01/06/2026

L’impact grandissant des plus de 75 ans sur l’offre et la demande en santé en Bourgogne-Franche-Comté

Le vieillissement : un bouleversement démographique déjà à l’œuvre

Le vieillissement de la population n’est plus une anticipation : c’est une réalité palpable sur l’ensemble du territoire français, et plus fortement encore en Bourgogne-Franche-Comté (BFC). L’INSEE mesure qu’au 1er janvier 2024, la France compte près de 6,7 millions de personnes âgées de 75 ans et plus, soit 9,9 % de la population totale. Ce chiffre devrait atteindre 11 millions en 2050 (INSEE).

En Bourgogne-Franche-Comté, la transition démographique s’observe plus rapidement que la moyenne nationale :

  • La région comptait déjà près de 11 % de 75 ans et plus en 2021 (INSEE BFC), contre 9 % au niveau français.
  • Certains départements, comme la Nièvre et la Haute-Saône, dépassent les 12 %.
  • Le nombre de personnes âgées de 75 ans et plus en Saône-et-Loire et dans l’Yonne a progressé de plus de 20 % entre 2010 et 2020.

Cette évolution modifie en profondeur les besoins médicaux, non seulement en volume mais aussi dans leur nature. Ce phénomène touche aussi bien les villes (Beaune, Dole) que, peut-être plus encore, les territoires ruraux déjà fragilisés.

Nouvelle donne médicale : quels besoins pour les plus de 75 ans ?

Le vieillissement ne se limite pas à une question de dépendance. Les plus de 75 ans présentent des profils de santé spécifiques, qui interrogent l’ensemble du système médico-social.

  • La polypathologie : Dès 75 ans, la moitié des personnes sont concernées par au moins deux pathologies chroniques (diabète, hypertension, insuffisance cardiaque, troubles cognitifs), selon l’Assurance Maladie.
  • Une fragilité accrue : Les chutes, la perte d’autonomie, le risque de dénutrition sont beaucoup plus fréquents après 75 ans. 30 % de cette classe d’âge déclarent au moins une limitation fonctionnelle majeure (INSEE, 2022).
  • Des besoins de suivi : La consommation de soins médicaux est multipliée par 2,5 par rapport aux moins de 65 ans, avec des pics pour les actes infirmiers et l’hospitalisation à domicile (Drees).
  • L’isolement social : Plus de 25 % des personnes de 75 ans et plus vivent seules en BFC. Les ruptures de parcours sont souvent aggravées par l’éloignement de la famille et la fracture numérique (ARS BFC).

Cette transition implique de repenser l’organisation des soins et de l’accompagnement, bien au-delà de la seule question des EHPAD.

Concrètement, pour la BFC : des défis amplifiés par la géographie et les inégalités territoriales

La Bourgogne-Franche-Comté a ses singularités. Région à la fois rurale et urbaine, elle combine défis de la désertification médicale, vieillissement plus rapide et éloignement des services. Quelques points d’attention :

  • Des zones à faible densité médicale : Dans la Nièvre, la Saône-et-Loire ou le nord de la Haute-Saône, il est parfois difficile de trouver un médecin traitant de proximité. Moins de 80 médecins pour 100 000 habitants dans plusieurs cantons selon l’ARS BFC (2023).
  • Un accès aux soins spécialisés limité : Les délais pour obtenir un rendez-vous en ophtalmologie ou neurologie dépassent souvent deux mois dans le sud de l’Yonne ou le Jura. Les déplacements sont une vraie difficulté après 75 ans.
  • Des filières gériatriques inégalement réparties : Besançon ou Dijon disposent d’équipes mobiles gériatriques, d’unités mémoire, mais la couverture reste très inégale dès qu’on s’éloigne des villes moyennes.
  • La montée des besoins à domicile : La majorité des plus de 75 ans souhaitent rester chez eux. Or, le nombre d’aides à domicile est en tension : le taux d’encadrement baisse depuis cinq ans (Fédésap, 2023), tout comme les SSIAD (Services de soins infirmiers à domicile).

En Bourgogne-Franche-Comté, l’enjeu n’est donc pas uniquement celui de la quantité de soins, mais aussi de leur accessibilité, de leur adaptation et de leur coordination sur le terrain.

Les enjeux transversaux pour les acteurs de la BFC

Face à cette nouvelle donne démographique, les acteurs régionaux s’interrogent sur leurs marges d’action. Les besoins spécifiques des plus de 75 ans impliquent :

  • Une coordination renforcée entre médecine de ville, hôpital et secteur médico-social : trop de ruptures de parcours exposent à la perte d’autonomie évitable.
  • Le développement des expertises gériatriques : de nombreux professionnels se retrouvent “gériatres par défaut” sans formation spécifique, surtout dans les zones isolées.
  • La prévention du vieillissement pathologique : retarder la perte d’autonomie, c’est agir sur le repérage précoce de la fragilité, l’activité physique adaptée ou la prévention des chutes.
  • Un accompagnement de l’isolement : le soutien aux aidants, l’accès au numérique, l’animation des territoires deviennent des leviers essentiels.

Ce sont autant de chantiers ouverts pour les établissements, les collectivités, mais aussi les réseaux associatifs et les services à domicile.

Zoom : typologie des besoins médicaux des 75 ans et plus

Voici, de manière synthétique, les principaux besoins recensés, avec une photographie régionale.

Besoins Description Donneurs d’alerte en BFC
Soins généraux Accès au médecin traitant, renouvellement des ordonnances, surveillance régulière des pathologies chroniques Manque de médecins traitants en zones rurales, délais allongés (ARS BFC)
Suivi infirmier Administration des traitements à domicile, surveillance des plaies, prévention des escarres Pénurie d’infirmiers à domicile dans le Morvan, la Bresse (URPS Infirmiers BFC)
Prise en charge spécialisée Neurologie (Alzheimer), cardiologie, gériatrie, orthopédie (fractures), ophtalmologie Déserts de spécialités hors Dijon, Besançon : nécessité du recours à la télémédecine (ARS, 2023)
Accompagnement psychologique Lutte contre l’isolement, accès aux psychologues, médiation sociale Hausse des demandes signalée via les CCAS et MDPH (2022-2023)
Adaptation du logement Évaluation de la perte d’autonomie, aménagements pour prévenir les chutes 1 dossier d’adaptation sur 3 concerne les 75 ans et plus en Côte-d’Or (ANAH, 2023)
Soutien aux aidants Épuisement des proches, relais occasionnels, groupes de parole Une demande croissante depuis le Covid ; offres très territorialisées (France Alzheimer, Udaf 21)

Cette typologie rappelle qu’il ne s’agit pas seulement de médicalisation, mais d’un continuum médico-social. En BFC, cela suppose de croiser les dispositifs de santé et d’accompagnement au plus près des réalités locales.

Focus territoire : décryptage départemental

  • Nièvre et Haute-Saône : Densité médicale parmi les plus faibles de France. Nombreux “EHPAD-maisons de retraite” isolés, offre de transports dédiée vieillissante. Délais de prise en charge longue durée supérieure à 4 mois (source : AGGIR, CNSA 2023).
  • Saône-et-Loire : Poids important des petites communes. 20 % des plus de 75 ans vivent déjà dans un “territoire sous-dense”. Projets de maisons de santé pluridisciplinaires en cours, mais tensions sur les recrutements.
  • Jura & Doubs : Taux de prévalence des maladies neurodégénératives légèrement supérieur à la moyenne nationale (Santé Publique France). Initiatives “villages Alzheimer” dans le Haut-Doubs, mais problématique persistante du répit pour les aidants.
  • Côte-d’Or & Territoire de Belfort : Offre hospitalière dense à Dijon/Besançon, tension sur les soins à domicile, réseaux de bénévoles fragilisés par la crise sanitaire.

Des pistes concrètes pour agir à notre échelle

  • Investir dans la prévention : développer partout des ateliers de repérage de la fragilité (PRIF), de prévention des chutes et de promotion de l’activité physique adaptée.
  • Soutenir le maintien à domicile : généraliser l’accès aux aides techniques, accompagner les proches aidants, flécher des formations spécifiques à destination des soignants (prévention de la iatrogénie médicamenteuse).
  • Faciliter l’accès à la télémédecine : déployer des cabines de téléconsultation dans les communes isolées, former aux usages les plus âgés, accompagner l’inclusion numérique.
  • Penser le territoire comme un levier : mutualiser les transports, intégrer santé et autonomie dans les politiques locales d’aménagement, repérer les “sans recours” via le tissu associatif.
  • Renforcer la coordination et l’attractivité des métiers : valoriser l’exercice coordonné, soutenir les équipes mobiles, attirer et fidéliser les professionnels de santé en zones sous-dotées.

À retenir pour les acteurs de terrain et les décideurs régionaux

  • Vieillissement accéléré : La région BFC comptera 1 habitant sur 6 âgé de plus de 75 ans en 2040 (INSEE).
  • Besoins pluriels : Accompagnement global, au-delà du seul soin (logement, mobilité, lien social, prévention).
  • Défis spécifiques ruraux : Innover sur la coordination des acteurs, renforcer les dispositifs “hors murs” et la télémédecine.
  • Urgence à coordonner les initiatives : la dispersion des réponses nuit à leur impact réel. Relier associations, collectivités, soins hospitaliers et de ville est clé.

Ce sujet est central pour toute stratégie régionale de santé. Le vieillissement modifie le visage de la Bourgogne-Franche-Comté, mais il est aussi une opportunité de renforcer le “vivre ensemble” et de penser des solutions nouvelles, adaptées à nos contextes locaux.

Ce panorama est à partager dans vos réseaux, pour outiller chaque territoire et chaque acteur. La veille partagée peut devenir un levier d’action si elle se traduit par des choix concrets et contextualisés.

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