22/01/2026

Migrations étudiantes à Dijon et Besançon : quel impact réel sur la prévention et la santé mentale en Bourgogne-Franche-Comté ?

Le contexte national : une jeunesse mobile, des risques spécifiques

Chaque rentrée universitaire, ce sont près de 3 millions d’étudiants qui arpentent la France (source : Ministère de l’Enseignement supérieur, 2023). À Dijon et Besançon, cette mobilité se mesure concrètement : plus de 33 000 étudiants à Dijon (Université de Bourgogne, 2023) et près de 30 000 à Besançon – auxquels s’ajoutent les étudiants des autres établissements (écoles d’ingénieurs, IFSI, etc.). Plus de la moitié de ces jeunes ne sont pas originaires de la ville où ils étudient.

Aux niveaux national et international, plusieurs constats ressortent :

  • L’entrée dans l’enseignement supérieur figure parmi les périodes de vie où les vulnérabilités psychiques (anxiété, dépression, tentatives de suicide) augmentent le plus (Inserm, 2022).
  • La précarité, l’isolement social, la transition vers le statut d’adulte, mais aussi les difficultés d’accès aux soins (santé mentale surtout) sont signalées comme des facteurs aggravants.
  • Depuis la crise Covid-19, la part d’étudiants déclarant un trouble anxieux ou dépressif approche les 30%, contre 16% en population générale d’âge équivalent (Santé Publique France, enquête CoviPrev 2022).

Ces données nationales doivent se lire à l’échelle régionale. En Bourgogne-Franche-Comté (BFC), l’offre de prévention et de soins est marquée par une forte disparité géographique et un taux de densité médicale inférieur à la moyenne nationale (INSEE, 2023).

Bourgogne-Franche-Comté : un territoire d’accueil aux défis spécifiques

Concrètement, pour la BFC, l’attractivité universitaire redessine les équilibres locaux :

  • Dijon et Besançon concentrent 70% de la population étudiante régionale, et leur nombre ne cesse de croître depuis dix ans.
  • Plus de 15% des étudiants de Dijon sont originaires d’autres régions ou de l’étranger. Cette part est quasiment identique à Besançon, où la proximité avec la Suisse attire aussi de nombreux étudiants frontaliers ou internationaux.
  • La Saône-et-Loire et la Nièvre, moins dotées en structures universitaires, voient une grande partie de leurs jeunes partir pour ces deux villes, ce qui modifie les besoins en prévention dans ces territoires d’origine et d’accueil.

Ce flux massif se traduit par des besoins accrus dans certains domaines :

  • Logement : la tension locative aggrave la précarité, un déterminant social de santé reconnu.
  • Accès aux soins : longueurs d’attente pour un rendez-vous psychologue ou médecin traitant – jusqu’à 8 semaines à Dijon selon la Caisse d’Assurance Maladie 2023.
  • Vie sociale : une proportion non négligeable d’étudiants reste isolée (étude OVE/Dijon, 2022).

Ce que l’on observe dans la région : vulnérabilités et réponses

À Dijon ou Besançon, comme dans d’autres villes universitaires, la santé mentale des étudiants interpelle :

  • Le nombre de consultations au Service Universitaire de Médecine Préventive (SUMPPS) a augmenté de 40 % entre 2019 et 2022 (Université de Bourgogne et Université de Franche-Comté).
  • Les demandes de soutien psychologique, y compris en urgence, ont bondi (SUMPPS Dijon : +55% entre 2021 et 2023).
  • À Besançon, les dispositifs de relai comme le « Point Écoute » des CROUS sont parfois saturés, obligeant à des délais d’attente qui dépendent de la période de l’année universitaire.

Deux problématiques émergent particulièrement en BFC :

  1. La migration interne (rural vers urbain) et externe (hors région, international) accroît la complexité : adaptation culturelle, éloignement familial, barrières linguistiques.
    • Exemple : Les étudiants étrangers à Dijon présentent 2,5 fois plus de troubles anxieux ou dépressifs déclarés que la moyenne des étudiants dijonnais (SUMPPS, 2022).
  2. L’offre de prévention n’a pas suivi la croissance démographique étudiante, ni la spécificité des besoins :
    • Dans les zones rurales de la Nièvre ou de la Haute-Saône, les actions de prévention santé mentale auprès des jeunes adultes restent hétérogènes ou réduites, renforçant l’isolement pour les étudiants originaires de ces départements.

Pourquoi s’y intéresser maintenant ?

Plusieurs signaux faibles doivent alerter les acteurs régionaux :

  • Effet « post-covid » : le retour à la normale ne s’est pas produit sur le plan psychique. Les diagnostics de dépression, les troubles anxieux généralisés et la consommation de psychotropes restent supérieurs à 2018 selon l’Assurance Maladie.
  • La saturation des dispositifs universitaires : le SUMPPS de Dijon a dû doubler ses créneaux de consultations en période d’examens, parfois insuffisant.
  • La précarité et l’alimentation : près d’1 étudiant sur 4 en BFC déclare avoir dû sauter un repas au moins une fois dans le mois pour des raisons financières (OVE Dijon, 2023).
  • La faible visibilité des offres de prévention et d’écoute : moins de 35% des étudiants savent qu’il existe des outils gratuits à l’université pour la santé mentale (sondage Université de Bourgogne, 2023).

À surveiller dans les prochains mois :

  • La montée en puissance des « campus connectés ruraux » : vont-ils renforcer ou isoler davantage les étudiants pilotes ?
  • L’adaptation de la nouvelle stratégie régionale d’accès à la santé mentale étudiante votée par l’ARS BFC en 2024 : quels financements, quelle coordination entre ville, université et médico-social ?

Qui est concerné (et comment agir à notre échelle) ?

Sur le terrain, l’impact des migrations étudiantes sur la santé mentale et la prévention concerne, dès aujourd’hui :

  • Les communes universitaires – Dijon, Besançon, mais aussi Chalon-sur-Saône ou Belfort – qui adaptent leur offre de logement, de vie associative, de bus nocturnes, pour limiter les effets d’isolement.
  • Les services universitaires, notamment les SUMPPS et les CROUS, qui doivent ajuster leurs moyens face à l’explosion de la demande d’accompagnement psychologique.
  • Le secteur associatif (associations étudiantes, structures d'accueil migrantes, mutuelles étudiantes), mobilisé sur la précarité alimentaire et l’intégration sociale.
  • Les soignants de ville (médecins généralistes, psychiatres, psychologues, pharmaciens) : nécessité de se former davantage aux risques spécifiques des jeunes adultes nouvellement arrivés, souvent sans repères de soins antérieurs locaux.
  • Les familles, parfois peu au fait des ressources existantes en BFC.

Ce que l’on peut faire concrètement en Bourgogne-Franche-Comté :

  • Renforcer la communication sur les dispositifs gratuits (Écoute Étudiants, SUMPPS, Mutuelles) dès la rentrée, via les mairies, réseaux sociaux, plateformes étudiantes.
  • Mettre en place des « ambassadeurs santé mentale » dans les écoles, porteurs de relais auprès des pairs et repérants de signes de mal-être.
  • Créer des permanences délocalisées dans les zones rurales, pour accompagner les étudiants isolés durant les vacances ou stages hors métropole.
  • Poursuivre et amplifier les dispositifs d’aide alimentaire et financière spécifiques aux étudiants, en lien avec les collectivités locales et les associations.

À retenir pour les acteurs de la BFC : risques, leviers et dynamiques à soutenir

Tableau synthétique : Migrations étudiantes et prévention santé mentale à Dijon/Besançon

Enjeu Situation actuelle Pistes d’action locales
Accès aux soins psychiques Délais d’attente longs, manque de professionnels sur place, méconnaissance des offres Augmenter les budgets SUMPPS, soutenir le recrutement de psychologues, campagnes d’information mutualisées
Isolement social Augmentation chez les « nouveaux arrivants », faiblesses du réseau de proximité Développer des espaces de vie étudiante, soutenir le bénévolat pair-aidant
Précarité financière et alimentaire Étudiants contraints de réduire les soins/repas Cartes repas à tarif réduit, fonds d’urgence redéfinis
Prévention primaire Actions fragmentées, besoins spécifiques peu intégrés (étudiants isolés, internationaux, etc.) Ateliers de sensibilisation multilingues, programmes régionaux d’accueil

Rappel : la région BFC ne pourra progresser sans une politique universitaire ouverte, coordonnée avec l’action des collectivités et des acteurs associatifs. Les migrations étudiantes ne sont pas qu’un enjeu démographique ou économique : elles tissent les conditions de la santé future de la région. À partager dans vos réseaux, pour une veille utile et connectée au quotidien régional.

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