22/07/2026

Comment la prévention en Bourgogne-Franche-Comté améliore la vie quotidienne des seniors

Pourquoi s’intéresser à la prévention chez les seniors, maintenant ?

La France vieillit : en 2022, près de 21 % de la population française a plus de 65 ans (INSEE). La Bourgogne-Franche-Comté se distingue, avec la part la plus élevée de seniors après la Nouvelle-Aquitaine. Dans la Nièvre, en particulier, un habitant sur quatre dépasse 65 ans. Ce vieillissement démographique s’accélère, avec des enjeux forts pour les territoires ruraux et périurbains de la région.

Si l’augmentation de la longévité est une réussite collective, la qualité de vie des aînés repose largement sur la prévention : retarder la perte d’autonomie, préserver la mobilité, prévenir les maladies chroniques ou encore lutter contre l’isolement. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle que “les années gagnées doivent être des années de vie en bonne santé”. Or, malgré des progrès, l’espérance de vie sans incapacité stagne autour de 64 ans pour les femmes et 62 ans pour les hommes en France métropolitaine.

Agir sur cette période, c’est prévenir la dépendance, mais aussi favoriser la participation sociale, réduire l’impact des maladies chroniques et limiter la précarité. C’est là que la prévention prend tout son sens, surtout dans une région comme la nôtre, où la densité médicale et l’accès aux services varient grandement entre le Jura, la Saône-et-Loire ou la Haute-Saône.

Les grands axes de la prévention pour les seniors : de la théorie à l’action

La prévention ne se limite pas à quelques campagnes d’information. D’après la HAS (Haute Autorité de Santé), elle regroupe toutes les mesures qui permettent de maintenir – ou d’améliorer – l’autonomie, la santé mentale et physique, et l’intégration sociale des personnes âgées. En pratique, quatre grands axes se dessinent :

  • Prévention des chutes et maintien de la mobilité ;
  • Prévention des maladies chroniques (maladie cardiovasculaire, diabète, cancer…) ;
  • Prévention de la perte d’autonomie cognitive et lutte contre l’isolement ;
  • Accès aux soins et aux droits, lutte contre la précarité sociale et énergétique.

Concrètement, pour la BFC, l’impact de ces actions dépend du maillage territorial, des ressources locales, et du travail en réseau entre acteurs sanitaires, sociaux et associatifs. Regardons ce que cela signifie avec des exemples concrets et récents.

Prévenir les chutes : l’enjeu du « grand âge » en milieu rural

Les chutes représentent la première cause de décès accidentel chez les 65 ans et plus en France. En Bourgogne-Franche-Comté, selon l’ARS, environ 13 000 hospitalisations sont liées aux chutes chaque année chez les seniors – un chiffre sous-estimé car beaucoup de chutes restent sans signalement hors milieu hospitalier. Les conséquences sont lourdes : fracture, perte d’autonomie, réadaptation longue, isolement.

Les actions qui fonctionnent en région

  • Ateliers d’équilibre et de mobilité : De nombreuses communes, notamment dans le Doubs et la Saône-et-Loire, organisent des ateliers « équilibre » avec les CCAS ou des associations (exemple : “Atout Âge”, avec la Mutualité française). Ces cycles de 10 à 12 séances incluent des exercices adaptés, des conseils au domicile, et permettent de repérer précocement les fragilités.
  • Visites de prévention à domicile : L’Assurance Maladie déploie via les dispositifs “Bien vieillir chez soi” (notamment en Côte-d’Or) des visites de repérage des risques domestiques : éclairages, tapis, escaliers, aménagements. On sait que 30% des chutes pourraient être évitées par de simples adaptations.
  • Distribution de kits antichute dans certaines communautés de communes, intégrant barres d’appui, veilleuses nocturnes ou tapis antidérapants. Expérimentés dans le Morvan, ces kits sont associés à un accompagnement social et à un suivi médico-social – avec un retour très positif des bénéficiaires comme des professionnels.
À retenir :
  • Les actions collectives gagnent en efficacité quand elles sont couplées à un repérage individuel des risques.
  • L’implication des kinésithérapeutes, médecins, ergothérapeutes mais aussi des proches est centrale.

Lutter contre la solitude et la perte cognitive : un défi accentué en Bourgogne-Franche-Comté

L’isolement touche 16 % des plus de 75 ans en France, un chiffre qui grimpe dans les zones rurales de la Nièvre ou du Jura, faute de transports ou de tissu associatif maillé. Or, la solitude favorise la dépression, la perte cognitive, voire la mortalité prématurée évitable (c’est-à-dire les décès qui auraient pu être évités par une meilleure prise en charge ou prévention).

Exemples d’initiatives régionales

  • Cafés mémoire, ateliers numériques ou de prévention santé : Des maisons de santé rurales du Pays de Gray en Haute-Saône ou le centre social de Sens (Yonne) organisent ces rencontres, créant du lien entre seniors, aidants et professionnels.
  • Dispositifs d’inclusion numérique pour seniors : Face à la dématérialisation des services publics, plusieurs départements financent des ateliers pour apprendre à utiliser internet, les messageries et consulter ses droits. À Mâcon, une centaine de seniors ont ainsi pu être formés en 2023, limitant le risque de décrochage administratif.
  • Prévention de la perte cognitive : Les Ateliers mémoire, portés par des structures type “France Alzheimer 58” ou la Mutualité Française, combinent exercices ludiques, stimulation cognitive et échanges pour détecter précocement les troubles et orienter rapidement vers le soin.
Ce que l’on observe dans la région : Les structures de proximité jouent un rôle encore plus déterminant là où l’accès aux transports ou aux services médicaux est restreint. Les associations de quartier, les clubs de retraités, les espaces France Services sont les pivots du maintien du lien social – mais restent fragilisés par le manque de bénévoles et de personnel formé.

Prévenir les maladies chroniques et promouvoir la santé globale

La prévalence des maladies chroniques (diabète, maladies cardio-vasculaires, cancers) augmente avec l’âge : plus de 65 % des plus de 75 ans sont concernés (Assurance Maladie). Prévenir leur apparition ou leur aggravation permet d’améliorer l’espérance de vie sans incapacité, mais demande une action coordonnée, surtout dans les territoires ruraux.

Zoom sur trois leviers concrets

  • Dépistage organisé : La participation des seniors au dépistage du cancer colorectal ou du sein reste inégale. En 2021, seulement 53 % des habitants de BFC concernés ont réalisé un test de dépistage (Source : Santé publique France). Les relais locaux (médecins, pharmaciens, centres sociaux) sont donc essentiels pour augmenter la participation, notamment dans la Nièvre et en Haute-Saône.
  • Éducation thérapeutique : Plusieurs établissements comme le CHU de Dijon ou le GHT Nord Franche-Comté développent des programmes d’éducation thérapeutique, offrant autodétection précoce, conseils nutritionnels, gestion de l’activité physique et adaptation du traitement. Les retours montrent un meilleur contrôle du diabète ou de l’hypertension après ces ateliers.
  • Promotion d’une alimentation adaptée : Le Programme National Nutrition Santé (PNNS) est décliné localement à travers des ateliers cuisine, notamment à Besançon ou Autun. Ongles cassants, fonte musculaire, carences… la dénutrition touche 4 à 10 % des seniors à domicile en BFC, jusqu’à 30 % en EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). La prévention passe par des visites diététiques à domicile et des formations pour les cuisiniers en établissement.
À surveiller dans les prochains mois : la mobilisation autour du “bien vieillir à domicile” (avec la Conférence des financeurs de la prévention de la perte d’autonomie dans chaque département), qui financera de nouvelles actions collectives et individuelles en fonction des besoins repérés localement.

De l’information à l’action : comment agir à son niveau ?

La prévention efficace passe par l’engagement de tous : élus, professionnels de santé, acteurs du médico-social, associations, aidants… Pour faciliter le passage à l’action, voici quelques leviers observés en Bourgogne-Franche-Comté :

  • Renforcer le maillage local : Encourager les communes à s’appuyer sur les ressources existantes (médiathèques, maisons de santé, espaces associatifs) pour proposer ateliers, dépistages, rencontres intergénérationnelles – en adaptant les horaires, le contenu et le format aux contraintes des seniors isolés ou à mobilité réduite.
  • Développer l’aller-vers : En zone rurale, la mobilité reste un frein. L’organisation de tournées de prévention, de bilans de santé itinérants, comme cela existe déjà dans le Jura ou la Haute-Saône, permet d’aller vers les personnes qui ne se déplacent plus.
  • Former les aidants et professionnels : Au-delà de la formation continue, réunir des temps d’échange et de co-développement (ex : rencontres interprofessionnelles) aide à casser l’isolement des praticiens et à harmoniser les pratiques.
  • Impliquer les seniors eux-mêmes : Une action fonctionne mieux si elle part du vécu et des besoins des intéressés – ce que montrent les consultations citoyennes locales, par exemple à Dijon ou Nevers.
Action Département BFC Acteurs pilotes
Ateliers équilibre Doubs, Saône-et-Loire CCAS, associations, kinésithérapeutes
Dépistage itinérant Jura, Haute-Saône ARS, médecins, centres de santé
Ateliers nutrition/santé Yonne, Côte-d’Or CHS, associations, diététiciens
Éducation numérique Saône-et-Loire, Nièvre Espace France Services, associations

Ressources utiles et points de vigilance

À partager dans vos réseaux : En Bourgogne-Franche-Comté, la prévention des fragilités liées à l’âge repose sur des actions concrètes, territorialisées, et sur le travail en réseau entre acteurs. Améliorer la qualité de vie des seniors, c’est agir sur la mobilité, la lutte contre l’isolement, les maladies chroniques et la précarité – avec pragmatisme, et toujours en adaptant les dispositifs aux réalités du terrain. La région ne pourra pas avancer sans une mobilisation collective, partagée et pérenne.

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