22/08/2026

Comportements à risque : un défi concret pour la santé publique en Bourgogne-Franche-Comté

De quoi parle-t-on ? Comprendre les comportements à risque pour mieux agir

Les “comportements à risque” désignent l’ensemble des habitudes et pratiques qui augmentent la probabilité de développer ou d’aggraver une maladie. En France, on pense immédiatement au tabac, à l’alcool, à l’alimentation déséquilibrée, à la sédentarité, mais aussi à la prise de substances psychoactives (hors alcool et tabac), ou aux comportements sexuels non protégés. Ces habitudes pèsent lourdement sur la santé des habitants, et cela se vérifie particulièrement en Bourgogne-Franche-Comté (BFC).

Si l’on en parle autant en santé publique, c’est parce que l’Organisation mondiale de la santé estime que plus des deux tiers des maladies chroniques pourraient être évitées si chacun limitait ces comportements à risque. Le terme “mortalité prématurée évitable” y est associé : il désigne les décès qui n’auraient pas eu lieu avant 65 ans si certains risques évitables (addictions, alimentation…) avaient été maitrisés.

Panorama national : quels comportements à risque préoccupent aujourd’hui ?

Selon le dernier rapport Santé publique France (Santé publique France, 2023), les principaux facteurs de risque comportementaux restent stables :

  • Tabagisme : 31,8 % des 18-75 ans fument en France (2021), 25 % quotidiennement.
  • Consommation d’alcool : 23,7 % des adultes dépassent les limites de consommation recommandées.
  • Alimentation déséquilibrée : Moins de 1 personne sur 4 consomme cinq fruits et légumes par jour.
  • Sédentarité : Près de 40 % des adultes sont physiquement inactifs, selon les recommandations de l’OMS.
  • Drogues illicites : Environ 11 % des 18-64 ans déclarent avoir déjà consommé du cannabis dans l’année.

À ces chiffres s’ajoutent d’autres préoccupations nationales : usage excessif des écrans (santé mentale, isolement), pratiques sexuelles non protégées (infections sexuellement transmissibles), ou automédication non contrôlée.

Ce que l’on observe dans la région : focus Bourgogne-Franche-Comté

Les comportements à risque ne touchent pas toutes les régions de la même façon. La Bourgogne-Franche-Comté présente certaines particularités, souvent en lien avec ses réalités rurales et la structure démographique.

  • Tabac : La BFC fait partie des régions où la prévalence du tabagisme reste supérieure à la moyenne nationale : près de 28 % de fumeurs quotidiens (SPF, Baromètre de Santé publique France, 2021). Le Jura, la Côte-d’Or et la Nièvre sont concernés par des taux plus élevés, souvent en zones rurales ou périurbaines.
  • Alcool : La région détient le taux le plus élevé de consommation régulière d’alcool chez les adultes (plus de 12 unités par semaine pour 13 % des hommes, 6 % des femmes, source : OFDT–Observatoire français des drogues et tendances addictives, 2023). Le phénomène est particulièrement marqué en Saône-et-Loire (zone viticole, forte convivialité autour des repas) et en Haute-Saône.
  • Sédentarité et obésité : La Bourgogne-Franche-Comté fait face à un taux de surpoids et d’obésité plus élevé qu’en moyenne métropolitaine : près de 17,3 % d’obèses chez les adultes (INSEE, 2021), avec un pic en Nièvre et dans l’Yonne. Le déficit de professionnels du sport-santé limite en outre certaines actions de prévention sur le terrain.
  • Santé mentale : L’isolement en zone rurale, combiné à l’intensification de certains usages numériques (écrans, jeux), accroît les risques de conduites addictives chez les plus jeunes.
Comportement à risque Taux en BFC Particularités territoriales
Tabac ~28 % (fumeurs quotidiens) Jura, Nièvre, zones périurbaines
Alcool régulier 13 % (hommes) – 6 % (femmes) Saône-et-Loire, Haute-Saône
Obésité adulte 17,3% Nièvre, Yonne

La région se distingue également par une prévalence élevée de décès évitables liés à ces comportements. On observe un retard à la baisse du tabagisme féminin, et une hausse, encore timide mais bien réelle, de la consommation de cannabis à l’adolescence, notamment en Côte-d’Or et dans l’agglomération bisontine (ARS BFC, 2022).

Pourquoi s’en préoccuper particulièrement aujourd’hui ?

Plusieurs raisons font que la prévention des comportements à risque devient une urgence régionale.

  • Vieillissement accéléré de la population : Avec un taux d’habitants de plus de 75 ans supérieur à la moyenne nationale (INSEE, 2023), les pathologies chroniques liées au tabac et à l’alcool pèsent sur la qualité de vie et sur les systèmes de soin locaux, déjà fragiles dans certains territoires éloignés.
  • Inégalités de santé territoriales : Les espaces ruraux, moins pourvus en acteurs de prévention ou en accès aux soins primaires, cumulent surmortalité évitable et comportements à risque (voir rapport ARS BFC, 2021). Les jeunes des zones rurales ont davantage tendance à consommer de l’alcool ou du tabac précocement (campagnes EnCLASS).
  • Surcharges hospitalières et médico-sociales : AVC, cancers, pathologies cardiaques induits par ces comportements surchargent les établissements, en particulier là où les ressources humaines en santé se raréfient (territoires dits “sous-denses”, Nièvre, Haute-Saône).
  • Coût économique : En France, le coût social du tabac (156 milliards d’euros/an) et celui de l’alcool (120 milliards/an) dépassent de loin les dépenses de prévention (OFDT, 2022). Cette pression se répercute concrètement sur l’économie locale en BFC : absentéisme, perte de productivité, soutien accru des collectivités aux dispositifs d’aide.
  • Mutation des usages chez les jeunes : L’expérimentation des vape (cigarette électronique), la montée des polyconsommations (alcool + cannabis) et les difficultés de repérage en milieu scolaire obligent à repenser l’action des équipes éducatives et médico-sociales.

Tout cela rend nécessaire une mobilisation collective et territoriale.

À retenir :
  • Les comportements à risque ne se limitent pas aux addicitons les plus médiatisées : l’alimentation, la sédentarité, les usages numériques et les conduites sexuelles à risque sont aussi majeurs.
  • Le contexte rural/agglomération de la BFC impose d’adapter les dispositifs aux réalités locales : problématiques d’accès, absence de relais de prévention, isolement social…

Agir pour freiner l’impact des comportements à risque : quelles pistes pour les acteurs régionaux ?

Les données existent : l’enjeu est d’en faire un levier d’action régional et local. Voici des exemples concrets adaptés à la Bourgogne-Franche-Comté, à destination des collectivités, des associations et du médico-social.

  • Diversifier les relais de prévention : Là où la médecine de ville se raréfie, impliquer les associations, clubs sportifs, maisons France Services et pharmacies comme relais de prévention et d’orientation. À suivre : le déploiement des Contrats locaux de santé.
  • Informer sans moraliser : Les campagnes “Dry January” ou “Mois sans tabac” sont utiles, mais n’atteignent souvent pas les milieux les plus précaires. Travailler à des messages co-conçus avec les habitants et adaptés à leur quotidien rural ou périurbain.
  • Intervenir tôt, en milieu scolaire : Soutenir les espaces d’écoute jeunes (ou PAEJ), la formation des infirmiers scolaires et les ateliers de pair-à-pair, particulièrement efficaces dans le repérage précoce.
  • Penser les inégalités d’accès : Adapter les horaires, rendre le dépistage mobile (camionnettes santé), proposer des actions de proximité pour mieux toucher les habitants isolés des petites communes.
  • Évaluer l’impact local : Utiliser les données des diagnostics locaux de santé, observer l’évolution dans le temps (ex. : part des collégiens déclarant fumer dans le Jura – Éducation nationale/DIREN), réorienter rapidement si un quartier ou un canton « bascule » dans des taux plus élevés.
  • Mobiliser les élus : Certains outils, comme le plan régional santé-environnement ou les Plans locaux de santé publique, permettent de flécher des budgets vers les actions concrètes (ex. : subventions à la marche à pied, aux jardins partagés, aux ateliers cuisine en zone rurale).

Pistes à surveiller dans les prochains mois en BFC :

  • Le renforcement du “aller-vers” (consultations mobiles, prévention sur les marchés, festivals, clubs seniors) ;
  • La montée en puissance de la prévention de l’alcoolisation ponctuelle importante (API) auprès des 18-25 ans ;
  • L’engagement d’acteurs non habituels (entreprises, associations culturelles), pour sortir des cercles classiques de la santé ;
  • L’expérimentation de nouveaux outils digitaux (applications locales d’aide à l’arrêt du tabac ou d’activité physique connectée).

Comment chaque acteur peut contribuer à retourner la tendance ?

La force d’une région, c’est sa capacité à fédérer différents acteurs : professionnels de santé, collectivités locales, associations sportives ou culturelles, établissements médico-sociaux. Chacun a un levier d’action.

  • Élus locaux : Intégrer la question des comportements à risque dans les projets de territoire, développer les mobilités actives et travailler avec les intercommunalités pour innover sur l’accès à la prévention.
  • Professionnels de santé : Adopter le « repérage précoce et intervention brève » (formation RPIB), documenter les cas et relayer les bonnes pratiques localement.
  • Enseignement et secteur éducatif : Organiser des temps forts réguliers (non-jugeants, interactifs), inviter des pairs-formateurs, lier l’alimentation, le sport, le numérique et le bien-être dans une approche globale.
  • Associations : Aller vers publics invisibles, proposer des actions hors des sentiers battus : balades santé, ateliers cuisine, nocturnes pour les jeunes adultes, points d’écoute mobile.
  • Entreprises et monde du travail : Développer des espaces détendus de sensibilisation (petits-déjeuners santé, challenges d’activité), intégrer les addictions dans le dialogue social et le suivi du personnel.
  • Citoyens : S’informer, partager l’information crédible, devenir ambassadeur prévention dans son entourage ou dans les structures locales.

Pour aller plus loin : des ressources et des initiatives inspirantes en BFC

Voici quelques repères utiles pour celles et ceux qui souhaitent agir, s’informer ou relayer des actions innovantes en santé publique régionale :

  • Département 21, Côte-d’Or : Le dispositif “Bus prévention santé” sillonne le département pour informer sur tabac, alcool, nutrition, et proposer des tests rapides anonymes.
  • Jura : Des maisons sport-santé de proximité développent des ateliers d’activité physique adaptés pour les seniors ne pouvant se déplacer.
  • Yonne et Nièvre : Le réseau REPOP Bourgogne (obésité enfant) accompagne familles rurales avec visites à domicile et groupes d’entraide parentale.
  • Doubs : Programme “Collège sans addiction”, coordonné avec les infirmiers scolaires et la Maison des adolescents.
  • Plateforme régionale Addictions BFC : Relais pour les professionnels et les acteurs locaux sur l’ensemble des conduites à risque (plateforme, guides pratiques, webinaires thématiques).
À partager dans vos réseaux :
  • Lutter contre les comportements à risque, c’est d’abord faire tomber les fatalismes (« il y aura toujours des fumeurs dans le village ») et identifier les leviers propres à chaque territoire.
  • Sur chaque bassin de vie, un acteur peut prendre l’initiative et impulser une dynamique : il s’agit souvent d’un collectif, rarement d’un individu isolé.
  • Enfin, la bonne information, contextualisée, fait toute la différence pour agir juste, au bon moment, là où cela compte.

Sources principales : Santé publique France, INSEE, OFDT, ARS Bourgogne-Franche-Comté, Plateforme Addictions BFC.

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