08/09/2026

Agir contre les maladies chroniques : quel poids pour les politiques régionales en Bourgogne-Franche-Comté ?

Maladies chroniques en France : où en est-on ?

D’un point de vue national, la lutte contre les maladies chroniques reste un chantier prioritaire : aujourd’hui, plus de 21 millions de Français vivent avec au moins une maladie chronique selon Santé publique France (SPF). Cela englobe diabète, cancers, maladies cardiovasculaires, affections respiratoires, maladies neurologiques ou encore obésité. Les maladies chroniques représentent 60 % des dépenses de l’Assurance Maladie (CNAM, “Charges et produits 2024”).

Ces pathologies sont responsables de près de 90 % des décès et restent à l’origine de fortes inégalités sociales et territoriales de santé. Les campagnes nationales insistent sur la prévention primaire (éviter la survenue de la maladie), la prévention secondaire (dépister, intervenir tôt) et la prévention tertiaire (éviter les complications et prévenir les rechutes).

Concrètement, que recouvre l’action régionale en Bourgogne-Franche-Comté ?

La région Bourgogne-Franche-Comté présente plusieurs spécificités : vieillissement de la population, poches de précarité en milieux ruraux, accès aux soins contrasté, surmortalité évitable plus élevée qu’ailleurs (INSEE, “Panorama régional 2023”). Ces réalités rendent indispensable une politique de prévention adaptée au terrain.

L’Agence régionale de santé (ARS BFC) décline la stratégie nationale sur le territoire en coordonnant plusieurs leviers :

  • Programmes régionaux de santé (PRS)
  • Subventions à des projets de prévention portés par des acteurs locaux
  • Organisation d’actions ciblées selon les besoins départementaux
  • Coopérations avec communes, départements, associations de patients, structures médico-sociales

Ce tissu d’initiatives permet d’adapter la prévention à la réalité du terrain, mais la lisibilité reste parfois un enjeu pour les acteurs de proximité, notamment dans les secteurs ruraux de la Nièvre, du Jura ou de la Haute-Saône.

Des plans structurants, mais lesquels ?

Parmi les outils majeurs déployés en Bourgogne-Franche-Comté, on note :

  • Le Plan Régional de Santé (PRS) 2018-2023 : il fixe comme priorité la réduction des inégalités d’accès à la prévention et la lutte contre les facteurs de risque (tabac, alimentation, inactivité physique, alcool, environnement).
  • Le Plan régional nutrition santé (PRNS) : plus de 350 actions locales recensées depuis 2019, allant de la sensibilisation à l’alimentation équilibrée dans les écoles rurales à la formation des professionnels de santé sur le dépistage du diabète de type 2.
  • Les Contrats Locaux de Santé (CLS) : près de 60 CLS signés à la fin 2023, dont 18 en priorité dans les « territoires fragiles », pour tisser des actions de prévention autour de thématiques choisies localement (addictions, activité physique adaptée, parcours des personnes âgées…).
  • Le dispositif “Maison Sport-Santé” : 18 structures labellisées en 2024 sur le territoire, promettent une offre de proximité pour l’activité physique adaptée et la santé.

Ce que l’on observe dans la région : ces politiques structurantes sont fréquemment renforcées par des appels à projets permettant une innovation adaptée à chaque territoire.

Ce que disent les chiffres régionaux

IndicateurBFCFrance (hors IDF)
Espérance de vie à la naissance 82,0 ans 82,2 ans
Taux de diabétiques déclarés (2022) 5,7 % 5,5 %
Prévalence de l’hypertension 28 % 27 %
Taux de mortalité prématurée évitable* 123,4 / 100 000 115,1 / 100 000
Taux d’obésité adulte** 19,8 % 17,0 %

* Décès avant 65 ans théoriquement évitables par prévention selon l’INSEE. ** Source : Esteban/SPF, 2023, surreprésentation dans le département de la Nièvre (+23 %).

À retenir : si les taux suivent la tendance nationale, plusieurs départements restent particulièrement exposés. Le ruralité accentue l’exposition aux inégalités de prévention et de prise en charge.

Des actions ciblées et adaptées au terrain

Parmi les exemples concrets d’actions locales soutenues ou initiées par les politiques régionales, on peut citer :

  • Saône-et-Loire : déploiement de “bus prévention” pour aller au-devant des populations isolées (dépistages diabète, tension, conseils nutritionnels) en lien avec le réseau Unisanté 71.
  • Yonne et Côte-d’Or : programmes de repérage précoce des troubles cognitifs, centrés sur les bourgs-centres et les zones périurbaines – première région à expérimenter le dispositif “Repérage flash Alzheimer”.
  • Haute-Saône et Territoire de Belfort : soutien renforcé aux associations locales pour la création de parcours d’éducation thérapeutique (notamment sur la BPCO – broncho-pneumopathie chronique obstructive).
  • Doubs : partenariat entre les centres sociaux et les Maisons Sport-Santé pour développer la prescription d’activité physique adaptée, avec près de 150 professionnels formés depuis 2021.

Ce qui fait la différence ici : l’ancrage régional et la faculté d’adapter les outils nationaux à la mosaïque des territoires, qu’il s’agisse de communautés de communes rurales ou de villes moyennes.

Pourquoi agir maintenant ? Trois défis ancrés en BFC

  1. Le vieillissement accéléré : La BFC est l’une des trois régions françaises où la part de plus de 65 ans augmente le plus vite (+19 % entre 2010 et 2024, source INSEE). Cela alourdit le poids des maladies chroniques et impose d’adapter la prévention dès aujourd’hui.
  2. La fragilité territoriale : 32 % des habitants vivent en zone rurale ou à faible densité médicale – un taux supérieur à la moyenne nationale. Les dispositifs mobiles ou coordonnés localement deviennent indispensables (source ARS BFC).
  3. Le gradient social de santé : L’excès de pathologies chroniques s’observe d’abord chez les personnes en situation de précarité matérielle ou sociale. Ici, la prévention ne peut se dissocier de politiques d’accompagnement social – le “croisement des compétences” est souligné dans les derniers rapports ARS/SPF.

Quels leviers pour renforcer l’impact des politiques régionales ?

Au-delà des cadres institutionnels, notre analyse fait ressortir quatre leviers principaux pour améliorer la prévention des maladies chroniques à l’échelle régionale :

  • Coordonner les acteurs : les meilleures réussites régionales naissent souvent de collaborations directes entre communes, associations de patients, structures sociales et professionnels de santé. Les CLS (Contrats Locaux de Santé) sont à encourager.
  • Développer la prévention “hors les murs” : aller chercher les publics éloignés (bus, médiateurs santé, ateliers dans les commerces ou associations locales) permet de toucher ce que l’on appelle les “non-recourants” à la prévention. Efficacité démontrée dans le Jura et la Nièvre.
  • Utiliser la donnée locale : exploiter les indicateurs produits par les SIRS (Systèmes d’Information Régionaux en Santé) pour mieux cibler les interventions, identifier les “zones blanches” en prévention, objectiver les priorités par département.
  • Former les professionnels : une prévention efficace gagne à s’appuyer sur des relais au plus près du terrain (infirmiers scolaires, animateurs sociaux, pharmaciens de village). La montée en compétence des acteurs locaux fait partie intégrante des politiques régionales depuis 2022 (financements ARS, dossiers “Compétences territoriales en santé”).

Ce qu’il faut retenir et partager dans vos réseaux

  • La Bourgogne-Franche-Comté dispose d’une large palette de politiques publiques de prévention des maladies chroniques, mais leur efficacité dépend de l’adaptation permanente aux réalités de terrain.
  • Les départements ruraux, les zones à faible densité médicale ou à fort taux de précarité restent les “points de vigilance” prioritaires pour les années à venir.
  • Le pilotage régional, s’il est collaboratif et basé sur l’observation locale, est un atout pour lutter contre les inégalités de santé.
  • Les acteurs de terrain (collectivités, associations, professionnels de santé, élus) ont un rôle clé pour “donner vie” aux politiques et faire remonter les besoins spécifiques de leurs territoires.
  • L’accès à une veille claire, contextualisée et partagée est crucial pour rendre ces politiques lisibles et faire progresser la santé publique, ici, en BFC.

À surveiller dans les prochains mois : la publication du PRS 2024-2029, la généralisation des Maisons Sport-Santé, l’expérimentation de nouveaux outils de prévention connectée, et les rendez-vous territoriaux ARS sur l’adaptation locale des grandes politiques nationales.

À partager dans vos réseaux : chaque citoyen, chaque structure, chaque professionnel peut agir à son échelle pour porter ces dynamiques régionales en prévention. C’est l’essence même de la santé publique… et du travail collectif en Bourgogne-Franche-Comté.

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