04/09/2026

Comprendre l’impact de la sédentarité sur la santé en Bourgogne-Franche-Comté : Quels enjeux pour nos territoires ?

La sédentarité : une préoccupation sanitaire nationale… et régionale

La sédentarité s’impose aujourd’hui comme l’un des principaux défis de santé publique. Selon Santé publique France, 35 % des adultes présentent un niveau d’activité physique insuffisant (2023), avec des disparités marquées selon le territoire, l’âge et la catégorie socioprofessionnelle. Cette réalité est particulièrement prégnante en Bourgogne-Franche-Comté (BFC), ancrée à la fois dans les modes de vie ruraux, la faible densité médicale de certains secteurs et les mutations économiques qui redessinent l’organisation du travail.

Après la publication du rapport de l’Agence Régionale de Santé BFC mettant en avant la progression des pathologies chroniques associées à l’inactivité physique (obésité, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires), il devient indispensable d’en saisir les implications concrètes pour notre région.

Quels sont les effets documentés de la sédentarité ?

  • Augmentation du risque de maladies chroniques : On retrouve, dans la littérature scientifique, une association nette entre temps passé assis (plus de 7 heures/jour) et hausse de l’incidence de diabète de type 2, maladie coronarienne, obésité et certains cancers (colorectal, sein). (Source : INCa, Santé publique France).
  • Facteur aggravant de la mortalité prématurée évitable : L’OMS estime que l’inactivité physique est responsable de 9 % de la mortalité prématurée mondiale. En France, elle contribue à plus de 5 % des décès annuels, notamment par maladies cardio-vasculaires (Source : OMS, SPF).
  • Conséquences sur la santé mentale : De nombreuses études lient le manque d’activité physique à l’augmentation des symptômes dépressifs et anxieux, particulièrement chez les adolescents et les personnes âgées (Inserm, 2022).

Si ces données parlent à l’échelle nationale, elles prennent, en BFC, un relief tout particulier : l’éloignement des équipements, la prévalence du travail tertiaire et le vieillissement de la population exposent nos territoires à un sur-risque observable dans la plupart des indicateurs régionaux.

Sédentarité : que nous dit la situation en Bourgogne-Franche-Comté ?

Ce que l’on observe dans la région, c’est une convergence de plusieurs facteurs aggravants. Les données de l’Observatoire régional de la santé (ORS BFC, 2023) montrent :

  • Un taux d’obésité chez l’adulte supérieur à la moyenne nationale (18,1 % vs 17 %) : avec des écarts marqués dans la Nièvre (20 %) et dans l’Yonne.
  • Plus d’1 adulte sur 2 ayant une activité physique inférieure aux recommandations (<150min/semaine), avec un gradient rural/urbain : la sédentarité augmente à mesure que l’offre de mobilité active (marche, vélo) diminue.
  • Une progression préoccupante du surpoids chez les enfants, avec des taux atteignant 20,5 % en Saône-et-Loire (enquête DREES 2022).
  • Un nombre important de “grands sédentaires” parmi les professions du tertiaire : employés de bureau, télétravailleurs, personnels de services.

Autre point à souligner : la population âgée (plus de 65 ans), déjà surreprésentée dans la plupart des départements de l’ouest de la BFC (Nièvre, Haute-Saône), est particulièrement vulnérable. Les conséquences vont alors au-delà des maladies chroniques, avec un risque accru de perte d’autonomie et de chutes.

Pourquoi s’intéresser au phénomène maintenant ?

  • Évolutions post-Covid : Les confinements successifs ont renforcé les habitudes sédentaires : explosion du télétravail, réduction des modes actifs de déplacement, recul des pratiques sportives associatives.
  • Transformation du tissu économique local : Avec la baisse de l’emploi industriel et le développement des activités de bureau dans de nombreuses sous-préfectures (Dole, Montbéliard, Mâcon), la proportion de postes statiques augmente.
  • Vieillissement démographique : La BFC est parmi les régions les plus vieillissantes de France : 24,1 % de plus de 60 ans (contre 21,3 % au niveau national – INSEE 2023).
  • Inégalités territoriales et sociales : L’accès aux espaces sportifs et à la mobilité active reste très hétérogène (moins de 3 stations de vélo en libre-service hors agglomérations dijonnaise et bisontine).

Autant de leviers d’action, mais aussi de vigilance pour les acteurs locaux (collectivités, établissements de santé, réseaux associatifs).

Quels publics sont les plus à risque ?

  • Les habitants des zones rurales isolées : L’absence de transports collectifs adaptés, la dépendance à la voiture individuelle et la raréfaction des équipements sportifs rendent l’activité physique difficile au quotidien.
  • Les personnes âgées : La polypathologie et parfois la précarité sociale ou énergétique aggravent l’immobilité et le déclin fonctionnel.
  • Les enfants/adolescents : Les dernières enquêtes scolaires (Enquête HBSC – BFC, 2022) montrent un temps d’écran supérieur à 3 heures/jour pour 1 collégien sur 2 en milieu rural.
  • Certains publics précaires : La sédentarité s’ajoute souvent à d’autres facteurs de vulnérabilité : alimentation déséquilibrée, inégalité d’accès aux soins, précarité d’habitat.

Conséquences concrètes pour la BFC : chiffres à retenir

Indicateur Bourgogne-Franche-Comté Moyenne nationale Sources
Taux d’obésité adulte 18,1 % 17,0 % ORS BFC, Santé publique France (2023)
Taux d’inactivité physique (adultes) 54,2 % 49,8 % DREES, 2022
Temps d’écran quotidien (ados) 3 h 20 min 3 h 00 min Enquête HBSC BFC, 2022
Part de + 65 ans 22,3 % 20,8 % INSEE, 2023
Fréquence activité physique “recommandée” (enfants/ados) 31,5 % 36,0 % ARS BFC, 2023

À surveiller dans les prochains mois : les effets de la réforme des rythmes scolaires sur le temps de pratique sportive en milieu rural, les données sur le handicap moteur ou troubles musculo-squelettiques liés à la sédentarité professionnelle.

Agir contre la sédentarité : quels leviers en Bourgogne-Franche-Comté ?

La sédentarité n’est pas une fatalité. Plusieurs leviers existent à l’échelle régionale et locale, à mobiliser selon les spécificités du terrain :

  • Renforcer l’offre d’activité physique de proximité : Soutien aux associations sportives rurales, maisons sport-santé, équipements adaptés pour les seniors (ex : ateliers équilibre dans les EHPAD et résidences autonomie).
  • Dynamiser les modes de déplacement actifs : Développer des cheminements sécurisés pour la marche et le vélo, y compris hors des grandes agglomérations ; proposer des “rando-santé” encadrées dans les villages.
  • Agir dans les écoles : Sensibiliser via des programmes d’éducation à la santé, renforcer le sport scolaire et les équipements accessibles hors temps scolaire, surtout dans les zones “blanches sportives”.
  • Impliquer les acteurs de santé et du médico-social : Formations au repérage de la sédentarité dans le parcours de soins et prescription d’activité physique adaptée (APA).
  • Mobiliser les collectivités : Soutenir la création de “quartiers actifs” (ex : plans piétons, aires d’activité physique extérieures), intégrer la lutte contre la sédentarité dans les contrats locaux de santé.
  • Informer sur les habitudes de vie : Campagnes d’information régionales, implication des médias locaux pour relayer des actions inspirantes (ex : défis zéro voiture en centre-bourg, challenges intergénérationnels…).

À retenir : la sédentarité, un enjeu transversal à intégrer à toutes les politiques locales

Si vous ne travaillez pas au quotidien avec ces données, voici ce qu’il faut retenir pour Bourgogne-Franche-Comté :

  • La sédentarité pèse déjà sur les équilibres sanitaires régionaux : maladies chroniques, perte d’autonomie, coûts pour le système de santé.
  • Elle met en jeu des facteurs multiples : aménagement du territoire, mobilité, organisation du travail, accès aux soins et à l’information.
  • Les acteurs locaux (collectivités, secteur médico-social, monde associatif, établissements scolaires) disposent de marges de manœuvre, à condition d’agir de concert.
  • Les dynamiques de solidarité rurale peuvent devenir une force (sport en nature, entraide intergénérationnelle), à condition d’être soutenues et valorisées.

Contre la sédentarité, la priorité est de favoriser des environnements qui rendent le mouvement accessible à tous, partout. Relayer ce message, accompagner la réflexion des élus, faire remonter du terrain ce qui fonctionne : voilà comment la région peut, collectivement, créer de nouvelles dynamiques de prévention.

À partager dans vos réseaux locales et professionnelles – car la santé publique se construit d’abord en proximité.

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