15/09/2026

Agir concrètement contre les maladies chroniques : le rôle-clé des Contrats Locaux de Santé en Bourgogne-Franche-Comté

Contextualiser l’action : maladies chroniques et organisation locale

Les Contrats Locaux de Santé (CLS) sont devenus un levier central dans la réponse aux maladies chroniques à l’échelle des territoires. L’Organisation mondiale de la santé définit les maladies chroniques comme des affections de longue durée, évolutives, nécessitant une prise en charge sur plusieurs années : diabète, maladies cardiovasculaires, cancers, maladies respiratoires chroniques, etc. En France, près de 20 millions de personnes sont concernées (source : Assurance Maladie 2023). La région Bourgogne-Franche-Comté (BFC), du fait de son profil démographique – plus de 23 % des habitants ont plus de 65 ans (INSEE 2021) – est particulièrement exposée. Les inégalités territoriales en santé, la part importante de milieu rural (près de 60 % de la population selon l’INSEE), et la forte prévalence de certains facteurs de risque (tabagisme, obésité) accentuent le phénomène.

L’actualité nationale l’a rappelé : la lutte contre les maladies chroniques exige un pilotage de plus en plus fin et coordonné entre acteurs santé, collectivités et structures de prévention. Or, c’est précisément là que les CLS, cadres de collaboration signés entre l’ARS (Agence régionale de santé), les collectivités et d'autres partenaires locaux, trouvent tout leur sens.

Ce que recouvre un Contrat Local de Santé en 2024

Un CLS est un outil de contractualisation territoriale. Il cible prioritairement la réduction des inégalités de santé, l’accès aux soins, la prévention et la promotion de la santé. Signé pour 3 à 5 ans, il mobilise autour d’un diagnostic partagé du territoire : quels sont les besoins, quels acteurs s’impliquent, quelles priorités ressortent ? En 2024, on recense plus de 40 CLS actifs en BFC, couvrant des territoires urbains (Dijon Métropole, Grand Besançon), mais aussi de nombreux territoires ruraux ou enclavés (Autunois-Morvan, Bresse-Louhannaise, Sud Nivernais, etc.).

  • Une gouvernance locale : pilotée par la collectivité (le plus souvent Communauté de communes ou Agglomération) et l’ARS. S’y ajoutent le Département, CPAM, acteurs du médico-social, usagers…
  • Des priorités adaptées : la prévention et la prise en charge des maladies chroniques apparaissent dans plus de 85 % des axes stratégiques des CLS signés en BFC entre 2020 et 2023 (source : ARS BFC).
  • Des plans d’actions territorialisés : ateliers, campagnes locales, accompagnement des professionnels, réseaux de parcours de soins.

Concrètement, pour la BFC, un CLS n’est pas juste un texte : c’est la traduction, sur le terrain, des grandes orientations en santé publique. Il adapte les recommandations nationales à la réalité locale.

Comment la lutte contre les maladies chroniques s’intègre-t-elle dans les CLS ?

C'est en analysant le contenu des CLS déjà signés sur notre territoire qu’on comprend leur valeur ajoutée. Voici les trois grands modes d’intégration identifiés :

1. Actions de prévention ciblées et contextualisées

  • Dépistages coordonnés : campagnes mobiles dans les bourgs ruraux pour le diabète ou les maladies cardiovasculaires (ex. 2023 : bus prévention santé dans le Haut-Jura), facilitation de l’accès au 1er niveau de soins.
  • Ateliers collectifs : en Côte-d’Or, lancement d’ateliers “nutrition et activité physique” à destination des séniors isolés, avec des animateurs issus du tissu associatif local.
  • Micro-ciblage : focus sur les pathologies les plus fréquentes du territoire (par ex., dans la Nièvre, attention donnée aux maladies respiratoires en lien avec des logements précaires et le tabac).

2. Amélioration des parcours de soins et de l’accompagnement

  • Renforcement de la coordination entre professionnels : les CLS servent à mettre en réseau médecins généralistes, infirmiers, pharmaciens, structures sociales. Ex. : le CLS du bassin creusotin a permis de bâtir un annuaire local de référents pour le suivi des pathologies chroniques.
  • Accès à la rééducation et aux soins de proximité : en territoires à faible densité médicale (ex. Sud Nivernais), organisation de “bourses d’heures” de kinésithérapie dans des Maisons de santé pluridisciplinaires.
  • Accompagnement psycho-social : inclusion de l’aide aux aidants et du soutien psychologique pour personnes atteintes de maladies chroniques, avec implication des Centres Communaux d’Action Sociale (CCAS).

3. Travail sur les déterminants sociaux de la santé

  • Habitat, précarité et santé : plusieurs CLS (notamment dans le Haut-Saônois) intègrent des axes logement-santé, croisant repérage de l’habitat dégradé et accompagnement de ménages à risque de maladies respiratoires chroniques.
  • Accessibilité des services : campagnes dans le Châtillonnais sur la mobilité pour l’accès aux consultations spécialisées, avec financement de taxis-santé pour publics fragiles.
  • Développement durable et environnement : stratégies locales pour réduire exposition aux polluants (air, pesticides) en lien avec les pathologies chroniques émergentes, pilotées en partenariat avec les collectivités.

Zoom sur la Bourgogne-Franche-Comté : disparités et dynamiques locales

Ce que l’on observe dans la région, c’est une diversité d’approches, qui épouse les réalités locales :

  • Territoires ruraux : ici, la lutte contre les maladies chroniques implique de pallier la pénurie de médecins, de rapprocher physique et social (clubs de marche encadrés en Bresse Revermont), et de penser la prévention autrement que par la communication classique.
  • Villes moyennes : alliances CLS/Contrats de ville (cœur de Mâcon, Montbéliard), qui intègrent la lutte contre le diabète auprès des familles à bas revenus et la prise en charge des jeunes souffrant de surpoids.
  • Zones périurbaines fragilisées : outils numériques pour la pré-suivi des maladies chroniques dans des quartiers où l’accès aux spécialistes est difficile.
Département Maladie chronique cible Action CLS phare
Nièvre Maladies respiratoires Parcours “logement-santé-tabac” et ateliers d’éducation thérapeutique dans les collèges
Doubs Diabète Déploiement de bus de dépistage, et mentorat pour le suivi nutritionnel dans les quartiers prioritaires
Saône-et-Loire Maladies cardiovasculaires Clubs de marche intergénérationnels, suivi coordonné ville-campagne par les réseaux de santé
Jura Affections de longue durée (ALD) Partenariats entre centres sociaux, maisons de santé et pharmacien référent

Pourquoi s’y intéresser aujourd’hui ?

  • Le poids croissant des maladies chroniques : elles représentent 60 % des dépenses de l’Assurance Maladie nationale et plus de 80 % des nouveaux cas de perte d’autonomie (source : DREES 2023).
  • Des retours de terrain favorables : dans 71 % des CLS BFC ayant mené des actions structurées de prévention (2021-2023), on observe une hausse du recours aux dépistages, avec une augmentation des consultations de prévention jusqu’à +23 % dans les zones rurales (ARS BFC, données internes non publiées 2023).
  • L’intégration des nouveaux enjeux santé : adaptation nécessaire face à la transition épidémiologique (ex. Covid long, hausse des maladies métaboliques chez les jeunes).
  • Effet levier sur les acteurs du territoire : le CLS devient espace de coordination pour les réseaux santé, les collectivités, les associations d’usagers et les établissements scolaires.

Acteurs concernés : qui a un rôle dans la démarche CLS ?

  • Collectivités : engagement essentiel des intercommunalités et Maires dans la définition des priorités, pilotage des actions, communication locale.
  • Professionnels de santé : implication du secteur libéral (médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes) pour le suivi, la prévention, l’éducation thérapeutique.
  • Réseaux associatifs : relais dans l’animation des ateliers, la mobilisation des publics fragiles, l’information et la lutte contre l’isolement.
  • Habitants, usagers : place croissante des “personnes ressources” formées à la pair-aidance ou au repérage des premiers symptômes.

À surveiller dans les prochains mois

  • L’ouverture de nouveaux CLS en territoires ultraruraux (ex. Puisaye-Forterre, Morvan occidental), là où les inégalités d’accès aux soins sont les plus marquées.
  • L’évaluation renforcée des impacts des CLS, avec des indicateurs régionaux de suivi des maladies chroniques (taux de dépistage, retours sur l’éducation thérapeutique, amélioration de l’observance des traitements).
  • L’intégration progressive du numérique en santé dans la lutte contre l’isolement des malades chroniques et le suivi à domicile.
  • La nécessité d’élargir le dialogue avec le champ social, habitat et environnement pour agir véritablement sur les déterminants de santé.

À retenir pour les réseaux locaux

  • Le CLS est devenu l’outil principal pour adapter la lutte contre les maladies chroniques aux réalités de chaque territoire de Bourgogne-Franche-Comté.
  • Il permet d’associer l’ensemble des acteurs et de croiser les réponses santé, sociale et environnementale.
  • Les retours régionaux montrent que les CLS bien pilotés sont générateurs d’innovation, de mobilisation et d’une meilleure efficience dans la prévention et les parcours de soins.

Aujourd’hui, la réussite de la lutte contre les maladies chroniques dépend autant de nos capacités à coordonner localement qu’à inventer collectivement des solutions sur mesure. À partager dans vos réseaux – et surtout, à discuter localement pour adapter ces exemples à vos propres enjeux de terrain.

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