La santé publique en Bourgogne-Franche-Comté, expliquée

Agir concrètement sur la mortalité évitable : l’apport décisif des Contrats Locaux de Santé en Bourgogne-Franche-Comté

Comprendre la mortalité évitable : un enjeu majeur pour la région

La mortalité évitable désigne les décès qui pourraient être évités grâce à des politiques de prévention efficaces ou à une meilleure prise en charge médicale (détection, soins). Selon Santé publique France, cette mortalité regroupe les décès avant 65 ans attribués à des causes fortement sensibles à la prévention (tabac, alcool, accidents…) ou à des interventions sanitaires de qualité (traitement des maladies cardiovasculaires, cancers dépistables, etc.).

Depuis plusieurs années, la Bourgogne-Franche-Comté (BFC) fait face à des disparités inquiétantes : le taux de mortalité prématurée évitable y reste supérieur à la moyenne nationale, particulièrement dans certains territoires ruraux (INSEE, Panorama Région 2022). La Nièvre, la Haute-Saône et la Saône-et-Loire figurent parmi les départements les plus concernés : en 2021, le taux de mortalité prématurée y dépassait les 170 pour 100 000 habitants, contre 150 à l’échelle France entière (source : ARS BFC).

Pour avancer sur ce sujet, la mobilisation locale apparaît essentielle. C’est dans ce contexte que les Contrats Locaux de Santé (CLS) jouent un rôle clé, souvent discret, mais structurant pour l’action de terrain.

Les Contrats Locaux de Santé : de quoi parle-t-on vraiment ?

Un Contrat Local de Santé est un cadre de coopération signé entre une collectivité territoriale (souvent une communauté de communes ou une ville) et l’Agence Régionale de Santé (ARS), parfois en lien avec d’autres partenaires (Assurance Maladie, Départements, acteurs associatifs).

En 2023, la région BFC comptait plus de 38 CLS actifs ou en montage, couvrant à la fois des villes moyennes (Montbéliard, Mâcon), des territoires ruraux (Pays Graylois, Puisaye-Forterre) et des espaces périurbains (Grand Dole, Agglomération dijonnaise ; source : ARS BFC – Cartographie des CLS).

Qu’apporte un CLS contre la mortalité évitable ? Analyse des leviers d’action

Parce qu’ils partent d’un diagnostic local, les CLS sont en mesure d’agir sur plusieurs facteurs :

Concrètement, pour la BFC, cela veut dire une capacité à répondre à des enjeux très concrets, comme l’augmentation du tabagisme chez les 18-24 ans en Saône-et-Loire, la limitation de l’accès aux soins primaires dans le Haut-Jura, ou l’organisation de transports solidaires pour des diagnostics précoces en zones de désert médical.

Des exemples à suivre : zoom sur des CLS engagés dans la région

Ces initiatives n’existeraient pas sans la dynamique collaborative créée par les CLS. Elles illustrent comment des problématiques nationales, comme la lutte contre les cancers évitables ou les accidents de la route, prennent des formes différentes – mais toujours concrètes – en région, et appellent à des réponses sur-mesure.

Pourquoi la BFC doit accélérer sur les CLS maintenant ?

Trois éléments convergent :

  1. Une évolution inquiétante de certains indicateurs de mortalité évitable. Selon Santé publique France, en 2022 la mortalité prématurée évitable pour cause d’alcool et de tabac demeure un des points noirs régionaux – avec notamment les départements ruraux et les « territoires oubliés ».
  2. Des pénuries médicales qui aggravent les inégalités devant le diagnostic et le soin précoce. La Nièvre, la Haute-Saône et le sud de l’Yonne affichent un déficit de généralistes supérieur à 30 % par rapport à la moyenne nationale (Atlas régional de la démographie médicale, Conseil national de l’ordre des médecins, 2023).
  3. Des dynamiques territoriales prometteuses mais encore trop isolées. Là où un CLS fonctionne, on observe des gains en dépistage, des réseaux plus efficients, mais sans mutualisation ni montée en puissance régionale. Le risque : un « effet tâche de léopard ».

À surveiller dans les prochains mois : l’impact des nouveaux financements sur la prévention (ex : dispositifs « 1000 premiers jours », renforcement du Ségur de la prévention), l’évolution du nombre de CLS actifs, et la capacité de ces dispositifs à toucher les publics les plus fragiles.

À qui parle-t-on ? Les acteurs concernés et leur rôle

Le potentiel d’un CLS ne se limite pas au vocabulaire institutionnel : il s’adresse, de fait, à l’ensemble des parties prenantes territoriales.

À retenir : le CLS, loin d’être un outil réservé aux « spécialistes », est un levier pragmatique pour tout acteur souhaitant agir sur la santé de sa communauté.

Quels freins ? Quelles marges de progression ?

Toutefois, la dynamique CLS se structure : l’ARS BFC propose désormais des formations pour les pilotes CLS, des outils de diagnostic communs, et des appels à projets fléchés sur la mortalité évitable. Plusieurs CLS de la région travaillent à harmoniser leur évaluation d’impact, pour documenter les avancées et nourrir l’expérience régionale.

Aller plus loin : les conditions d’un impact durable des CLS sur la mortalité évitable

Si une meilleure coordination ne fait pas tout, voici ce qui nous semble indispensable pour que les CLS deviennent de vrais accélérateurs de la lutte contre la mortalité évitable :

L’équipe Sentinelles Santé BFC continuera à partager les nouveautés, les initiatives inspirantes et les retours d’expérience issus du terrain. À toutes celles et ceux qui veulent agir concrètement, le temps est venu : la prévention territoriale, quand elle est collective et ancrée, a déjà fait ses preuves. Au-delà des chiffres, c’est une transformation profonde des habitudes et des synergies qu’il faut poursuivre.

À partager dans vos réseaux – et à surveiller : l’actualité des CLS pourrait bien redessiner la carte de la prévention et de la santé publique dans la région.

Sources principales : ARS Bourgogne-Franche-Comté (rapports CLS et cartographie), INSEE, Santé publique France, Assurance Maladie, Atlas régional de la démographie médicale – CNOM.

En savoir plus à ce sujet :