22/03/2026

Prévention nutritionnelle et activité physique : quels impacts mesurables pour limiter les décès évitables en Bourgogne-Franche-Comté ?

Comprendre les décès évitables : un défi de santé publique en mutation

Le concept de “décès évitables” est central en santé publique. Il désigne les décès prématurés qui pourraient être évités par la prévention primaire (réduction des expositions à risque comme le tabac, l’alcool, la mauvaise alimentation), la prévention secondaire (dépistage et prise en charge précoce) ou une meilleure organisation des soins. Santé publique France). Deux blocs de facteurs se détachent :

  • Comportements individuels modifiables : alimentation déséquilibrée, sédentarité, consommation de substances (tabac, alcool), faible niveau d’activité physique.
  • Accès aux soins et organisation du système de santé.

Ce que l’on observe en Bourgogne-Franche-Comté (BFC), c’est que les indicateurs de mortalité évitable sont souvent plus dégradés dans nos territoires ruraux, notamment en Haute-Saône, dans la Nièvre ou certains cantons du sud de l’Yonne. Les enjeux sont donc régionaux, pas seulement nationaux.

Nutrition, activité physique : quels leviers sur la mortalité ?

L’activité physique insuffisante et la mauvaise alimentation sont régulièrement pointées du doigt dans la littérature scientifique. Selon le rapport ONAPS 2023 (Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité), 1 Français sur 3 présente un niveau d’activité physique trop faible, avec une proportion encore plus marquée dans les classes d’âge avancé et les milieux ruraux. Parallèlement, Santé publique France (dossier nutrition) estime que la mauvaise alimentation et la sédentarité sont responsables de plus de 60 000 décès chaque année, principalement via les maladies cardiovasculaires, certains cancers et le diabète de type 2.

  • L’alimentation inadaptée : quota trop bas de fruits/légumes, excès de sel, de sucres ajoutés, de produits ultra-transformés.
  • Sédentarité : plus de 6 h/jour assis (hors sommeil) double le risque de mortalité par maladies chroniques.
  • Impact cumulé : une personne physiquement active et bien alimentée a un risque réduit de 30 à 40 % de décès prématuré selon l’INSERM (INSERM).
Département BFC % d’adultes insuffisamment actifs (ONAPS 2022) % surpoids/obésité (Source ARS BFC 2022)
Saône-et-Loire 38 % 53 %
Doubs 34 % 48 %
Nièvre 42 % 56 %
Jura 35 % 50 %

Concrètement, pour la BFC, ces chiffres confirment l’intérêt d’intervenir prioritairement dans les territoires où les deux facteurs se cumulent. L’effet “boule de neige” est net : plus la population est en surpoids et peu active, plus la mortalité prématurée (> 25 %) est forte (Portrait Santé ARS BFC).

Actualités et dynamiques nationales : ce que ça implique localement

Depuis la stratégie nationale de santé 2018-2022, les axes "nutrition" et "activité physique" sont inscrits comme priorités dans le Programme national nutrition santé (PNNS). De nouveaux référentiels sont sortis en 2023 concernant l’activité physique adaptée pour les maladies chroniques (HAS) et la promotion de l'alimentation dans les écoles. Mais que signifient ces priorités pour notre région ?

  • En BFC, l’accès à des équipements sportifs ou à une offre de produits frais est très variable selon les territoires (cf. étude INSEE sur les “déserts alimentaires” dans la Nièvre et la Haute-Saône, 2022).
  • La densité de professionnels de l’activité physique adaptée (APA) par habitant reste basse hors agglomérations (Besançon, Dijon).
  • Les initiatives de “prescription d’activité physique” démarrent, mais encore peu de médecins généralistes dans le sud de l’Yonne ou la Haute-Saône prescrivent de l’APA selon l’URPS Médecins 2023.

À surveiller dans les prochains mois : les financements ARS pour les parcours “activité physique sur ordonnance”, avec des appels à projets spécifiques pour le milieu rural et les quartiers prioritaires.

Des inégalités régionales marquées : les chiffres à retenir

Ce que l’on observe dans la région : la prévention nutritionnelle et l’accès à l’activité physique sont très dépendants des contextes locaux. Plusieurs écarts Nord/Sud et Urbain/Rural sont à souligner :

  • Taux d’obésité : jusqu’à 1,5 fois plus élevé dans la Nièvre que dans le Doubs selon l’enquête Esteban (Santé publique France 2017).
  • Précarité alimentaire : 19 % des ménages dans l’Yonne déclarent avoir sauté au moins un repas faute de moyens au cours des 6 derniers mois (Croix-Rouge 2022).
  • Accès aux infrastructures sportives : 27 % des communes de Haute-Saône sont à plus de 15 minutes d'une salle de sport ou d’un espace public adapté (source : Schéma régional Sport 2022).

À retenir :

  • Les territoires les plus vulnérables cumulent plusieurs risques : isolement, précarité alimentaire, offre santé réduite.
  • La population âgée (près de 25 % des habitants de la Nièvre a plus de 65 ans) rencontre des difficultés supplémentaires à intégrer une activité physique régulière, faute de structures et d’accompagnement.

Agir localement : des leviers concrets pour les acteurs de terrain

Ce que cela implique pour la Bourgogne-Franche-Comté : il ne suffit pas de généraliser les campagnes nationales. Il faut adapter les réponses aux réalités des cantons, des villages, des quartiers.

  • Pour les collectivités : Penser l’accès à la pratique sportive dans la rénovation ou la création d’infrastructures (aides à l’achat de vélos, développement de parcours santé, ouverture des gymnases hors scolaires).
  • Pour les professionnels de santé/Médico-social : Former à la prescription d’APA, intégrer la prévention nutritionnelle dans le parcours soins des maladies chroniques, collaborer avec les éducateurs sportifs locaux.
  • Pour le secteur associatif : Proposer des ateliers “cuisine santé” ouverts à tous, mobiliser les habitants autour de défis collectifs, outiller les accompagnants sociaux à repérer les situations de précarité alimentaire ou de sédentarité extrême.
  • Pour les élus des communes rurales : Accompagner la création de jardins partagés, faciliter l’accès à des marchés de producteurs, négocier une desserte en transports vers les structures sportives de secteur.

Quelques exemples d’actions inspirantes en BFC :

  • L’atelier “Marche santé” intercommunal du Grand Autunois, qui réunit chaque semaine plus de 50 séniors, favorisant la régularité d’activité et la sociabilité.
  • Le Projet Alimentaire Territorial du Haut-Mâconnais, qui relie producteurs locaux, écoles et maisons de santé pour intégrer les produits frais dans plus de 15 cantines rurales.
  • Les “rendez-vous sport/santé” en quartiers prioritaires de Belfort, portés par plusieurs associations de quartiers et soutenus par la Ville et l’ARS.

Il ne s’agit pas de tout réinventer, mais de soutenir, d’amplifier et de valoriser les démarches locales déjà initiées.

Perspectives : comment consolider une culture commune de la prévention en santé ?

L’équipe l’observe année après année : réduire les décès évitables ne dépend pas que d’un message ou d’une intervention. Cela suppose trois ingrédients :

  1. Des indicateurs locaux, suivis et partagés (tableaux de bord de santé communaux, portrait santé des quartiers).
  2. Des solutions adaptées aux ressources de chaque territoire (mobilisation des maisons de santé pour l’APA en absence de gymnase, partenariats avec les restaurateurs pour améliorer l’offre locale).
  3. Une dynamique collaborative : élus, associations, professionnels santé, habitants et ARS doivent co-construire les réponses, sans cloisonnement.

Ce que l’on recommande d’ici 2025 :

  • Développer les formations en activité physique adaptée pour les professionnels et le grand public, avec une attention prioritaire aux zones rurales.
  • Renforcer la lutte contre la précarité alimentaire, avec un travail de fond sur l’accès à l’offre alimentaire locale de qualité (soutien logistique aux maraîchers, marchés ambulants…).
  • Continuer à documenter et à partager les réussites locales pour inspirer les communes voisines.

À partager dans vos réseaux : pour faire évoluer les habitudes, la prévention nutritionnelle et l’activité physique doivent devenir des réflexes collectifs, portés à tous les échelons. Un enjeu qui concerne toutes les générations, tous les territoires et tous les métiers.

Sources principales : Santé publique France, ARS Bourgogne-Franche-Comté, ONAPS, INSEE, INSERM, URPS Médecins, Croix-Rouge Française, Observatoire régional Sport/BFC, HAS

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