02/10/2026

Accès aux soins en Bourgogne-Franche-Comté : l’urgence des inégalités sur la santé de nos territoires

Une fracture sanitaire nationale qui frappe la région

Les inégalités d’accès aux soins constituent un marqueur fort des disparités de santé en France. Régulièrement documenté par Santé publique France et l’IRDES, ce constat s’impose tout particulièrement en Bourgogne-Franche-Comté. Notre région combine plusieurs défis : territoires ruraux vastes, vieillissement accéléré, zones à faible densité médicale. Mais concrètement, comment ces inégalités accroissent-elles les risques pour la santé individuelle et collective ?

À l’échelle nationale, le dernier rapport du Conseil national de l’ordre des médecins (2023) indiquait que 19 % des Français vivent dans une zone à accès restreint au médecin généraliste. Ce taux grimpe à près de 29 % si on considère certaines intercommunalités rurales de notre région (source : Observatoire Régional de la Santé BFC). Ce chiffre masque des disparités internes très marquées : la Nièvre, le Haut-Jura et le nord de la Haute-Saône sont parmi les territoires les plus vulnérables.

  • Une moyenne régionale de 112 médecins généralistes pour 100 000 habitants (contre 139 au national, chiffres DREES 2022).
  • 1 habitant sur 4 de plus de 60 ans vit dans une zone dite “sous-dotée” selon l’ARS BFC.
  • Délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste : 12,4 jours en Saône-et-Loire, contre 7,1 jours dans l’agglomération dijonnaise (Assurance Maladie 2023).

Ce sont plus que des statistiques : derrière chaque ligne de tableau, il y a des parcours de soin fragilisés, des diagnostiques retardés et un risque accru de complications.

Les mécanismes : comment l’accès dégradé renforce les risques

Que recouvrent vraiment ces “inégalités d’accès” lorsqu’on les observe au niveau local ? Trois dimensions principales s’articulent et se renforcent.

  • Distance géographique et mobilité : Certains villages du Morvan sont à plus de 30 km d’un centre de soins coordonné. Pour une personne âgée, une famille isolée, c’est un frein majeur. Concrètement, pour la BFC, 16 % des habitants vivent dans une commune sans médecin ni pharmacie (DSDEN, 2022).
  • Densité médicale et délais d’attente : Plus la densité est faible, plus l’attente augmente, accélérant la renonciation aux soins. En Côte-d’Or, 17 % des habitants ont déclaré avoir renoncé à un soin en 2022 (ORS BFC).
  • Facteurs socio-économiques : Les populations les plus précaires bénéficient moins de soins préventifs, accentuant la mortalité prématurée évitable (décès survenus avant 65 ans qu’une bonne prévention aurait permis d’éviter, selon l’INSEE).

Ces dimensions ne se juxtaposent pas, elles s’additionnent et exposent à des risques sanitaires supérieurs :

Territoire Assurés ayant renoncé à un soin (%) Délai moyen consultation (jours) Taux de mortalité prématurée évitable (pour 100 000 hab.)
Saône-et-Loire rural 21 15,3 145
Nièvre 24 19,1 152
Grand Besançon 12 8,0 109

À retenir : la double peine quartiers prioritaires – territoires ruraux se lit dans nos chiffres locaux. Loin de ne concerner que les grandes villes, l’inégalité touche tous les âges, tous milieux, mais avec des spécificités régionales nettes.

Des risques sanitaires tangibles : ce que révèlent les indicateurs régionaux

Les conséquences concrètes des inégalités de recours aux soins sont désormais bien documentées. À chaque étape du parcours de vie, on retrouve des impacts mesurables.

Chez l’adulte d’âge actif

  • Retard diagnostic cancer du sein : la Saône-et-Loire affiche un taux de participation au dépistage 8 points inférieur à la moyenne nationale (INCa, 2022).
  • Accidents vasculaires cérébraux : Délai d’alerte plus long, taux de mortalité hospitalière supérieur de 15 % à la moyenne nationale dans plusieurs EPCI du nord Yonne (Santé Publique France).

Pour les enfants et les jeunes

  • Non-recours à la vaccination : En Haute-Saône, les actions mobiles de vaccination Covid-19 ont permis d’identifier plus de 2 000 enfants non à jour dans leurs vaccins obligatoires (CPAM, 2022).
  • Santé bucco-dentaire : La Bourgogne-Franche-Comté est la 2e région la moins bien dotée en chirurgiens-dentistes par habitant : 45 % des enfants de 6 ans n'ont jamais consulté de dentiste (Cnam, 2022).

Chez les séniors

  • Difficulté d’accès à la médecine de ville : Plus d’un tiers des +75 ans de la Nièvre vivent à plus de 15 minutes en voiture d’une consultation généraliste (ORS, 2021).
  • Dénutrition et isolement : Signalés par plusieurs SIRS (Structures d’Intervention Rapide en Santé) en zones rurales, faute de présence régulière de professionnels de santé à domicile.

Ce que cela implique pour la Bourgogne-Franche-Comté : enjeux, priorités et acteurs

Ce panorama n’est pas qu’un constat d’échec ; il invite à passer à l’action, là où cela est utile. Trois grandes orientations sont aujourd’hui à l’agenda régional :

  • Repenser la présence médicale : Des dispositifs comme les MSP (maisons de santé pluriprofessionnelles) sont en expansion (près de 320 sur la région), mais nombre de communes restent “oranges” selon la dernière cartographie ARS, signalant des besoins persistants.
  • Adapter l’offre de transport sanitaire et solidaire : Plusieurs départements expérimentent des navettes santé (Doubs, Yonne), en partenariat avec les collectivités et la Carsat.
  • Renforcer la prévention là où elle est la moins accessible : Des actions mobiles (médecins volants, dépistages itinérants, bus santé) ciblent désormais en priorité les territoires cumulent faible densité médicale et précarité sociale (ARS BFC).

À partager dans vos réseaux : Ces solutions ne peuvent être efficaces que si elles s’appuient sur les acteurs locaux (associations, élus, professionnels médico-sociaux), en assurant une adaptation aux réalités de terrain (horaires, habitudes, mobilité…). La Nièvre, où 61 % des patients des “centres territoriaux de santé” n’avaient pas de médecin traitant, sert de laboratoire vivant pour réinventer l’accès aux soins ruraux.

Le rôle-clé des déterminants sociaux et environnementaux

Si l’on observe la situation régionale sous l’angle des déterminants sociaux de santé (ensemble des facteurs socio-économiques, environnementaux et comportementaux qui influencent la santé d’une population), la Bourgogne-Franche-Comté cumule plusieurs vulnérabilités :

  • Taux de pauvreté infantile supérieur à la moyenne nationale dans le nord de la Côte-d’Or et le sud de la Saône-et-Loire (INSEE, 2022)
  • Proportion de logements indignes élevée dans certains bassins industriels (Creusot-Montceau)
  • Pollutions atmosphériques locales à impact sur les maladies chroniques (Doubs, zone vallonnée)

Combiner accès médical fragile, vulnérabilité sociale et environnementale, c’est accroître la probabilité que la maladie s’installe, faute de prévention et de diagnostic précoce.

Agir à son échelle : leviers locaux pour réduire la fracture

Chaque acteur peut contribuer à réduire ces inégalités – élus, professionnels de santé, acteurs du social ou du médico-social. Voici quelques pistes éprouvées sur le terrain :

  • Pour les collectivités locales : Soutenir ou porter des projets de mobilité solidaire, sécuriser le foncier pour inciter de jeunes médecins à s’installer, dialoguer avec les ARS pour adapter les zonages de priorité.
  • Pour les professionnels de santé : Rejoindre les réseaux pluriprofessionnels, participer à des dispositifs de santé mobile, sensibiliser sur l’accès aux droits (CMU-C, ACS…).
  • Pour les associations : Organiser des actions itinérantes (prévention bucco-dentaire dans les écoles rurales, repérage des situations d’isolement), repérer les familles à bas niveau de recours aux droits.
  • Pour les habitants : Solliciter les caisses de sécurité sociale pour une aide à la mobilité, participez aux instances locales de santé (conseils locaux de santé).

À surveiller dans les prochains mois : L’impact du déploiement de la télémédecine, et des outils de médiation en santé dans les quartiers et villages.

À retenir :
  • Les inégalités d’accès aux soins ne sont pas une fatalité et des initiatives naissent partout en Bourgogne-Franche-Comté.
  • Leur résorption exige une adaptation fine de l’offre, mais aussi une mobilisation collective.
  • L’information, partagée et contextualisée, reste le premier levier d’action pour prioriser, faire réseau et innover.

Notre équipe continue à concentrer sa veille sur ces enjeux. Les inégalités d’accès aux soins resteront au cœur des débats et des politiques locales régionales – partagez ces constats avec vos réseaux pour inspirer l’action là où elle est la plus essentielle.

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