04/05/2026

Collectivités locales et prévention routière en Bourgogne-Franche-Comté : initiatives concrètes et leviers pour agir

La sécurité routière, un défi persistant pour la santé publique

Les accidents de la route restent aujourd’hui l’une des premières causes de mortalité prématurée évitable en France. En 2022, le pays enregistrait près de 3 550 décès sur les routes, soit une moyenne de dix par jour (ONISR). Si la tendance globale s’est améliorée au fil des décennies, la Bourgogne-Franche-Comté (BFC) présente toujours des taux d’accidentologie supérieurs à la moyenne nationale, en partie du fait de son vaste réseau rural et de ses déplacements quotidiens entre bourgs et zones périurbaines.

Dans notre région, les territoires comme la Haute-Saône ou la Nièvre affichent des taux d’accidents mortels nettement plus élevés que les grandes agglomérations comme Dijon ou Besançon. La mobilité y est aussi marquée par la prépondérance de la voiture individuelle, l’importance du transport domicile-travail, et le vieillissement de la population.

La réponse locale : un rôle central pour les collectivités

Longtemps considérée comme un domaine réservé à l’État et à la gendarmerie, la prévention routière s’impose aujourd’hui comme un enjeu partagé avec les acteurs locaux. Les collectivités – communes, départements, intercommunalités – se mobilisent bien au-delà des questions d’aménagement (voirie, signalisation) et s’engagent dans des actions ciblées sur les comportements à risque.

  • Financement et animation des plans départementaux d’actions de sécurité routière (PDASR) : Les Départements (Saône-et-Loire, Jura, Côte-d’Or…) pilotent – et cofinancent avec l’État – de nombreuses expérimentations, notamment autour des jeunes conducteurs, des seniors et de la lutte contre l’alcool au volant.
  • Sensibilisation en lien avec le tissu local : Les mairies soutiennent les campagnes de la Prévention Routière ou créent leurs propres événements (forums, journées sans voiture, circuits pédagogiques).
  • Intercommunalités et mobilité durable : Au-delà de la sécurité au volant, les communautés de communes intègrent la réduction des risques dans des politiques globales (transports scolaires, pistes cyclables, accès des personnes en situation de handicap).

Comportements à risque : quelles priorités en Bourgogne-Franche-Comté ?

Les actions de prévention prennent tout leur sens quand elles sont ciblées sur les réalités de terrain. Si l’on regarde les indicateurs régionaux (sources : ONISR, ARS BFC), plusieurs facteurs méritent une attention particulière :

  • Alcool et stupéfiants au volant : En zone rurale, les contrôles révèlent une part disproportionnée d’accidents impliquant la consommation d’alcool, surtout le week-end et lors des trajets de courte distance.
  • Vitesse inadaptée : 30% des décès routiers en BFC font intervenir une vitesse excessive ou inadaptée. Les routes secondaires, peu surveillées, sont les plus concernées.
  • Jeunes conducteurs : Les 18-24 ans représentent près de 20% des blessés graves pour seulement 8% de la population régionale. L’accès précoce à la voiture individuelle après l’obtention du permis accentue la vulnérabilité dans nos territoires.
  • Seniors : Le vieillissement de la population, particulièrement en milieu rural, pose de nouveaux défis concernant l’aptitude à la conduite, le partage de la route et le risque de blessures graves chez les plus de 65 ans.

À retenir : Les comportements à risque varient selon les modes de vie locaux. L’enjeu est d’arrêter de transposer à l’identique des messages nationaux sans évaluation de leur pertinence ici.

Des dispositifs adaptés et innovants sur nos territoires

Concrètement, pour la BFC, voici quelques leviers d’action que l’on observe et qui méritent d’être partagés :

  • Ateliers et simulateurs pour publics spécifiques : Dans l’Yonne ou la Nièvre, des ateliers "Conduite et vieillissement" intègrent simulateurs et tests d’aptitude, avec une évaluation personnalisée des risques.
  • Actions écoles-collèges : Au Creusot ou à Lons-le-Saunier, des journées de sensibilisation pour les scolaires abordent le port du casque, les trajets vélo et l’usage des trottinettes. Des intervenants sécurité routière (ISR) visitent régulièrement ces établissements.
  • Opérations nocturnes en ruralité : Le Jura a testé en 2023 des partenariats avec les clubs sportifs et bars associatifs pour proposer du “retour captif” lors des événements festifs, offrant des solutions de transport alternatifs (navettes, taxis solidaires).
  • Diagnostic local participatif : À Mâcon, une démarche de co-construction avec les habitants a permis d’identifier les points noirs de la circulation piétonne auprès des scolaires et seniors, pour orienter les interventions sur l’espace public.

Ce qui compte : Il ne s’agit pas juste de diffuser des messages, mais de faire participer les citoyens (jeunes, seniors, familles) à la définition des priorités et solutions.

Mieux articuler données, évaluation et mobilisation des acteurs

Une difficulté souvent rencontrée en prévention routière reste la fragmentation des informations et le manque de retour sur l’efficacité des actions.

  • Collecte de données locale : Certains départements (Territoire de Belfort, Côte-d’Or) s’appuient sur des diagnostics partagés, élaborés avec les forces de l’ordre et l’ARS, pour cibler les zones et les publics prioritaires.
  • Évaluation d’impact : La Saône-et-Loire a mis en place des suivis sur 3 ans des évolutions de l’accidentologie après des campagnes massives contre le téléphone au volant.
  • Feedback des usagers : Les enquêtes post-intervention auprès des usagers permettent d’ajuster les outils (ex : fiches pratiques, ateliers) selon leur retour d’expérience.

À surveiller dans les prochains mois : Le développement d’outils numériques (applis de sensibilisation, plateformes d’auto-évaluation du risque routier) pour renforcer l’appropriation par les usagers reste un axe peu exploité, mais prometteur dans notre région.

Comment aller plus loin ? Ressources, collaborations et points de vigilance

Pour les collectivités, la prévention routière ne se limite plus à installer un ralentisseur ou à distribuer des prospectus. De multiples ressources existent, ainsi que des alliances efficaces à fédérer :

  • Appui technique des associations nationales : Prévention Routière, Association des Maires Ruraux de France, Ligue contre la violence routière…
  • Coopération intercommunale : Mutualiser les diagnostics et les campagnes avec d’autres communes facilite la diffusion des outils et la visibilité auprès des habitants.
  • Mobilisation des entreprises locales : Certaines collectivités de Haute-Saône impliquent leurs entreprises dans des “journées sécurité” pour leurs salariés, y compris sur les risques routiers mission/travail (les accidents de trajet représentent jusqu’à 20% des accidents du travail).
  • Financement : Outre les crédits État/Département, les contrats locaux de santé (CLS) et des dotations spécifiques via l’ARS peuvent soutenir l’innovation en prévention, par exemple pour l’accessibilité des infrastructures ou la mobilité douce sécurisée.

Type d’actions Parties prenantes Objectifs
Ateliers “Conduite et seniors” Départements, Mairies, Clubs du 3ème âge Détecter la perte de réflexes, adapter la mobilité
Diagnostics participatifs Conseils de quartier, usagers, services techniques Repérer les zones à risque, co-élaborer les solutions
Campagnes jeunes Établissements scolaires, Police, Clubs sportifs Limiter alcool, vitesse, distracteurs
Mobilité domicile-travail Entreprises, élus locaux Réduire l’accidentologie de trajet, promouvoir le covoiturage

Ce qu’il faut retenir pour la Bourgogne-Franche-Comté

Pour les acteurs de prévention, mais aussi pour les élus et associations, le message central à retenir reste la nécessité d’inscrire la sécurité routière dans une politique globale de santé publique territoriale. Cela implique :

  • Analyser les données locales et ne pas se limiter aux grandes tendances nationales ;
  • S’adapter aux réalités de l’espace rural, où la précarité de l’offre de transport et l’isolement augmentent les risques ;
  • Associer largement les usagers à la conception des actions ;
  • Évaluer l’efficacité des interventions, même à petite échelle ;
  • Investir dans la prévention sur le long terme, avec une attention particulière à l’alcool, la vitesse en zones rurales et la mobilité des seniors ;
  • S’appuyer sur les dynamiques locales, indispensables pour toucher ceux qui ne se sentent pas concernés par les campagnes nationales.

Dans une région à la fois rurale, industrielle et touristique comme la BFC, la cohérence entre prévention, aménagement et éducation demeure le vrai levier d’une diminution durable des accidents. À partager dans vos réseaux : La santé sur la route, c’est l’affaire de tous les territoires et de tous les âges.

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