23/06/2026

Vieillir en Bourgogne-Franche-Comté : Focus sur les dynamiques locales à Dijon et Besançon

Un enjeu clé : adapter nos villes à la transition démographique en BFC

D’ici 2030, la Bourgogne-Franche-Comté fera partie des régions les plus vieillissantes de France : 1 habitant sur 3 aura plus de 60 ans (INSEE, 2019). La question du « bien vieillir » n’est donc ni marginale, ni réservée au médico-social : elle traverse l’ensemble des politiques publiques régionales. Dijon et Besançon, principales villes du territoire, sont souvent identifiées comme laboratoires de cette adaptation.

Mais comment, concrètement, ces collectivités passent-elles de la prise de conscience à l’action ? Que peut-on apprendre de leurs approches pour l’ensemble des acteurs, des zones rurales de la Nièvre aux quartiers populaires du Doubs ? Notre équipe propose une lecture croisée des politiques locales en cours, des freins identifiés et des leviers mobilisables pour une région plus inclusive.

Pourquoi il s’agit du bon moment pour se pencher sur le sujet

  • Des besoins croissants : En BFC, la population de plus de 75 ans devrait augmenter de +23 % entre 2020 et 2030 (INSEE).
  • Des inégalités territoriales persistantes : Les disparités d’accès à la prévention, à la mobilité ou aux soins pèsent sur la qualité de vie des aînés, qu’ils habitent en centre-ville ou en périphérie.
  • Une impulsion nationale renouvelée : Avec les feuilles de route ministérielles (stratégie nationale « Vieillir en bonne santé 2020-2022 », puis Conseil National de la Refondation - volet « Bien vieillir »), les collectivités ont de nouvelles marges de manœuvre... mais une pression accrue sur la coordination locale.

Ce contexte explique pourquoi de nombreuses équipes municipales, services sociaux, associations locales et établissements s’engagent sur le terrain du bien vieillir, bien au-delà du champ médico-social. À surveiller dans les prochains mois : comment ces politiques vont-elles percoler dans les territoires ruraux ?

Dijon : l’ambition d’une “Ville amie des aînés”

Un label structurant et des actions phares

Dijon fait partie du réseau « Ville amie des aînés » (OMS), une démarche internationale visant à adapter la ville et ses services afin de favoriser l’inclusion et la qualité de vie des seniors. Ce label a permis à la collectivité d’ancrer ses politiques locales autour de huit axes prioritaires : participation citoyenne, logement, mobilité, sécurité, information, santé, espaces extérieurs, respect et inclusion sociale (Ville de Dijon).

  • Participation : Mise en place du Conseil des Sages (consultation régulière de seniors sur l’aménagement urbain, accès aux équipements, vie associative, etc.).
  • Mobilité : Déploiement d’une politique “transport à la demande” élargie aux personnes âgées isolées (CHU Dijon, Muni, associations partenaires).
  • Logement : Développement de résidences autonomie labellisées, soutenues par des services à domicile, en lien avec Dijon Métropole Habitat.
  • Prévention santé : Organisation d’ateliers “bien vieillir chez soi” (nutrition, chutes, mémoire), souvent portés par les CCAS et en lien avec des acteurs nationaux (Assurance Maladie, ARS).

Ce que l’on observe à l’échelle dijonnaise

  • Une approche multi-partenariale, mobilisant aussi bien des bailleurs sociaux que l’hôpital public, le secteur associatif ou les dispositifs d’insertion professionnelle pour seniors.
  • Une vision ‘territoire de vie’ : Les politiques s’appliquent aussi aux quartiers prioritaires – ce qui est essentiel quand on sait que l’espérance de vie à 60 ans varie de près de 4 ans selon les quartiers (ORS BFC).
  • Un volet prévention/promotion santé particulièrement actif, via “Atouts Prévention BFC” (programme porté par l’ARS et la CARSAT), qui déploie des ateliers adaptés dans toute la métropole.
  • Une attention nouvelle au numérique : Ouverture d’espaces connectés, soutien aux aidants, ateliers d’inclusion numérique.
À retenir :
  • Dijon affiche une volonté politique forte ; cela se traduit par des financements dédiés et une implication régulière du maire et des élus.
  • La dynamique de labellisation encourage une démarche d’amélioration continue, avec un comité de suivi et des indicateurs partagés (mobilité, prévention, lien social).

Besançon : innover pour le bien vieillir “dans la ville et avec la ville”

Des choix originaux : inclusion, innovation et solidarité

À Besançon, ville historiquement engagée sur le champ du social et de la santé, le bien vieillir se structure autour de plusieurs piliers : accès aux droits, solidarité intergénérationnelle, et adaptation de l’espace public (Ville de Besançon).

  • Déclinaison locale du Projet régional de santé (PRS) : appui fort de l’ARS pour tester des expérimentations combinant santé, mobilité et lien intergénérationnel.
  • Politique d’accès au droit et à l’information : Points d’accueil et d’orientation seniors dans chaque quartier, plateformes d’appel et “personnes relais” identifiées (agents de la Ville+CCAS+associatif).
  • Espaces et services intergénérationnels : Projets “coloc senior-étudiant”, jardins partagés, café des aînés, ateliers numériques ouverts à tous.
  • Innovation dans l’habitat adapté: Certains bailleurs testent des “résidences évolutives” où cohabitent seniors valides et moins valides, avec appui quotidien de services médico-sociaux mobiles (en lien avec la CPTS du Grand Besançon).

Pragmatisme et accompagnement ciblé

  • Recours fort aux dispositifs CLIC (Centres locaux d’information et de coordination), véritables « pivots » pour l’orientation et la prévention des situations de rupture.
  • Implication des soignants libéraux, notamment les infirmiers et pharmaciens, dans la prévention de la perte d’autonomie (ateliers collectifs, repérage à domicile).
  • Priorité à la lutte contre la précarité des aînés: Besançon a mis en place un “pass culture senior” pour les personnes à faibles ressources, et des dispositifs spécifiques contre l’isolement (voisinage actif, entraide de quartier).
À retenir :
  • Besançon parie clairement sur l’ancrage partenarial associatif ; les projets les plus innovants y sont souvent co-portés par le CCAS, les bailleurs, les associations d’usagers et les professionnels de santé de proximité.
  • La collectivité mise sur la bientraitance : formation des agents et partenaires, dispositifs de lutte contre la maltraitance des personnes âgées.

Tableau comparatif : Dijon vs. Besançon – quelles spécificités sur le terrain ?

Thématique Dijon Besançon
Label Ville Amie des Aînés (OMS) Non labellisée, démarche intégrée au PRS
Participation sénior Conseil des Sages, enquêtes municipales Relais de quartier, CLIC, forums ouverts
Mobilité Transports à la demande, navettes dédiées Parcours piétons sécurisés, arrêts bus adaptés
Habitat Résidences autonomie labellisées, bailleurs sociaux Résidences intergénérationnelles, habitat évolutif
Santé Ateliers “bien vieillir”, réseau gérontologique CPTS mobilisées, prévention libérale, repérage précoce
Lien social Associatif, clubs municipaux, ateliers numériques Cafés séniors, culture, entraide de quartier

Quels retours d’expérience pour la BFC ?

  • Des leviers partagés :
    • Gouvernance multi-partenariale autour du CCAS ou d’un comité dédié.
    • Implication des “premières lignes” (bailleurs, services à domicile, soignants de ville).
    • Articulation entre prévention individuelle et organisation collective (urbanisme, mobilité, initiatives associatives).
  • Des points de vigilance :
    • Hétérogénéité des moyens selon les quartiers.
    • Difficulté à toucher les “invisibles” (seniors isolés, précaires, en souffrance psychique).
    • Besoin de former davantage les acteurs à la représentation, à l’écoute et à l’innovation sociale.
  • Facteurs clés de succès :
    • Dialogue constant avec les usagers et les familles.
    • Évaluation régulière des dispositifs pour adapter l’offre.
    • Valorisation des “bonnes pratiques” : ateliers inter-villes sous l’égide de l’ARS à partager dans vos réseaux.

Et ailleurs dans la région : que retenir pour les autres territoires ?

Si Dijon et Besançon disposent de moyens importants, leurs expériences inspirent l’ensemble de la Bourgogne-Franche-Comté. Notons en particulier le dynamisme du Pays Châtillonnais ou de l’Yonne, qui testent des dispositifs mobiles de repérage (Maison France Services itinérante, CARSAT), ou encore la Saône-et-Loire avec ses “villages seniors” bâtis sur le maintien du lien intergénérationnel.

  • Pour les territoires ruraux : Le diagnostic partagé reste indispensable au démarrage de toute politique. Cela nécessite de mobiliser élus, médecins, pharmaciens, associations familiales, et de cartographier les besoins (prévention, logement, mobilité).
  • Pour les villes moyennes : Il existe un vrai potentiel pour développer des “laboratoires d’innovation sociale” sur le bien vieillir, en s’appuyant sur les réseaux associatifs et les maisons de santé pluriprofessionnelles.
  • Pour les décideurs : Les financements régionaux (Conférence des financeurs, ARS) permettent de déployer des projets “cousus main”, à la condition de bien documenter les besoins locaux et les attentes des seniors.
Points clés à partager dans vos réseaux :
  • Les politiques de bien vieillir se structurent quand elles associent innovation sociale, participation citoyenne et coordination multipartenariale.
  • Dijon et Besançon démontrent que l’adaptation de la ville aux aînés est possible, même avec des réalités urbaines et sociales très différentes.
  • L’essentiel est d’engager la réflexion à l’échelle du territoire, en s’inspirant des actions transférables et en mesurant l’impact sur la vie des habitants, quels que soient leur âge ou leur lieu de résidence.

Pour l’équipe Sentinelles Santé BFC, il s’agit aujourd’hui de poursuivre le partage d’expérience, d’identifier de nouveaux leviers (sport santé, numérique, activités intergénérationnelles), et d’impliquer l’ensemble du tissu régional, y compris les petites communes et le tissu rural, pour une prévention adaptée.

À surveiller dans les prochains mois : l’intégration du bien vieillir dans les contrats locaux de santé, les innovations en santé connectée, et l’essor de dispositifs de repérage précoce de la perte d’autonomie en Bourgogne-Franche-Comté.

Sources principales : INSEE, ARS BFC, ORS BFC, Ville de Dijon, Ville de Besançon, CARSAT BFC, Assurance Maladie, Santé publique France, Atouts Prévention BFC.

En savoir plus à ce sujet :