10/05/2026

Vieillir en Bourgogne-Franche-Comté : état des lieux, enjeux, pistes pour demain

Espérance de vie : où en est la Bourgogne-Franche-Comté en 2024 ?

La question de l’espérance de vie en France reste une référence pour évaluer la santé d’un territoire. Au 1er janvier 2023, selon l’Insee, l’espérance de vie à la naissance en Bourgogne-Franche-Comté (BFC) s’établit à 82,7 ans (84,8 ans pour les femmes, 80,5 ans pour les hommes), légèrement inférieure à la moyenne nationale (INSEE, 2024). La région a absorbé le choc de la pandémie de Covid, mais affiche une stagnation nette de l’espérance de vie depuis 2020, notamment dans les départements ruraux et vieillissants.

  • Saône-et-Loire et Nièvre : espérance de vie masculine inférieure à 80 ans.
  • Côte-d’Or et Doubs : niveaux comparables au reste du pays.

La surmortalité de la période 2020-2022, en particulier chez les plus de 75 ans et dans certains établissements d’hébergement (EHPAD), a accentué certaines fragilités spécifiques de la région. Cependant, la tendance générale est claire : le vieillissement se poursuit et la part des plus de 65 ans augmente partout, y compris dans des territoires historiquement plus jeunes.

Comprendre le vieillissement régional : un phénomène accéléré et inégal

La BFC fait désormais partie des régions les plus âgées de France métropolitaine, avec près de 23 % de sa population âgée de 65 ans et plus (contre 21 % au niveau national, INSEE, 2023). Cet enjeu est renforcé par deux dynamiques locales :

  • Un exode des jeunes adultes vers d’autres régions ou métropoles, accentuant le vieillissement structurel dans la Nièvre ou la Haute-Saône.
  • Un afflux progressif de seniors dans certaines zones rurales attractives (Morvan, Jura, Bresse), générant de nouveaux besoins sociaux et médicaux.

Ce vieillissement rapide pose question à tous les niveaux : accès aux soins, dépendance, précarité, isolement social, organisation des services de proximité.

Pourquoi surveiller maintenant ? Tendances et signaux à suivre en BFC

Le vieillissement de la population n’est pas qu’un horizon lointain : il impacte déjà les politiques locales. Voici pourquoi il devient urgent de mieux comprendre l’espérance de vie et ses déterminants dans nos territoires.

  • Dépendance et autonomie : 9 % des plus de 75 ans en BFC vivent en institution, le taux de dépendance (GIR 1 à 4) s’élève à environ 13 % parmi les 60 ans et plus (ARS BFC, 2023).
  • Accès aux soins : près de 25 % des habitants de la Nièvre et de l’Yonne résident dans une zone caractérisée par une faible densité médicale (territoires sous-dotés en médecins généralistes selon l’ARS, 2023).
  • Précarité des seniors : 12 % des plus de 65 ans vivent sous le seuil de pauvreté dans le sud de la Saône-et-Loire (INSEE BFC, Portrait social, 2023).
  • Mortalité prématurée évitable (décès avant 65 ans pouvant être réduits par prévention et soins efficaces) : taux en BFC toujours supérieur à la moyenne nationale chez les hommes (chiffres Santé publique France, 2022).

À surveiller dans les prochains mois : la réactualisation des “schémas régionaux de santé” (SRS) et leur impact sur le déploiement de structures de soins intermédiaires, le maillage des services à domicile, ainsi que la mobilisation des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) sur la prise en charge du grand âge.

Facteurs à l’œuvre : pourquoi l’espérance de vie stagne-t-elle ou recule-t-elle localement ?

Plusieurs déterminants se combinent et expliquent l’évolution de l’espérance de vie en BFC :

  • Inégalités sociales et territoriales : l’espérance de vie à 35 ans varie de 2,5 ans selon le niveau socio-économique dans la région. Les hommes ouvriers de zones rurales de l’Yonne ou du Territoire de Belfort ont une espérance de vie bien inférieure à celle des cadres urbains du Grand Dijon.
  • Offre de soins : Les déserts médicaux touchent principalement les zones rurales des départements périphériques (notamment le Morvan et l’ouest de la Nièvre).
  • Dépendance précoce : en zone rurale, la limitation d’accès à certains dispositifs de prévention (dépistage du cancer, consultation mémoire…) retarde la prise en charge, aggravant la perte d’autonomie.
  • Précarité énergétique : une part notable des ménages âgés du Haut-Jura et du Charolais peinent à chauffer correctement leur logement, impactant directement la santé en hiver (ARS BFC, 2023).

À retenir : La Bourgogne-Franche-Comté cumule trois défis : vieillissement accéléré, forte disparité entre territoires, et fragilités sociales élevées dans certaines zones rurales.

Que peut-on faire ? Pistes d’action et leviers pour les acteurs régionaux

Ce contexte nécessite une mobilisation collective d’envergure. Quelques axes prioritaires ressortent pour les décideurs locaux, professionnels de santé et associations :

  1. Renforcer les dispositifs de prévention auprès des seniors : ateliers équilibre, dépistage des facteurs de risque cardio-vasculaire, accompagnement du “bien vieillir chez soi”. Les petits centres bourgs peuvent développer ces actions via des partenariats CPTS/associations.
  2. Améliorer le dépistage et l’accès aux soins : les “bus santé” itinérants, expérimentés dans le Jura et la Nièvre, permettent de toucher les personnes isolées n’ayant pas accès à une offre de proximité.
  3. Coordonner la prise en charge de la dépendance : déploiement de plateformes territoriales d’appui, renforcement des SSIAD (services de soins infirmiers à domicile) et adaptation du bâti pour l’accueil des personnes âgées en perte d’autonomie.
  4. Lutter contre l’isolement social : développer les tiers-lieux de village, les activités intergénérationnelles, repenser la mobilité rurale pour maintenir une vie sociale même avec l’âge.
  5. Favoriser l’attractivité des métiers gériatriques : formation, stage d’immersion en zone rurale, soutien aux équipes mobiles gériatriques (notamment dans le Sud Haute-Saône et la Nièvre).

Comment agir à son échelle ?

  • Élu d’un territoire rural : ancrer la question du vieillissement dans les projets de revitalisation des bourgs-centres. S’inspirer des modèles “villages-vivants” en Côte-d’Or ou du dispositif “Ma commune à l’heure du vieillissement” (Haute-Saône).
  • Association locale : relayer l’information sur le dépistage, initier des ateliers numériques pour les seniors, contribuer à rompre la solitude à domicile.
  • Professionnel de santé : rejoindre une démarche CPTS, participer à la veille territoriale sur les fragilités, s’impliquer dans la prévention des chutes et la détection précoce des troubles cognitifs.

Focus : la situation dans les huit départements

Département Espérance de vie (ans) Part des +65 ans Spécificités
Côte-d’Or 82,9 21,7% Dijon : dynamique urbaine. Inégalités entre agglomération et campagne.
Doubs 83,1 20,3% Ville universitaire, mais vieillissement marqué dans le Haut-Doubs.
Saône-et-Loire 81,5 25,4% Ruralité dominante et fort taux de seniors isolés. Précarité énergétique forte.
Yonne 81,8 24,5% Vieillissement plus rapide que la moyenne nationale. Déficit de médecins généralistes.
Nièvre 80,6 27,3% Départements le plus âgé de BFC. Déficit de professionnels de santé.
Jura 82,7 25,1% Vieillissement important dans le Haut-Jura. Initiatives de bus santé rurales.
Haute-Saône 81,7 24,9% Paysage très rural. Fraîcheur des mobilisations sur l’habitat adapté.
Territoire de Belfort 82,3 21,2% Zone urbaine, mais population qui vieillit plus vite en périphérie.

Culture prévention et solidarités intergénérationnelles : leviers à renforcer

Ce que l’on observe dans la région, c’est une progression lente mais réelle de la prévention auprès des seniors : ateliers santé mémoire, programmes “Bien vieillir”, actions contre les chutes, ateliers nutrition… Toutefois, la disparité d’accès reste un point noir dans les campagnes isolées.

La question de l’habitat adapté (habitat inclusif, résidence autonomie, adaptation des logements classiques) monte en puissance, portée par les bailleurs sociaux et les intercommunalités. Autre constat d’importance : la solidarité intergénérationnelle se renouvelle : les initiatives de “colocations seniors/jeunes” (Dijon, Chalon-sur-Saône), les cafés intergénérationnels, et les réseaux d’entraide à l’échelle du village (Morvan, Bresse).

À partager dans vos réseaux : Il existe des solutions régionales, souvent peu relayées. Les acteurs peuvent s’inspirer – et s’entraider : cartographie des dispositifs sur les sites des ARS, conseils départementaux, associations de seniors.

Préparer l’avenir, ensemble

La Bourgogne-Franche-Comté fait face à un défi collectif : conjuguer vitalité et qualité de vie dans une population vieillissante, alors que les ressources humaines et financières ne sont pas extensibles.

Renforcer la veille, mutualiser l’expérience, décloisonner les actions “santé-prévention-habitat”, demeurent essentiels pour garantir la solidarité intergénérationnelle et l’accès aux soins. La région ne pourra pas avancer sans mobilisation transversale des territoires, des structures sanitaires et sociales, et des citoyens eux-mêmes.

À retenir :

  • Le vieillissement accéléré rend visible les inégalités entre territoires au sein de la BFC ;
  • L’accès aux soins et la lutte contre la précarité des seniors sont des leviers prioritaires ;
  • Des réponses existent, portées par les initiatives locales et la mobilisation collective ;
  • La veille et la coopération entre acteurs seront la clé pour anticiper et accompagner ce grand changement démographique.

Pour les professionnels, élus, associations ou citoyens : l’enjeu est d’agir dès maintenant, ensemble, pour que vieillir en Bourgogne-Franche-Comté soit synonyme d’accompagnement, de prévention… et de solidarité.

Sources : INSEE, ARS BFC, Santé publique France, Assurance Maladie. Pour aller plus loin : INSEE - État civil : espérance de vie, ARS BFC, Santé publique France – Dossiers mortalité, Assurance Maladie.

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