03/08/2026

Maladies chroniques et comportements à risque : ce que la Bourgogne-Franche-Comté doit savoir et comment agir

Comprendre la réalité régionale des maladies chroniques

Quand on parle de maladies chroniques, les grands chiffres nationaux dominent souvent les discours. Mais les réalités sont très contrastées selon les territoires. La Bourgogne-Franche-Comté (BFC) fait face à une situation qui mérite une lecture attentive car, derrière les moyennes, des spécificités locales appellent des réponses adaptées.

Définir les maladies chroniques : Il s’agit de maladies de longue durée, souvent évolutives, avec un impact significatif sur la qualité de vie et le système de soins. Les principales concernées sont les maladies cardiovasculaires, le diabète, les cancers, les maladies respiratoires chroniques ou encore l’insuffisance rénale chronique. En France, selon Santé publique France, elles touchent environ 20 millions de personnes et représentent la première cause de mortalité (Santé publique France).

En BFC, près d’1 habitant sur 4 souffre d’une affection de longue durée reconnue par l’Assurance Maladie (source : ORS BFC, 2023). Ce taux est supérieur à la moyenne nationale, notamment dans la Nièvre et la Haute-Saône. La mortalité prématurée évitable—les décès avant 65 ans dus à des causes évitables—reste élevée dans certains bassins ruraux (Sud Saône-et-Loire, Morvan), signe d’une exposition plus forte à certains déterminants.

  • Le cancer : la BFC affiche un taux d’incidence global conforme à la moyenne nationale, mais l’incidence du cancer du poumon est plus élevée chez la femme, alors qu’elle baisse chez l’homme (source : Registre des cancers BFC, 2022).
  • Diabète : environ 6 à 7% des adultes sont traités pour un diabète, avec des taux supérieurs dans le Territoire de Belfort et la Côte-d’Or.
  • Maladies cardiovasculaires : 17% des hommes et 13% des femmes de plus de 35 ans reçoivent un traitement pour hypertension artérielle, une proportion légèrement supérieure à la moyenne française (ORS BFC).

À retenir : Les maladies chroniques sont omniprésentes en BFC, avec une surreprésentation dans les départements les moins denses et les plus âgés.

Comportements à risque : tabac, alcool, alimentation, sédentarité

Les comportements de santé restent un levier majeur d’action, et la BFC présente des profils parfois alarmants.

  • Tabac : La prévalence du tabagisme quotidien reste supérieure à 26% des adultes en région, contre 25% en France (source : Baromètre santé INPES, 2022). Le Doubs et la Saône-et-Loire figurent parmi les départements les plus concernés, notamment chez les 18–44 ans.
  • Alcool : La BFC se singularise par une consommation d’alcool fréquente, héritage culturel et festif, mais aux conséquences sanitaires lourdes. 11,7% des adultes consomment de l’alcool de façon quotidienne, presque deux points de plus que la moyenne nationale (source : Santé publique France, 2023). L’Yonne et la Nièvre enregistrent les taux les plus hauts.
  • Alimentation et surpoids : 48% des adultes sont en surcharge pondérale (IMC ≥25), dont 17% en situation d’obésité. Le surpoids touche plus particulièrement les populations rurales et les quartiers prioritaires des villes moyennes (source : ORS BFC).
  • Sédentarité : Un adulte sur trois déclare moins de 150 minutes d’activité physique par semaine, seuil recommandé par l’OMS. Cette inactivité est encore plus marquée en milieu rural éloigné ou dans les zones à faible équipement sportif (PLUi, DREAL BFC).

Concrètement, pour la BFC : Ces comportements à risque sont des facteurs directs ou aggravants pour la plupart des maladies chroniques observées. Leur décroissance, même modérée, aurait un impact majeur, notamment là où l’accès aux soins reste difficile.

Déterminants sociaux et spécificités territoriales en BFC

L’approche “une région, une réalité” prend ici tout son sens. Les déterminants sociaux de santé—c’est-à-dire les conditions de vie, le niveau d’éducation, de revenus, l’emploi, le logement—jouent un rôle déterminant, souvent sous-estimé.

  • Précarité : La Bourgogne-Franche-Comté compte 12% de sa population sous le seuil de pauvreté, avec des écarts majeurs parmi les départements : Nièvre, Jura et Haute-Saône sont les plus concernés (INSEE).
  • Accès aux soins : 37% de la région vit en “zone sous-dense” médicalement selon les critères ARS. La Nièvre et le Jura sont les plus touchés, ce qui pèse sur le suivi des pathologies chroniques.
  • Vieillissement : La part des plus de 60 ans atteint 28% en BFC, avec un effet d’accumulation des maladies chroniques et une complexification du parcours de soins.

À surveiller dans les prochains mois : L’évolution démographique annoncée (hausse des plus de 75 ans) va renforcer le poids des maladies chroniques et les défis de prise en charge en proximité.

Les dynamiques régionales : des écarts à ne pas sous-estimer

Si la BFC partage avec d’autres régions rurales un vieillissement accéléré et une moindre densité médicale, elle affiche aussi quelques particularités à connaître des acteurs de terrain :

  • L’exposition au radon : Plusieurs territoires (haut-Morvan, Jura) sont concernés par un excès de radon dans les habitations, un facteur de risque du cancer pulmonaire (données IRSN).
  • Pénurie d’internistes et de médecins spécialistes : La densité de cardiologues, diabétologues ou rhumatologues demeure inférieure à la moyenne nationale, particulièrement hors agglomérations de Dijon ou Belfort-Montbéliard.
  • Double vulnérabilité rurale : Les populations agricoles ou isolées présentent un cumul de facteurs (isolement, accès réduit à la prévention, moindre recours aux soins, habitudes alimentaires à risque).
  • Inégalités de prévention : La couverture vaccinale contre la grippe, le taux de dépistage du cancer colorectal ou du sein sont globalement inférieurs à la moyenne, notamment dans l’Yonne, la Nièvre, et le sud de la Saône-et-Loire.

Ce que l’on observe dans la région : Les logiques territoriales priment sur les moyennes régionales, d’où la nécessité d’actions différenciées département par département.

Leviers d’action pour les collectivités, professionnels de santé et acteurs locaux

La lutte contre les maladies chroniques et les comportements à risque ne se joue pas uniquement dans les hôpitaux : l’impact majeur vient d’actions locales coordonnées. Plusieurs pistes émergent comme prioritaires :

  • Renforcer la médiation en santé : Développer des dispositifs de médiateurs de santé, en particulier dans les zones sous-denses médicalement (Nièvre, Jura, Bresse).
  • Favoriser l’aller-vers : Organiser des actions de prévention mobile (dépistage, vaccination, bilans de santé) dans les bourgs ruraux, quartiers prioritaires ou zones agricoles.
  • Soutenir l’éducation à la santé dès l’école : Généraliser les programmes “Nutrition et Santé” en collège, en partenariat avec les Missions locales, afin d’agir tôt sur les comportements à risque.
  • Développer l’activité physique de proximité : Mobiliser les ressources communales pour ouvrir ou adapter des équipements sportifs, créer des sentiers santé, soutenir les associations sportives pour les publics fragiles (personnes âgées, handicapées, précaires).
  • Renforcer le lien social : Mettre l’accent sur la lutte contre l’isolement, qui favorise les addictions et complique la prise en charge des pathologies chroniques – notamment via des espaces associatifs et des ateliers collectifs animés par des pairs.
  • Impliquer les pharmaciens et infirmiers : Ils constituent un maillon essentiel en zone rurale, par leur rôle en prévention, repérage et éducation thérapeutique.
  • Développer l’observation locale : Encourager les collectivités à exploiter les données des CPAM, des ARS et de l’ORS BFC pour cibler au plus près les besoins du territoire, sans attendre la publication de données nationales parfois décalées.

Exemple : Le programme “Icope” piloté par le CHU de Dijon mise sur la prévention personnalisée du vieillissement et l’autoévaluation des fragilités : il a permis de détecter plus tôt des risques de chute ou de dénutrition dans le Grand Dijon et pourrait inspirer des adaptations rurales.

Les priorités à partager : une veille locale pour une santé publique plus efficace

Les enjeux sont clairs : sans réduction des inégalités de prévention et une mobilisation accrue des acteurs locaux, la dynamique actuelle risque d’accentuer le poids des maladies chroniques en Bourgogne-Franche-Comté. Que l’on soit élu communal, professionnel du médico-social, soignant de premier recours ou associatif, chacun peut agir à son niveau :

  • En diffusant des messages validés et contextualisés auprès des habitants (réseaux sociaux, bulletins locaux, rencontres publiques).
  • En soutenant et relayant les campagnes de prévention nationales et régionales, en particulier là où la population est éloignée des actions classiques.
  • En renforçant l’observation de proximité pour mieux ajuster l’offre à la demande réelle.
  • En valorisant, dans chaque territoire, les expériences qui “marchent” : ateliers cuisine, marches collectives, clubs de prévention jeunes, etc.
Département Prévalence maladies chroniques Taux de tabagisme Zone sous-dense médicale (%)
Nièvre ~28% 27% +65%
Saône-et-Loire 24% 28% 56%
Côte-d’Or 21% 25% 32%
Jura 25% 25% 61%
Doubs 22% 26% 45%
Yonne 23% 26% 52%
Haute-Saône 26% 26% 66%
Territoire de Belfort 21% 24% 37%

À partager dans vos réseaux : La veille santé publique ne vise pas uniquement à constater, mais à nourrir l’action, localement et collectivement. Pour la BFC, il est urgent de maintenir ce fil régional, pragmatique et orienté solutions. Des évolutions sont à attendre — en termes de politiques publiques, de mobilisation des secteurs sociaux et associatifs, mais aussi d’adaptation de l’offre de soins aux nouveaux défis épidémiologiques.

Retrouvons-nous régulièrement sur Veille Santé en Bourgogne-Franche-Comté pour échanger, partager et agir ensemble. Parce qu’au-delà des chiffres, ce sont les dynamiques locales et la participation de tous qui feront la différence.

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