25/04/2026

Prévention à l’hôpital : pratiques, enjeux et dynamiques en Bourgogne-Franche-Comté

Pourquoi la prévention hospitalière est un sujet prioritaire ?

La prévention est l’un des piliers de la stratégie nationale de santé. Depuis plusieurs années, le virage préventif est partout dans les recommandations (Ministère de la santé, Assurance Maladie, Haute Autorité de Santé, etc.). Or, la réalité du terrain reste contrastée : l’hôpital, souvent perçu comme le dernier recours ou l’espace de l’aigu, peine à être identifié comme acteur central de la prévention.

Les dernières orientations du Ségur de la Santé (2020) et du Plan national de santé publique (“Priorité prévention”, 2018-2022) ont pourtant insisté : il faut intégrer la prévention dans tous les temps de la prise en charge, pas seulement “avant” ou “après” l’hôpital. Cela concerne la lutte contre les récidives d’AVC, la prévention des infections associées aux soins, l’accompagnement des changements de modes de vie… Or les situations de notre région rendent ce défi encore plus aigu : vieillissement dans la Nièvre et la Haute-Saône, augmentation des maladies chroniques en Saône-et-Loire, désertification médicale à l’ouest de l’Yonne.

À retenir :

  • L’hôpital concentre 30 % des dépenses de santé, mais la prévention y reste sous-développée (source : DREES, 2023).
  • La Bourgogne-Franche-Comté, région à la fois vieillissante et rurale, est particulièrement concernée par la prévention des complications évitables.
  • Seulement 4 % du budget hospitalier est fléché vers des actions de prévention (Ministère de la santé, 2022).

Comment, concrètement, les hôpitaux de Bourgogne-Franche-Comté intègrent-ils la prévention ?

Dans la région, la plupart des établissements hospitaliers (CHU, CH, centres spécialisés) se sont dotés d’équipes dédiées, le plus souvent portées par des Comités de Lutte contre les Infections Nosocomiales (CLIN), des équipes mobiles de santé publique, ou des référents prévention. Mais l’intégration réelle de la prévention implique trois niveaux d’action :

  • La prévention “cliniquement intégrée” : Cela recouvre tout ce qui relève de la prise en charge du patient avec une logique de prévention secondaire (éviter la récidive, amoindrir les complications). Par exemple, le repérage du risque de chute chez les personnes âgées admises pour autre chose que de la traumatologie. Une pratique qui concerne tous les établissements de la Nièvre et du nord de la Côte-d’Or.
  • La prévention organisationnelle : Mise en place de filières de sortie “sécurisées”, d’éducation thérapeutique (ETP), de protocoles de vaccination en gynécologie-obstétrique ou en oncologie (ex : HPV à l’UTEP du CH de Chalon-sur-Saône).
  • La prévention collective et territoriale : L’établissement relais ou anime des campagnes locales, fait le lien avec les collectivités (mairies, conseils départementaux), ou héberge des actions ponctuelles (dépistage du diabète, du cancer du sein, etc.).

Ce que l’on observe dans la région :

  • Fort développement des “consultations de prévention” au sein des hôpitaux supports de groupement hospitalier de territoire (GHT) en Bourgogne du Sud et dans le Territoire de Belfort.
  • Des partenariats actifs avec les associations de patients et les réseaux (Ex : ateliers d’ETP pour l’insuffisance cardiaque à Montceau-les-Mines, journées d’information santé mentale à Vesoul).

Quelques exemples inspirants en Bourgogne-Franche-Comté

  • Le CHU de Dijon propose depuis 2022 une prise en charge complète “préventive” des insuffisants cardiaques. À la sortie de l’hospitalisation, chaque patient bénéficie d’un entretien avec une infirmière de prévention (éducation sur les facteurs de risque, repérage précoce des complications).
  • L’hôpital de Lons-le-Saunier a développé un programme “anti-chute” porté par le service de gériatrie, incluant des ateliers collectifs (équilibre, habitat, nutrition) et le repérage systématique des risques lors de chaque admission.
  • Le centre hospitalier Dole-Besançon coordonne, via sa maison des usagers, des permanences tabac et alcool, en lien direct avec les consultations programmées des différents services (chirurgie, pneumo, oncologie).
  • Dans l’Yonne et la Nièvre, plusieurs établissements organisent des dépistages du diabète couplés à des formations brèves pour les auxiliaires de vie. Cela contribue à améliorer à la fois la prise en charge médicale et à détecter plus tôt les complications.

Quels freins ? Quels leviers ? Ce que montrent les retours du terrain

Freins Leviers
  • Temps médical contraint (urgentisme/flux tendu)
  • Manque d’outils/fiches pratiques “clés en main”
  • Faible valorisation financière des actes de prévention
  • Taux de renouvellement élevé du personnel
  • Isolement en ruralité (accès difficile à certains dispositifs nationaux)
  • Présence d’Équipes Mobiles de Santé Publique (EMSP)
  • Formation continue adaptée (E-learning, compagnonnage)
  • Implication des usagers et associations de patients
  • Développement d’intranets partagés au niveau régional
  • Adossement aux réseaux régionaux (ex : ONDAM Prévention, réseaux ETP régionaux)

Concrètement, pour la BFC :

  • La coordination entre établissements reste largement perfectible, notamment dans le cas des petits hôpitaux ou des ESPIC (établissements privés à but non lucratif) isolés.
  • La pluralité des dispositifs nationaux est perçue comme complexe : la multiplication des outils (SIR, programmes nationaux de dépistage…) n’aide pas toujours les équipes à prioriser.
  • La part des financements régionaux dévolus à l’innovation préventive reste limitée — l’expérimentation “Parcours Prévention” de l’ARS BFC, lancée en 2023, sera donc à surveiller dans les prochains mois (source : ARS BFC).

Quels impacts pour les acteurs de terrain ?

Les enjeux sont concrets pour tous les acteurs. Dans les petites structures, la prévention passe souvent par des démarches pragmatiques : repérage des facteurs de risque à l’admission, relais avec la médecine de ville ou l’ESMS (établissements et services médico-sociaux), actions ponctuelles avec la CPAM.

  • Pour les collectivités locales/juristes de la santé : L’hôpital est un partenaire clé pour les politiques locales de santé publique. Un tiers des programmes locaux de santé (“Contrats locaux de santé”) en BFC impliquent l’hôpital sur un volet prévention (source : ARS BFC, 2023).
  • Pour les associations de patients : De plus en plus d’hôpitaux ouvrent leurs portes à des interventions d’associations lors d’ateliers collectifs, informations en salle d’attente, co-animation de sessions collectives.
  • Pour les professionnels en ruralité : Le lien avec les dispositifs de prévention repose souvent sur la dynamique d’un référent interne (IDE coordonnatrice, cadre de santé) : enin, beaucoup dépend de l’engagement des équipes, parfois au-delà de leur fiche de poste.

À surveiller dans les prochains mois :

  • L’évaluation de l’expérimentation “Parcours Prévention” pilotée par l’ARS BFC
  • L’extension du financement au parcours coordonné en addictologie
  • Le déploiement de la vaccination HPV en établissements hospitaliers, notamment dans les services de pédiatrie/d’adolescents

À retenir pour renforcer la prévention hospitalière en Bourgogne-Franche-Comté

  • L’hôpital n’est pas qu’un “réparateur” : il a une responsabilité croissante dans la prévention, avec des effets directs sur les parcours et la santé de la population.
  • La Bourgogne-Franche-Comté : territoire de contrastes, mais aussi d’innovations “pragmatiques” en prévention hospitalière.
  • La réussite dépend d’un pilotage renforcé entre acteurs (hôpitaux, collectivités, réseaux, usagers).
  • L’enjeu majeur : oser rapprocher décisions nationales et réalités locales pour adapter la prévention aux besoins concrets du terrain (ruralité, épisodes de crise, difficultés d’accès aux soins…)

Pour aller plus loin : quelques ressources et lectures utiles

  • ARS Bourgogne-Franche-Comté (actualités, rapports annuels, appels à projets santé publique)
  • Santé publique France (indicateurs de prévention, études nationales)
  • Assurance Maladie (points clés sur la prévention, outils disponibles pour les professionnels)
  • Données régionales : Atlas régional de la santé (INSEE, 2023)
  • Guide national “Stratégie de transformation du système de santé” (Ministère de la Santé, 2020)

À partager largement dans vos réseaux pour renforcer la synergie entre établissements, collectivités et territoires en BFC.

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