30/06/2026

Piloter le vieillissement en Bourgogne-Franche-Comté : quelles politiques, quels enjeux ?

Pourquoi le vieillissement s’impose dans l’agenda régional

Le vieillissement de la population n’est plus seulement un horizon lointain, c’est déjà le quotidien de nombreux territoires de Bourgogne-Franche-Comté. En 2021, les plus de 60 ans représentent 32% de la population régionale, soit près d’un habitant sur trois, contre 27% au niveau national (INSEE). Le département de la Nièvre, par exemple, compte une proportion de seniors parmi les plus élevées de France.

Le vieillissement accentue des dynamiques déjà présentes : exode des jeunes, concentration de l’offre médicale, fragilisation des structures d’aide à domicile. Le défi est d’autant plus aigu en milieu rural, là où la desserte en services est souvent moins dense qu’en ville. Pourtant, la BFC dispose aussi d’atouts : une tradition de solidarités locales, des collectivités dynamiques, une expertise médico-sociale bien implantée.

Face à cette réalité, les politiques publiques évoluent. Mais comment ? Et quelles pistes concrètes pour les acteurs locaux, professionnels du secteur, élus de proximité ou associations ? C’est ce que nous détaillons.

Vieillissement : les grandes lignes des politiques publiques nationales

Au niveau national, le pilotage de la politique de l’âge s’appuie sur plusieurs textes majeurs : la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement (2015), le programme "Ma santé 2022", ou encore la dernière réforme "Bien Vieillir" votée en 2024.

  • Prévention de la perte d’autonomie : aides à la mobilité, actions collectives de prévention des chutes, repérage de la fragilité.
  • Aide à domicile : revalorisation des métiers, financement de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), services renforcés dans les territoires peu dotés.
  • Établissements d’hébergement (EHPAD, résidences autonomie) : forfaits soins revalorisés, développement de l’accueil de jour et des accueils temporaires.
  • Lutte contre l’isolement social : soutien aux initiatives locales, mobilisations intergénérationnelles.

Le pilotage national fixe le cap, mais la déclinaison opérationnelle se joue largement au niveau régional, via les ARS, conseils départementaux, caisses de retraite et associations.

Déclinaison régionale : l’organisation en Bourgogne-Franche-Comté

Concrètement, pour la BFC, l’ARS coordonne la feuille de route régionale, en lien étroit avec les conseils départementaux, pivots de l’action sociale en faveur des personnes âgées. Quatre chantiers nous paraissent structurant :

1. Le pilotage territorial : quels leviers en BFC ?

  • Dispositifs départementaux : chaque département anime une conférence des financeurs pour soutenir innovation, prévention, accès aux droits.
  • Coordination des acteurs : les "maisons des aînés", réseaux de santé gérontologiques, plateformes d’accompagnement et de répit (pour les proches aidants).
  • AGIR pour la prévention : plusieurs territoires, comme en Saône-et-Loire, s’appuient sur des dispositifs "Ateliers du Bien Vieillir" (exercices physiques adaptés, nutrition, mémoire…)

2. Adaptation de l’offre médico-sociale

  • EHPAD et lieux de vie : la BFC compte 352 établissements et 23 500 places selon l’ARS (2023). Une augmentation modérée mais une forte hétérogénéité entre zones urbaines et campagnes, tension accrue sur le nord de la région.
  • Accueil à domicile : on estime à 28 000 le nombre de bénéficiaires de l’APA à domicile dans la région (source : DREES, 2022), majorité en Côte-d’Or et Doubs.
  • Services d’aide et soins à domicile (SAAD et SSIAD) : réseau dense mais fragilisé, recrutements difficiles, conditions de travail à sécuriser.

3. Soutien aux aidants, enjeu transversal

  • Près d’un habitant sur cinq est un aidant selon l’INSEE, bien souvent des femmes et des retraités eux-mêmes.
  • Renforcement des plateformes de répit, dispositifs d’écoute, et formations avec l’appui des associations régionales – MAIA, France Alzheimer BFC, etc.
  • Soutien à la reconnaissance et au droit au "répit" dans plusieurs départements : Côte-d’Or, Jura, Doubs.

4. Prévenir l’isolement : une priorité régionale

La BFC affiche un taux d’isolement social des plus élevés (près de 13% des 75 ans et + vivent seuls selon l’INSEE). Plusieurs initiatives publiques visent à renforcer la présence sociale sur le territoire :

  • Dispositif "Monalisa" (MObilisation NAtionale contre L’ISolement des Âgés), très actif dans la Nièvre.
  • Appels à projets locaux pour développer les visites à domicile, les activités partagées.

À surveiller dans les prochains mois : la montée en puissance des dispositifs de médiation numérique, pour lutter contre la fracture digitale croissante chez les seniors.

Vieillissement et territoires : des réalités très contrastées

Ce que l’on observe dans la région, c’est une forte diversité des situations :

  • Zones rurales : vieillissement plus rapide (parfois +5 points de seniors vs. la moyenne nationale), accès au soin et à l’offre médico-sociale plus difficile.
  • Petites villes (Louhans, Gray, Avallon…) : difficultés de mobilité et d’offre diversifiée (logement adapté, loisirs).
  • Pôles urbains (Dijon, Besançon) : plus de ressources, mais présence de poches de précarité, notamment dans certains quartiers populaires où la fragilité liée à l’âge se cumule à d’autres vulnérabilités.

Un chiffre clé : dans certaines communes du Morvan, plus de 40% de la population a plus de 60 ans (INSEE). Les enjeux d’attractivité sont aussi liés à la place accordée aux aînés dans ces territoires.

Quels acteurs et dispositifs régionaux mobilisés ?

La richesse de la réponse régionale tient à l’implication de nombreux acteurs. Voici ceux à connaître :

  • ARS BFC : pilote la stratégie et l’allocation des moyens à l’échelle régionale.
  • Conseils départementaux : guichets de proximité, gestion de l’APA, soutien aux SAAD, porteurs de plans gérontologiques locaux.
  • CCAS et intercommunalités : innovations de terrain, portage de repas, mobilités adaptées, nouvelles formes d’habitat (colocations de seniors, habitat partagé comme à Paray-le-Monial).
  • Associations : France Alzheimer BFC, ADMR, FAPA, Plateforme Aidants 71, qui structurent le soutien psychosocial et l’information.
  • CPAM et caisses de retraite : prévention, accompagnement à la santé, financement d’ateliers collectifs.

À retenir : Des territoires pionniers testent, sur fonds publics ou via des appels à projets, des réponses innovantes : baluchonnage (remplacement temporaire des aidants à domicile), parcours santé personnalisés, plateformes numériques d’information et de coordination.

Pistes d’action concrètes pour les collectivités et acteurs de terrain

Les possibilités d’agir sont multiples. Pour tous ceux – élus, associations, professionnels – qui veulent passer à l’action, voici quelques leviers :

  • Structurer l’information auprès des seniors sur leurs droits (APA, conseils de prévention, réseaux)
  • Créer des lieux ressources ouverts aux seniors (maisons des aînés, guichets uniques, points numériques), tout en maintenant une offre de proximité en campagne
  • Renforcer les liens avec les aidants grâce à des temps d’écoute, des formations, et la valorisation du rôle social qu’ils jouent
  • Favoriser le logement adapté : adaptation des domiciles, soutien à la transition vers des habitats inclusifs, aides à la rénovation
  • Développer la mobilité adaptée : transports à la demande, chèques mobilité pour les zones peu desservies
  • Tester de nouveaux formats d’entraide : ateliers intergénérationnels, binômes jeunes/séniors, appui aux associations locales d’entraide

Une vigilance particulière est à avoir dans le contexte actuel : la pénurie de personnel touche tous les métiers des services à la personne en BFC. Sans solutions sur cet enjeu, les politiques les mieux pensées peineront à tenir leurs promesses.

Repères, outils et points de vigilance à partager

  • La cartographie régionale des besoins doit être actualisée tous les ans, en intégrant la voix des usagers eux-mêmes.
  • Le partage d’information entre hôpital, médecin traitant, services à domicile et entourage reste un point faible, à travailler collectivement, notamment via des outils numériques partagés sécurisés.
  • La prévention ne doit pas s’arrêter à la porte de l’Ehpad : chutes, dénutrition, isolation, douleur, santé mentale… autant de sujets à aborder avec méthode et en réseau.
  • Ne pas oublier l’enjeu de la fracture numérique : alors que les démarches administratives se digitalisent, près de 40% des plus de 75 ans ne se connectent jamais à Internet selon l’INSEE (2023).

À surveiller dans les prochaines années : l’expérimentation de solutions d’habitat partagé, qui permet de rester "chez soi" tout en étant entouré – en Côte-d’Or, Haute-Saône, Jura.

Pour aller plus loin

  • Retrouver les dernières données sur le vieillissement et les stratégies régionales sur les sites de l’ARS BFC, l’INSEE, le Ministère de la Santé.
  • Plusieurs guides de bonnes pratiques sont accessibles via le portail de la CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie).
  • Des réseaux régionaux comme l’ORSGE (Observatoire régional de la santé et des professionnels de santé de BFC) proposent analyses et données à jour pour adapter vos actions.

La dynamique régionale ne cesse d’évoluer. La clé reste une veille partagée, la capacité à adapter les réponses à la réalité des territoires, et surtout à la parole des personnes concernées.

À partager dans vos réseaux – c’est tout l’esprit de notre démarche.

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