or, 8,2 % de la population adulte suit un traitement hypoglycémiant (vs 6,1 % en moyenne régionale).
  • Taux de décès liés à l’AVC plus élevés dans la Nièvre et la Haute-Saône (données CépiDc-INSERM 2021).
Département % de diabétiques en ALD Mortalité cardio-vasculaire (pour 100 000 hab.)
Saône-et-Loire 6,7 193
Nièvre 6,5 222
Côte-d’Or 5,8 167
Territoire de Belfort 6,2 154
Pour agir à l’échelle locale :
  • Développer les projets "Sport santé", ateliers d’éducation thérapeutique.
  • Favoriser les actions alimentaires de proximité : marchés solidaires, circuits courts, jardins partagés.
  • Appuyer les Coopérations Territoriales de Santé pour limiter les ruptures de parcours dans les zones rurales.

Maladies respiratoires et environnement : le défi invisible

L'asthme, la BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive) et l'insuffisance respiratoire chronique invalidante sont en légère augmentation dans les départements les plus exposés à la pollution atmosphérique et aux particules fines (Doubs, Territoire de Belfort, zones industrielles).

  • 20 % d’augmentation des hospitalisations pour exacerbation de BPCO entre 2015 et 2023, pic hivernal dans l’Yonne et le Jura (Source : ATIH, SPF).
  • Poids du tabagisme et des expositions agricoles spécifiques : brûlages, pesticides, graminées.
À surveiller dans les prochains mois :
  • Effets à moyen terme des épisodes de canicule accrue (2022, 2023) sur les décompensations respiratoires – vigilance particulière pour les EHPAD ruraux et SPASAD.
  • Émergence d’actions “Air Intérieur Sain” à l’école et en crèche : un sujet à partager dans vos réseaux pour renforcer la prévention chez l’enfant.

Pathologies mentales : le versant oublié des maladies chroniques

En 2022, 2,2 % de la population régionale bénéficiait d’une ALD pour trouble psychiatrique ou polypathologie mentale (Assurance Maladie BFC). Cette prévalence est en progression, notamment chez les jeunes et les personnes précaires.

  • Difficulté d’accès aux psychiatres en zone rurale (des délais de rendez-vous pouvant dépasser 4 à 6 mois dans la Nièvre).
  • Surreprésentation des troubles de l’humeur, anxiété et addictions.
  • Besoins importants en structures d’accompagnement et en prévention spécifique pour les adolescents et les personnes âgées seules.

Ce que l’on observe dans la région : la crise sanitaire a agi comme un révélateur des fragilités psychiques, accélérant la demande de dispositifs de soutien et de santé mentale de proximité.

Vivre avec une maladie chronique en Bourgogne-Franche-Comté : quelles implications ?

Au-delà de la prévalence, les maladies chroniques modèlent le quotidien de dizaines de milliers de familles, soignants et aidants. L’accès aux soins, la qualité du parcours de santé, la lutte contre l’isolement, l’adaptation des milieux de vie (écoles rurales, EHPAD, maisons de santé) sont autant d’enjeux territoriaux.

  • Déserts médicaux, éloignement du domicile aux centres de consultation : frein majeur, aggravé par la fermeture de structures hospitalières de proximité.
  • Difficultés spécifiques des associations de patients en milieu rural (mobilité, financement, visibilité).
  • Rôle pivot du secteur médico-social et du bénévolat dans l’accès à l’activité adaptée, à la prévention “sur mesure” et au maintien du lien social.
À partager dans vos réseaux :
  • Valoriser les expériences locales d’accompagnement (Espace Ressource Cancers, clubs “cœur et santé”, réseau diabète, acteurs santé mentale…)
  • Encourager la concertation entre collectivités, ARS, et membres du tissu associatif pour des réponses mieux articulées aux besoins locaux.

Perspectives et pistes d’action pour les acteurs régionaux

  • Développer l’observation locale partagée : mutualisation de la veille entre professionnels de santé, collectivités et habitants.
  • S’appuyer sur les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) pour décliner les priorités de prévention et d’accompagnement des patients chroniques au plus près du terrain.
  • Renforcer les coopérations avec le secteur associatif pour la prévention, l’éducation thérapeutique et l’aide aux aidants.
  • Adapter les supports d’information aux publics éloignés du soin (personnes en situation de handicap, isolation sociale, migrants).
  • Sensibiliser les décideurs locaux et régionaux à l’impact des déterminants sociaux de santé sur la chronicisation des maladies, surtout dans les territoires fragiles.

L’accroissement des maladies chroniques n’est pas une fatalité pour la BFC : leur poids invite à repenser prévention, soins et liens sociaux, à l’échelle des bassins de vie. La réponse ne peut venir que d’une mobilisation collective, agile et territorialisée. La veille partagée, à travers des espaces comme celui-ci, en est un des outils essentiels.

Sources principales utilisées : Atlas régional ARS BFC 2023 | Score Santé | Assurance Maladie | Santé publique France | INCa | ATIH | INSEE | CépiDc-INSERM

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