11/08/2026

Diabète en Bourgogne-Franche-Comté : des différences marquées entre départements

Le diabète en France : pourquoi y prêter attention aujourd’hui ?

Depuis près de 20 ans, le diabète poursuit sa progression en France. Il touche aujourd’hui plus de 3,5 millions de personnes, soit environ 5,3 % de la population (données Assurance Maladie, 2022). Cette augmentation n’est pas seulement le reflet d’un vieillissement démographique : elle s’explique aussi par la prévalence du surpoids, la sédentarité, les disparités sociales et l’amélioration des diagnostics. En parallèle, le diabète reste le premier facteur de risque d’amputations non traumatiques, de cécité avant 65 ans et un moteur silencieux de la progression des maladies cardiovasculaires.

Dans une région marquée par la ruralité, le vieillissement et des contrastes urbain-rural forts, il nous paraît essentiel de regarder comment évolue la maladie chez nous, département par département.

Quels chiffres en Bourgogne-Franche-Comté ? Un diabète moins présent qu’ailleurs, mais inégalement distribué

Selon Santé publique France, la Bourgogne-Franche-Comté présente une prévalence du diabète traitée inférieure à la moyenne nationale : 4,5 % en 2021 (contre 5,3 % en France métropolitaine – source : Santé publique France, 2023). Mais ce chiffre global masque des réalités contrastées d’un département à l’autre.

Département Prévalence diabète traitée (2021) Tendance 2011–2021
Saône-et-Loire 4,8 % Stable, +0,1%
Doubs 4,2 % A légère hausse (+0,3%)
Nièvre 5,2 % Stable (+0,1%)
Territoire de Belfort 5,7 % Hausse marquée (+0,6%)
Haute-Saône 5,1 % Hausse sensible (+0,4%)
Côte-d’Or 3,9 % Stable
Yonne 4,6 % Légère hausse (+0,2%)
Jura 4,4 % Stable

Ce que l’on observe :

  • Le nord-est de la région (Territoire de Belfort, Haute-Saône) et la Nièvre affichent une prévalence supérieure à la moyenne régionale.
  • La Côte-d’Or résiste avec des chiffres sensiblement plus bas, portée par Dijon, ville universitaire, et un meilleur accès au soin.
  • La Saône-et-Loire reste légèrement au-dessus de la moyenne BFC, avec une surreprésentation en secteur rural et périurbain.
Derrière ces chiffres, c’est le poids des déterminants sociaux qui ressort : pauvreté, précarité, accès à l'information et à la prévention, environnement alimentaire.

Source : Cartes et données Assurance Maladie – Atlas 2022 ; Santé publique France ; ARS Bourgogne-Franche-Comté.

Décrypter les écarts départementaux : quels facteurs ?

Pourquoi ces différences alors que le régime de vie régional paraît relativement semblable ?

  • Ruralité et accès aux soins : Dans la Nièvre ou la Haute-Saône, le faible nombre de médecins traitants, le vieillissement de la population et l’isolement pèsent sur le suivi et la prévention.
  • Indicateurs sociaux : Les territoires avec une plus forte précarité (Belfort, Nièvre) enregistrent depuis dix ans les progressions les plus marquées.
  • Âge moyen : Plus la part des plus de 60 ans est élevée, plus la prévalence grimpe. Exemple marquant : la Nièvre, seul département de la région avec plus d’un quart d’habitants de plus de 65 ans, est aussi celui où le diabète est le plus courant.
  • Urbanisation : Les villes-centres comme Dijon offrent une densité de professionnels de santé, de dispositifs d’éducation thérapeutique et d’actions de prévention qui semblent protéger relativement le territoire.

Quels enjeux concrets pour les acteurs ?

La dynamique du diabète en BFC n’est pas uniforme : il s’agit moins d’une “épidémie silencieuse” que d’un phénomène d’aggravation par endroits, d’endiguement ailleurs. Ce panorama amène plusieurs questionnements pour les professionnels, élus, associations et institutions :

  • Sous-diagnostic : La prévalence “traitée” ne prend en compte que les personnes bénéficiant d’une prise en charge. En zones rurales, le retard au diagnostic reste significatif — d’autant plus dans les départements avec pénurie de médecins (Nièvre, Haute-Saône).
  • Difficultés d’accès à la prévention : Peu d’ateliers d’éducation à la santé, d’actions collectives en nutrition ou activité physique hors agglomérations. Les dispositifs de type “Maison Sport-Santé” ou “PRADO diabète” restent concentrés en milieu urbain.
  • Dispersion des ressources : Les initiatives existent (clubs de marche, cuisine santé, dépistages itinérants), mais elles sont souvent portées localement, sans relais à l’échelle départementale ou intercommunale. Notre veille montre un besoin de mutualisation et de visibilité.
  • Spécificités des publics : Le surpoids à l’adolescence progresse plus vite dans la Nièvre et la Haute-Saône selon l’Observatoire régional de la santé (ORS BFC, 2023). Or on sait que l’entrée précoce dans le parcours diabétique, c’est bien souvent l’augmentation des complications à moyen terme.

Zoom sur quelques dynamiques locales en 2022–2023

Pour mieux comprendre, quelques éléments concrets :

  • Saône-et-Loire : La prévalence du diabète traitée est stable mais reste la plus élevée après la Nièvre. Autour de Chalon-sur-Saône, plusieurs maisons de santé expérimentent des parcours “Diabète & activité physique” (source : Réseau Diabète BFC, 2023).
  • Territoire de Belfort : Les taux augmentent, sans doute tirés par la précarité urbaine et le vieillissement rapide. Comment agir ? Les professionnels locaux réclament une meilleure coordination avec le secteur social et la sphère scolaire. À surveiller : l’expérimentation de dépistages en pharmacie rurale.
  • Côte-d’Or : Taux le plus bas — logique : une meilleure couverture médicale, des campagnes de dépistage régulières, et une présence active des réseaux associatifs. Des projets sont en cours pour accompagner les publics immigrés, plus à risque mais moins dépistés.
  • Jura : Une progression modérée, mais des alertes renouvelées sur l’augmentation du surpoids et la consommation de boissons sucrées chez les jeunes (données ORS BFC, 2023).

À retenir : le diabète en BFC, un enjeu de coordination locale et de prévention ciblée

  • Des écarts persistants : La Nièvre, le Territoire de Belfort et la Haute-Saône restent au-dessus de la moyenne régionale. C’est dans ces départements que les marges de progression sont les plus importantes.
  • Une nécessité de repérage précoce : Pour limiter les complications, intensifier le dépistage chez les plus de 50 ans en zones rurales et précaires reste un axe essentiel.
  • Des actions multipartites à renforcer : Les acteurs régionaux se mobilisent autour de projets “diabète et alimentation”, mais on note une grande disparité selon les territoires dans la capacité à toucher les publics éloignés du soin.
  • Le défi des jeunes générations : En BFC, l’accroissement du surpoids chez les 11–15 ans interpelle : sans action éducative accrue, la courbe du diabète de type 2 risque de repartir à la hausse d’ici 10 ans (cf. INSEE BFC, 2022 ; ORS BFC, 2023).

Agir : leviers pour les acteurs de terrain

Concrètement, pour la Bourgogne-Franche-Comté, plusieurs pistes peuvent être soutenues ou renforcées :

  • Développer des actions de prévention alimentaire et d’incitation à l’activité physique dans les établissements scolaires ruraux et les maisons de quartier, en s’appuyant sur des acteurs locaux ;
  • Renforcer l’accompagnement à domicile pour les patients isolés, via les réseaux d’infirmiers, de pharmaciens ou d’ambulanciers ;
  • Réaliser des campagnes de dépistages collectifs, notamment lors d’événements locaux (marchés, forums, fêtes de village…) en partenariat avec les collectivités et la CPAM ;
  • Diffuser les outils numériques d’auto-suivi adaptés aux publics peu familiers du numérique, par exemple par des ateliers mobiles dans les Maisons France Services ;
  • Encourager la formation des professionnels médicosociaux et des aidants quant au repérage des signes précoces et à l’orientation dans le parcours de soins.

À partager dans vos réseaux – pour que chaque commune, structure médico-sociale ou association trouve des idées d’action adaptées à ses réalités.

À surveiller dans les prochains mois

  • Les résultats des expérimentations de dépistage en pharmacie, en particulier dans la Nièvre et le Jura.
  • L’évolution de la file active des patients pris en charge en Maison Sport-Santé, publiée chaque année par l’ARS BFC.
  • Les données actualisées sur le surpoids et l’obésité à l’entrée au collège, en lien avec le Plan régional nutrition santé II (PRNS BFC).
  • Le lancement du nouveau Groupement régional pour la prévention et la lutte contre le diabète, attendu courant 2024.

Pour aller plus loin, sources à consulter :

  • Assurance Maladie, Atlas Diabète : ameli.fr
  • Santé publique France, surveillance régionale, 2023 : santepubliquefrance.fr
  • INSEE Bourgogne-Franche-Comté, chiffres-clés, 2022
  • ORS Bourgogne-Franche-Comté, Bulletins santé, 2023
  • Réseau Diabète BFC, actions locales, 2023

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