12/09/2026

Comment l’ARS Bourgogne-Franche-Comté structure la prévention en santé publique ?

Introduction : La prévention, pilier discret mais essentiel en Bourgogne-Franche-Comté

Derrière chaque chiffre sur la santé régionale, chaque inégalité territoriale ou chaque réalité du terrain, il y a la question de la prévention. En Bourgogne-Franche-Comté (BFC), comme ailleurs, elle se construit à la croisée des politiques nationales, du vécu local et des enjeux propres à nos départements : ruralité, vieillissement, difficultés d’accès aux soins. C’est l’Agence Régionale de Santé (ARS) qui pilote en grande partie les programmes, mais rarement seule. Ce tour d’horizon veut donner une vision claire de ce qui est réellement mené en BFC, à qui ça s’adresse, et ce que cela implique pour vous, acteurs de terrain.

Une stratégie régionale guidée par le PRS et des priorités nationales

L’ARS Bourgogne-Franche-Comté n’agit pas « hors sol ». Elle s’inscrit dans le cadre du Projet Régional de Santé (PRS 2018-2028), adapté des grandes orientations du Plan national de santé publique (« Ma santé 2022 », Stratégie nationale de santé). Ce PRS décline, pour chaque territoire, les axes clés autour de la prévention, en s’appuyant sur le diagnostic régional en santé.

  • Un PRS élaboré après une vaste concertation régionale (plus de 500 parties prenantes consultées, selon l’ARS).
  • Des priorités qui s’ancrent dans les spécificités régionales : la mortalité prématurée évitable, l’augmentation des maladies chroniques, les difficultés d’accès aux soins en zones rurales ou « désertifiées », et la fragilité accrue dans certains bassins de vie (INSEE, Atlas Régional de la Santé 2022).

Concrètement, le PRS et l’ARS privilégient une prévention « quatre temps » :

  1. Promouvoir un environnement favorable à la santé : agir sur les déterminants sociaux, environnementaux, comportementaux de la santé (pollution, précarité, modes de vie).
  2. Réduire les inégalités sociales et territoriales : cibler les territoires et publics à risque, notamment en milieu rural, en quartiers urbains prioritaires, ou chez les jeunes vulnérables.
  3. Prévenir la perte d’autonomie : anticiper les effets du vieillissement accéléré de la population régionale.
  4. Mieux prévenir et détecter les maladies infectieuses et chroniques : vaccination, dépistages, accompagnement des conduites à risque.

Les grandes campagnes structurantes déployées en Bourgogne-Franche-Comté

Certaines grandes campagnes nationales sont déclinées dans la région avec une coloration BFC spécifique, selon la situation sanitaire locale, les leviers et freins repérés sur le terrain. Voici les grandes familles de programmes pilotées ou financées par l’ARS, avec un zoom sur ce que cela signifie concrètement dans la région.

1. Programmes de vaccination : renforcer la couverture, lutter contre les risques épidémiques

  • Vaccination des enfants et des publics précaires : BFC affiche encore des écarts de couverture vaccinale, en particulier pour le vaccin contre la rougeole et pour les rappels adultes (Source : Santé publique France, 2023).
  • Focus Covid-19 et grippe : la région a mis en place des dispositifs mobiles dans le Morvan, en Haute-Saône et dans les quartiers de Sens ou Mâcon, pour toucher les publics les plus éloignés du soin.
  • Nouveauté : des campagnes spécifiques contre le papillomavirus (HPV) dans les collèges dès la rentrée 2023, avec un objectif fort sur la Côte-d’Or et le Territoire de Belfort où la couverture était inférieure à la moyenne nationale (Données ARS).

À retenir : la BFC est la 3e région la moins couverte pour certains vaccins majeurs. Les acteurs locaux (collectivités, PMI, associations) sont ciblés pour porter des actions de proximité.

2. Dépistages organisés : cancers, diabète, IST

  • Dépistage du cancer colorectal, du sein, du col de l’utérus : coordonnés par le CRCDC (Centre régional de coordination des dépistages des cancers). La Saône-et-Loire et la Nièvre montrent les taux de participation les plus faibles, avec une sous-participation de près de 15 points par rapport à la Côte-d’Or (CRCDC-BFC, 2023).
  • Dépistages itinérants : des bus santé sillonnent la Creuse, la Nièvre, le Jura pour aller à la rencontre des habitants.
  • Diabète et maladies chroniques : l’ARS appuie le développement de réseaux locaux, notamment en Bourgogne Sud, pour des bilans de prévention (Maison Sport-Santé, Ateliers Nutrition).
  • Dépistage des IST et VIH : campagnes en milieux estudiantins à Dijon et Besançon, avec tests rapides et sessions d’information.

À surveiller : la baisse récente de participation au dépistage du cancer du sein, probablement post-Covid, questionne sur l’accès à l’information et aux structures, notamment en zone rurale.

3. Prévention des addictions : tabac, alcool, drogues, jeux

L’ARS structure des dispositifs en relais avec les acteurs associatifs, le secteur éducatif et le médico-social. Quelques points saillants en BFC :

  • Programme « Moi(s) Sans Tabac » : fort relais auprès des entreprises, collectivités, lycées professionnels. Plus de 20 000 inscrits en 2023 dans la région (Tabac Info Service/ARS).
  • Prévention du binge drinking chez les jeunes dans le Jura et la Saône-et-Loire : ateliers de la MILDECA, interventions dans les festivals ruraux.
  • Accompagnement des publics en situation de précarité (personnes sans domicile, personnes sous main de justice) : partenariats ARS, structures d’accueil et CSAPA (Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie).
  • Lutte contre les addictions numériques et jeux d’argent : axes émergents de l’ARS ; premiers dispositifs mis en place à Besançon et Dijon.

Ce que l’on observe dans la région : l’entrée dans l’alcoolisation précoce reste supérieure à la moyenne nationale, avec des pics en zone rurale (Source : Observatoire Français des Drogues et des Tendances Addictives, 2023).

4. Santé mentale et prévention du suicide : une mobilisation régionale renforcée

La BFC est régulièrement classée parmi les régions à fort taux de tentatives ou d’actes suicidaires, en particulier chez les adolescents et personnes âgées (Santé publique France – Surveillance 2022). Face à ce constat :

  • Déploiement du « VigilanS » : dispositif d’alerte et de suivi post-tentative, en partenariat avec les CHU de Dijon et Besançon, étendu en 2022 à la quasi-totalité des départements.
  • Formations premiers secours en santé mentale : des sessions proposées aux enseignants, travailleurs sociaux en Côte-d’Or et dans le Territoire de Belfort.
  • Actions spécifiques pour les agriculteurs (population particulièrement touchée dans le Morvan et le Charolais) : programmes ARS/MSA (Mutualité Sociale Agricole) de repérage et accompagnement.

Pourquoi il faut s’y intéresser maintenant : l’accès à des soins spécialisés reste un angle mort dans certaines zones rurales, alors que les besoins explosent (cf. rapport IGAS 2022 : « Inégalités de santé mentale dans les territoires fragiles »).

5. Prévention en faveur des jeunes : santé scolaire, sexualité, nutrition

  • Programme « Parcours Santé Jeunes » : coordination d’actions éducatives de la 6e à la terminale, comprenant information sur la contraception, la santé mentale, la nutrition, l’estime de soi. Dijon, Dole et Sens en sont des terrains pilotes (ARS, 2023).
  • Déploiement du Pass Santé Jeunes : plateforme régionale pour faciliter le recours aux consultations anonymes et gratuites (contraception, IST, addictions), en lien avec le réseau des Maisons des Adolescents.
  • Prévention de l’obésité infantile et des troubles alimentaires : ateliers collectifs en milieu scolaire, campagne « Bouger+ en BFC » auprès des écoles rurales dans le Haut-Jura et la Nièvre.

Concrètement pour la BFC : Les actions ciblées sont intensifiées en vue de réduire des écarts préoccupants, par exemple un taux de surpoids infantile supérieur de près de 20 % dans certaines zones semi-rurales par rapport à la métropole dijonnaise (INSEE 2023).

6. Vieillissement : Prévention de la perte d’autonomie et promotion de la santé

  • Dispositif ICOPE (OMS/ARS) : parcours de repérage et de prévention précoce de la fragilité pour les plus de 65 ans, avec un déploiement progressif dans les zones rurales à faible densité médicale (notamment en Haute-Saône et dans l’Yonne).
  • Prévention des chutes : sessions de sensibilisation, ateliers d’équilibre et d’aménagement du domicile cofinancés par ARS et CARSAT.
  • Maintien à domicile et soutien aux aidants naturels : partenariat avec les CCAS et MSA, accompagnement des proches, solutions de relais temporaires.

À retenir : la BFC est région « vieillissante » – un habitant sur quatre a plus de 60 ans – et cela s’accentue rapidement en zones rurales. La prévention de la perte d’autonomie devient donc un axe transversal et partagé, impliquant services sociaux, professionnels de santé, et municipalités.

À qui s’adressent les programmes – et qui les met en œuvre ?

Les publics visés par les programmes de prévention ARS sont multiples, mais avec des axes de priorisation clairs sur :

  • Les tout-petits, enfants, et adolescents, via écoles, PMI, maisons des ados
  • Les populations âgées, notamment en EHPAD, à domicile ou en situation d’isolement
  • Les familles en précarité, y compris les personnes migrantes, ou sans protection sociale stable
  • Les habitants des zones rurales éloignées des structures de santé, avec un recours accru aux dispositifs mobiles ou téléconsultations

Qui fait quoi ?

  • L’ARS assure la coordination, finance et évalue les programmes.
  • Les dispositifs de prévention sont relayés par un tissu diversifié : collectivités locales (communes, conseils départementaux), établissements scolaires, organismes de protection sociale, associations de patients ou de prévention, réseaux professionnels de santé (MSP, CPTS).
  • Une attention particulière est portée au maillage territorial, pour éviter les « angles morts » ou la double prise en charge.

Quels enjeux demain ? Quelles marges de progrès en prévention ?

Si la palette d’actions est large, plusieurs défis demeurent pour les acteurs de santé publique en BFC :

  • Rattraper le retard de couverture vaccinale dans certains départements, par une meilleure articulation avec les acteurs locaux (pharmaciens, IDEL, communes rurales).
  • Augmenter le recours au dépistage organisé, notamment chez les publics ruraux, précaires ou isolés : la réussite des bus santé ou des ateliers collectifs en PMI reste à consolider.
  • Lutter contre la fragmentation des dispositifs de prévention : besoin de mutualisation et d’évaluation partagées, pour savoir « ce qui marche vraiment » (nombre d’acteurs le relèvent lors des concertations ARS-CDR 2021-2022).
  • Mettre l’accent sur la prévention en santé mentale, encore peu visible dans certains territoires, alors que la demande explose – au-delà de la simple réponse sanitaire, accompagner les collectifs locaux, les familles, les acteurs de l’éducation.

À surveiller dans les prochains mois : la montée en charge des dispositifs de téléconsultation et de prévention numérique, notamment dans l’Yonne, la Haute-Saône, et le nord du Jura. Ces innovations, sous impulsion ARS, pourraient rééquilibrer certains écarts d’accès – à condition de ne pas laisser de côté les publics les moins à l’aise avec le digital.

À retenir
  • La prévention en BFC dépend d’un pilotage solide de l’ARS, mais aussi d’un tissu d’acteurs locaux mobilisés.
  • Les priorités régionales sont marquées : vaccination, santé mentale, dépistages, addictions, santé des jeunes et des personnes âgées.
  • Pour les élus locaux, professionnels de santé, monde associatif : s’inscrire dans ces dispositifs permet d’être mieux accompagné, financé et de toucher les publics qui en ont le plus besoin.
  • L’actualisation des politiques de prévention sera un enjeu clé à horizon 2025, dans une région où les inégalités territoriales restent fortes.

À partager dans vos réseaux. Pour toute demande de focus départemental ou d’approfondissement, nous contacter.

Sources : ARS Bourgogne-Franche-Comté (actualités et PRS), Santé publique France, INSEE Bourgogne-Franche-Comté, CRCDC BFC, Observatoire Français des Drogues, CARSAT, IGAS.

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