27/08/2026

Tabagisme en Bourgogne-Franche-Comté : quels impacts en ville et à la campagne ?

Point de départ : le tabac, une réalité contrastée entre campagnes et villes

Le tabac reste en 2024 le premier facteur de mortalité évitable en France, responsable de près de 75 000 décès chaque année selon Santé publique France (SPF, 2022). Si l’on sait que la France présente un des taux de tabagisme les plus élevés d’Europe occidentale, la répartition du phénomène sur le territoire reste moins connue, et pourtant essentielle. En Bourgogne-Franche-Comté (BFC), où les contextes locaux varient fortement entre le rural du Morvan et l’urbain de Besançon ou Dijon, cette répartition influence directement la prévention, l’accès aux soins, et la morbidité associée.

Un constat : la lutte contre le tabagisme n’avance pas au même rythme partout, et les acteurs locaux sont souvent confrontés à des enjeux différents selon qu’ils interviennent à Chalon-sur-Saône, Dole ou dans une commune isolée de la Haute-Saône.

Tabagisme : des chiffres globaux, mais des réalités régionales à préciser

La dernière enquête du Baromètre de Santé publique France (SPF, 2022) montre que 31 % des adultes de 18 à 75 ans en BFC déclarent fumer, soit un taux comparable à la moyenne nationale, mais avec de forts contrastes internes. La région présente une prévalence masculine légèrement supérieure à la moyenne nationale, avec une surreprésentation masculine dans certaines tranches d’âge en zone rurale (SPF, 2022).

Selon l’INSEE (INSEE, 2023), les départements les plus ruraux de la région affichent généralement une consommation de tabac plus ancienne et moins déclinante que dans les grandes agglomérations. Les territoires périurbains et ruraux n’échappent donc pas à la chronification du tabagisme, loin des stéréotypes d’un « tabac urbain » vu comme plus à la mode : en vérité, l’urbanité favorise surtout une transition plus rapide vers la baisse du tabagisme, aidée par l’accès aux campagnes de prévention et aux dispositifs de sevrage.

Pourquoi ces écarts concernent tous les acteurs de santé publique régionale ?

Il est crucial que chacun ait en tête ces disparités pour calibrer les interventions, choisir les bons relais et améliorer la prévention. Le tabagisme n’engendre pas les mêmes conséquences sanitaires ou sociales à Gray qu’à Dijon — et les solutions ne sont efficaces que si elles sont contextualisées :

  • En zone urbaine : accès facilité aux structures de prévention, mais forte exposition au marketing et au tabac chez les jeunes adultes.
  • En zone rurale : moins d’offres d’accompagnement au sevrage, plus de difficultés à rejoindre les dispositifs en raison de la mobilité, importance des relais communautaires.

Concrètement, pour la BFC, ces éléments conditionnent la prise en charge du tabagisme chez les publics éloignés du soin (personnes isolées, précaires), mais aussi la capacité des collectivités à déployer des politiques de prévention efficaces sur l’ensemble du territoire.

Ce que montrent les données en Bourgogne-Franche-Comté

À partir des dernières publications ARS BFC (ARS, 2023), plusieurs points ressortent :

  • Les territoires ruraux (Nièvre, Haute-Saône, Sud-Yonne) peinent à faire baisser durablement le taux de fumeurs quotidiens, malgré un léger recul national.
  • Les zones urbaines, Dijon Métropole et Besançon Agglomération, affichent des progrès sur la tranche des jeunes adultes, mais rencontrent des difficultés sur la précarité tabagique (personnes sans emploi ou en situation de vulnérabilité sociale).
  • Le tabagisme féminin reste plus stable en rural qu’en urbain, notamment chez les femmes de 45 à 60 ans.

L’enquête IRESP-ORS BFC 2022-2023 rapporte par exemple un taux de 32,4 % de fumeurs adultes en zone rurale contre 29,1 % en zone urbaine en région (ORS BFC). La différence semble mince, mais elle masque une prévalence de fumeurs « lourds » (plus de 10 cigarettes/jour) bien supérieure en rural (21 % contre 14 % en urbain).

À retenir

  • En BFC, la ruralité rime encore souvent avec tabagisme quotidien installé et précoce, débuté plus tôt et arrêté plus tard.
  • Les actions doivent cibler les poches de sur-risque, notamment les zones défavorisées, et intégrer la variable d'isolement social.

Tabagisme et inégalités sociales de santé : un enjeu rural-urbain concret

Le tabagisme reste l’exemple-type d’un déterminant social de santé. En BFC, les chiffres sont clairs : dans les secteurs à plus faible densité médicale, la part de fumeurs est souvent plus élevée, et la mortalité prématurée attribuable au tabac y est supérieure à la moyenne régionale (SPF, 2022).

Quelques données régionales :

Zone Taux de fumeurs quotidiens (%) Mortalité prématurée attribuable au tabac* (/100 000 hab., moins de 65 ans)
Urbain (Dijon, Besançon, Montbéliard) 29,1 158
Rural (Nièvre, Haute-Saône, Sud-Yonne) 32,4 187
Périurbain 30,3 163

*Source : ORS BFC, SPF, 2022. La « mortalité prématurée attribuable au tabac » désigne les décès intervenus avant 65 ans pouvant être liés au tabac.

À surveiller dans les prochains mois : la mortalité évitable reste, dans certains bassins de vie ruraux (par exemple le Charolais-Brionnais ou le Val de Saône), supérieure de plus de 20 % à celle des centres urbains (ORS, 2023).

Pourquoi ces écarts persistent-ils ?

La littérature scientifique et les retours de terrain convergent sur plusieurs explications :

  • Facteurs socioculturels : en rural, ancrage plus fort du tabac dans le collectif, moindre banalisation du sevrage, poids des habitudes familiales.
  • Accessibilité : offre de soins restreinte, difficultés de mobilité vers les structures d'accompagnement au sevrage (CSAPA, consultations tabacologiques), moindre fréquence des campagnes de prévention « physiques ».
  • Ressources locales limitées : les médecins généralistes font office de premiers recours, mais ne bénéficient pas toujours d'outils adaptés à la coordination pluriprofessionnelle, notamment dans les MSP ou centres de santé ruraux.
  • Disparités de l’offre de prévention : campagnes et animations en associations, établissements scolaires ou entreprises sont concentrées en ville ; difficile d’avoir des interventions de proximité en rural faute de volontaires et de moyens logistiques.

Quels leviers d’action pour les acteurs de Bourgogne-Franche-Comté ?

Ce que l’on observe dans la région, c’est que les leviers classiques (affichage, brochures, journées thématiques) atteignent leurs limites, surtout dès lors qu’il s’agit de toucher des usagers isolés ou non connectés. Il est donc primordial de s’adapter :

  • Renforcer les relais de prévention locaux : mobilisation des associations de terrain, des Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), et des élus locaux, notamment en organisant des ateliers collectifs décentralisés (ex. : lutte contre le tabagisme dans les zones périurbaines du Doubs ou en Bresse).
  • Développer les téléconsultations tabacologiques : pour les territoires avec faible offre de spécialistes, la téléconsultation facilite l’accès à des conseils personnalisés sans attendre le passage (rare) d’une équipe mobile de prévention.
  • Valoriser les témoignages locaux : donner à voir, par des campagnes de communication régionales, que le sevrage est possible ici aussi, en relayant des exemples “ruraux” de réussite.
  • Agir sur les déterminants sociaux : intégrer le tabac dans les dispositifs d’allocation sociale, d’accompagnement des publics précaires, ou de santé en entreprise, en ciblant particulièrement l’agroalimentaire, l’industrie et le secteur du bâtiment où la prévalence reste forte.
  • Former les professionnels à la prévention contextuelle : outils adaptés au « aller-vers », formation des élus et professionnels des maisons de services au public à la détection et à la motivation au sevrage.

À qui s’adresse l’action ?

  • Élus des collectivités rurales et urbaines (pour adapter la communication et soutenir les relais locaux)
  • Structures médico-sociales (CSAPA, SSIAD, établissements pour personnes âgées)
  • Associations d’insertion (accueil, prévention, parentalité)
  • Entreprises, fédérations professionnelles (notamment dans les secteurs à forte prévalence masculine)
  • Professionnels libéraux (médecins, pharmaciens, infirmiers : premiers partenaires de la détection)

Enjeux à suivre et pistes pour progresser en région

Face à l’évidence des écarts rural-urbain, plusieurs pistes sont à renforcer dans la stratégie régionale :

  • Mieux cartographier les zones d’hyper-risque pour ajuster l’action (cf. outils INSEE, ARS et Ors BFC, voir liens infra)
  • Soutenir les expériences pilotes : par exemple, développer les équipes mobiles d’intervention anti-tabac dans les bassins ruraux isolés de Saône-et-Loire ou du Pays Graylois
  • Intégrer davantage le tabac dans les dynamiques “Lieux de santé sans tabac”, y compris dans les espaces semi-publics ruraux (cafés, festivals, associations sportives, fêtes rurales...)
  • Favoriser la coordination intersectorielle : indispensable pour toucher à la fois les scolaires, les actifs, les retraités et les personnes en insertion
  • Renforcer la prévention dès l’école : campagnes ciblées, co-construites avec les établissements scolaires ruraux, dont le personnel et les associations de parents sont parfois en demande d’outils adaptés.

À partager dans vos réseaux : chaque acteur peut relayer les outils de prévention, les bonnes pratiques et les chiffres-clés pour amplifier la lutte contre le tabagisme, y compris dans les zones hors des radars des campagnes nationales. La réussite régionale passera par une veille partagée, un ancrage territorial, et la montée en compétence des relais locaux. La Bourgogne-Franche-Comté — par la diversité de ses territoires — doit imaginer une action différenciée, pragmatique et inclusive.

Sources principales à consulter pour aller plus loin

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